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  • Compétition officielle du Festival du Film Asiatique de Deauville : "Naked of defenses", "Trivial matters", "chant des mers du sud"

    deauvilleasia.jpgAprès "Firaq" de Nandita Das dont je vous parlais hier, la compétition officielle se poursuivait aujourd'hui avec 3 autres films: un film japonais ("Naked of defenses" de Ichii Masashide), un film en provenance de Hong Kong ("Trivial matters" de Pang Ho-Cheung), un film du Kirghizstan, nationalité pour la première fois présente à Deauville ("Chant des mers du Sud" de Marat Sarulu.)

    Aussi modeste soit ce festival (autant que son "cousin" américain de septembre peut être exubérant, parfois), en particulier cette année, c'est toujours un immense plaisir d'y assister pour le voyage aux confins de l'Asie auquel il convie, notamment parce que les films qu'il nous propose sont aussi divers et riches que les pays que compte le continent asiatique. Poétiques, violents, languissants, émouvants, contemplatifs... tant d'autres adjectifs encore pourraient s'appliquer à ce cinéma qui ne cesse de me surprendre, me charmer, me choquer (dans le bon sens du terme).

    Très différents aussi étaient ces quatre premiers films en compétition même si on peut déjà en dégager une thématique commune: la difficulté de communiquer, que ce soit dans la sphère privée ou publique, entre russes et kazakhs ("Chant des mers du Sud"), entre hindous et musulmans( "Firaaq"), entre un mari et sa femme ("Naked of defenses")ou entre des amies, des amants, des époux ("Trivial matters"). Ce qui caractérise sans doute notre société, européenne ou asiatique, la déshumanise aussi parfois. Ces films mettent aussi le plus souvent en scène des personnages qui ont aussi soif de liberté.

    "Trivial matters" de Pang Ho-Cheung (Hong Kong)

    Synopsis: Sept histoires courtes sur le libre arbitre qui sont en fait le reflet de la comédie humaine agencée par dieu pour s'amuser. certaines histoires se terminent sur des malentendus, d'autres commencent par des malentendus…

    Si Pang-Ho Cheung avait voulu montrer à quel point sa réalisation pouvait s'adapter à tous les types de films et faire une démonstration de style, il n'aurait pas choisi meilleurs sujets. Film d'action, comédie romantique, comédie, film réaliste... En 7 histoires, il expérimente différents genres avec un brio incontestable, une écriture précise, des personnages ciselés malgré le peu de temps imparti à chacun. Ce film est adapté de nouvelles que Pang Ho-Cheung a lui-même écrites et c'est sans doute la raison pour laquelle chaque histoire nous embarque immédiatement malgré les ruptures de ton et de rythme. Il est dommage de ne pas avoir essayé de les lier davantage encore malgré d'habiles transitions, des personnages présents dans plusieurs histoires et une thématique commune. Malgré tout on ne peut s'empêcher de voir 7 courts-métrages, certes très réussis, et qui témoignent d'une grande maîtrise, d'un ton décalé, parfois irrévérencieux, voire absurde. Autant d'histoires, de styles que d'émotions et le réalisateur semble passer des unes aux autres avec une facilité déconcertante (dans l'écriture comme dans la mise en scène qui épouse chaque style) qui ne peut que forcer notre admiration. Chaque histoire pourrait donner lieu à un long métrage. Si les faits, pris séparément, sont triviaux (le double sens de ce mot n'est ici pas du tout anecdotique), leur mise en parallèle leur donne de l'importance, de même qu'à ce film hybride et singulier.

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    "Naked of defenses" de Ichii Masahide (Japon)
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    Présentation du film "Naked of defenses" par son réalisateur... et ses deux acteurs. (vidéo ci-dessous)
    Synopsis: Chinatsu, enceinte de plusieurs mois, est engagée dans une usine située dans un village à la campagne. elle y fait la connaissance de ritsuko, une employée de longue date, qui l'aide à s'adapter à son nouvel environnement. au contact de chinatsu, ritsuko se souvient d'un événement douloureux de sa vie passée (enceinte, elle a perdu son bébé dans un accident) et réalise peu à peu qu'elle mène une vie malheureuse.
    Outre son goût prononcé pour les métaphores animalières, ce film a en commun avec celui précédemment évoqué le thème de l'absence de communication, ou plutôt ici la difficulté de communiquer, "d'évacuer" une culpabilité et une douleur indicibles au point qu'elle en devienne névrotique et dangereuse pour autrui. Prisonnière comme une araignée dans un verre qui finira par étouffer. Devenue insensible comme ces machines déshumanisées dont elle s'occupe chaque jour. L'alternance de plans larges et de plans serrés, voire d'inserts, mettent là encore en exergue  ce besoin d'émancipation, de liberté  avec beaucoup de talent, et ce qui aurait pu n'être que figuratif ( ce qui était déjà en soi remarquable et méritait que ce film soit vu) servira finalement l'émotion, celle d'une renaissance, d'un sourire au milieu des larmes(un sourire qui mériterait un prix d'interprétation...), après une scène pour le moins inattendue qui mêle cinéma et réalité, mais que le scénario et l'histoire (celle d'une re-naissance donc) justifient amplement. Bouleversant. Un simple bémol: certaines scènes inutilement explicatives, et commentées (par exemple justement la comparaison de l'usine avec son insensibilité qu'elle commente en voix off) là où les images suffisaient amplement.
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    Le réalisateur Marat Sarulu présente "Chant des mers du Sud" ( vidéo ci-dessous):
  • Ouverture du 11ème Festival du Film Asiatique de Deauville

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    Ci-dessus, l'entrée du CID à l'heure asiatique
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    Ci-dessus, le maire de Deauville, Philippe Augier, déclare le 11ème Festival du Film Asiatique ouvert
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    L'actrice- réalisatrice Nandita Das présente "Firaaq" au CID (ci-dessus et ci-dessous)
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    Ci-dessous, vidéo, Nandita Das présente "Firaaq" au CID
    "Firaaq" de Nandita Das (Inde- Compétition- Film d'ouverture)

    Pitch: A la suite d'émeutes survenues entre les communautés hindoues et musulmanes, une femme au foyer hindoue trouve le salut de son âme en engageant un jeune orphelin musulman. Pendant ce temps, alors qu'un musicien musulman de renom refuse de comprendre le monde qui l'entoure, une femme qui s'était cachée avec son mari pendant les violences revient chez elle et découvre une maison ravagée…

     

    "Firaaq" en Urdu signifie à la fois quête et séparation. L'intrigue se déroule sur 24H, un mois après le massacre qui eut lieu en Inde, à Gujarat, en 2002 et raconte  donc le trajet de différents personnages: ceux qui regardent en silence, ceux qui subissent et ceux qui font subir. L'une cherche à surmonter sa culpabilité.  La loyauté de deux amies est mise à rude épreuve par la peur et la suspicion. Un groupe de jeunes hommes cherche à se venger. Un couple moderne hindou et musulman  mène un difficile combat entre l'obligation de dissimuler leur véritable identité, l'instinct de survie et le désir de s'affirmer. Un vieux musicien s'accroche à son idéalisme jusqu'à ce que l'évidence du conflit civil ébranle sa confiance. Un jeune garçon dont une partie de la famille a été tuée sous ses yeux, recherche son père.

     

    A travers ces personnages, avec beaucoup de subtilité, des plans d’une beauté simple et marquante, une violence montrée sans emphase, qui nous heurte et touche  davantage q’une violence constante et appuyée, parfois entrecoupée d’humour, Nandita Das  montre comment la violence influe sur les existences, comment certains trouvent la force de surmonter leurs peurs et de partir vers une vie meilleure.

     

    Pour cette ouverture, les organisateurs n’ont pas choisi un film à grand spectacle mais la première réalisation de l’actrice Nandita Das, qui figure également en compétition. Le grand spectacle ne fait pas toujours des films majeurs. Et un film modeste peut parfois vous porter beaucoup plus loin en vous parlant de tolérance, de conflits tristement universels et intemporels, mais aussi et surtout de l’espoir qui peut surgir.  A tout instant. Malgré tout. Les regards des trois protagonistes qui clôturent le film en disent plus long que de longs discours ou  des films aux budgets pharaoniques sur la quête de liberté, la nécessité de s’affirmer et une séparation douloureuse que porte le regard d’un enfant qui nous accompagne longtemps après le générique de fin.

     

    Un début de festival à l’image d’un monde en quête de tolérance et de liberté, une image que Nandita Das a subtilement su porter et dont nous verrons ces prochains jours si c’est aussi celle que souhaitent refléter les autres films en compétition dont je ne  manquerai pas de vous parler sur « In the mood for Deauville ».

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