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  • Festival Planche(s) Contact 2018 : la création photographique à l'honneur à Deauville

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    En 2011, je découvrais ce qui était alors le nouveau festival deauvillais dédié à la création photographique :  Planche(s) contact.  J'avais été charmée par ce nouvel évènement auquel Deauville servait de magnifique écrin. N'ayant pas eu le plaisir d'y assister de nouveau depuis, un peu plus d'un mois après la fin du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville (dont vous pouvez lire mon compte rendu détaillé, ici), il était temps de revenir à Deauville pour découvrir la belle évolution de ce festival qui célèbre déjà sa neuvième édition et, par la même occasion, de profiter d'un automne aux accents estivaux sous la belle lumière normande…

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    Ce rendez-vous résonne comme une évidence. Je ne connais pas d’endroits, ou si peu, dont la beauté soit aussi agréablement versatile, dont les couleurs et la luminosité lui procurent une telle hétérogénéité de visages. Deauville possède en effet mille visages. Loin de l’image de 21ème arrondissement de Paris à laquelle on tendrait à la réduire (qu’elle est aussi, certes), ce qui m’y enchante et ensorcelle se situe ailleurs : dans ce sentiment exaltant que procurent sa mélancolie étrangement éclatante et sa nostalgie paradoxalement joyeuse. Mélange finalement harmonieux de discrétion et de tonitruance. Tant de couleurs, de visages, de sentiments que j’éprouve la sensation de la redécouvrir à chaque fois. Le poids si doux et léger de tant de souvenirs engrangés en 26 années de Festival du Cinéma Américain et des années de Festival du Film Asiatique (dont je ne désespère pas qu'il revienne à Deauville…), aussi, sans doute. Je l'apprécie très tôt le matin, mystérieuse, presque déserte, qui émerge peu à peu des brumes et de l’obscurité nocturnes, dans une âpre luminosité qui se fait de plus en plus évidente, incontestable et enfin éblouissante. Ou le soir, quand le soleil décline et la teinte de couleurs rougeoyantes, d’un ciel incendiaire d’une beauté insaisissable et improbable et que je m’y laisse aller à des rêveries et des espoirs insensés. A l’image des êtres les plus intéressants, Deauville ne se découvre pas forcément au premier regard mais se mérite et se dévoile récompensant le promeneur de sa beauté incendiaire et ravageuse aux heures les plus solitaires, avec des couleurs aux frontières de l'abstraction, tantôt oniriques, tantôt presque inquiétantes.

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    Cette beauté mélancolique, quelqu’un qui a tant fait pour la renommée de Deauville (et réciproquement), l’a magnifiquement immortalisée. C’est Claude Lelouch (qui vient d'ailleurs de tourner la suite de Un homme et une femme à Deauville, une suite intitulée Les plus belles années dont je vous parlerai bientôt et qui sortira en 2019), qui, ainsi le 13 septembre 1965, désespéré,  roule alors vers Deauville où il arrive la nuit, épuisé. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture,  elle  marche sur la plage avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera Un homme et une femme, la rencontre de deux solitudes blessées qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires.

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    Cette beauté protéiforme a inspiré de multiples visions de Deauville, et c’était donc une idée particulièrement judicieuse de les mettre à l’honneur par la création d’un festival de la photographie initié en 2010. Ainsi, des  photographes ont séjourné en résidence à Deauville, des photographes de réputation internationale ou des espoirs sérieux. Ce principe de festival dédié à la création photographique et de ne présenter quasiment que des œuvres originales  a perduré depuis la première édition du festival et en constitue indéniablement l'attrait et la singularité.  Chacun a ainsi posé son regard, tendre, malicieux, acéré, sombre, coloré, mais toujours intéressant, dévoilant un de ces multiples visages de Deauville.

    Comme l'a expliqué Philippe Normand, directeur artistique du festival, invité pour une carte blanche, Vincent Delerm a ainsi "composé en images ses visions et souvenirs de Deauville, une des plages de son enfance.  Il a ainsi investi et transformé la salle des fêtes en exposant ses photographies" et en invitant les photographes Pierre Cattoni (qui s'est intéressé au Deauville hors-saison avec son exposition A volets fermés) et Franck Hédin (qui s'est intéressé aux Elégantes de Deauville, photographies de femmes mûres à Deauville, en noir et blanc, dont il souligne la beauté éclatante de vie) à le rejoindre. Pour l'occasion, la salle  des fêtes a été rebaptisée Deauville est une fête, comme un contrepoint à la célèbre chanson de Delerm, Deauville sans Trintignant. Le chanteur explique avoir décidé d'emporter systématiquement avec lui un Minolta argentique à partir de 2008, "Pour garder la trace. Pour pouvoir mieux raconter après-coup "comment c'était."", "Certainement est-ce la seule chose qui m'intéresse vraiment, que ce soit en écrivant des chansons ou en photographiant : donner à voir, à ressentir la vie." a-t-il également précisé.

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    Sur la plage, vous pourrez profiter de l'exposition rétrospective 2018. Je vous conseille d'y aller à différentes heures de la journée, la belle luminosité changeante de Deauville la parant de couleurs différentes selon l'heure. Cette exposition sur la plage n'existait pas lors de mon précédent passage à Planche(s) contact en 2011 et c'est une formidable idée qui met particulièrement les œuvres (et la plage et ses célèbres planches) en valeur. Cette année, vous pourrez y admirer les photographies carrées de Roger Schall. Ces photos commandées pour le magazine VU nous plongent dans le Deauville des années 1934 à 1950 et, pour reprendre les termes de Philippe Normand "célèbrent, avant et après les premiers congés payés, l'énergie, la joie, l'élégance et la vigueur des corps avides de soleil, de sable et de bains de mer."

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    Dans la salle du Point de Vue, située aux abords des planches, vous pourrez admirer les somptueuses et éblouissantes photographies d'Isabelle Munoz qui, pour ce projet, a lié deux éléments fondateurs de Deauville : la mer et les chevaux.

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    Sur l'esplanade du CID, vous pourrez admirer les photographies de Yusuf Sevinçli qui, lui, réinvente Deauville avec une utlisation singulière de la couleur noire et notamment avec cette photo qui rappelle le célèbre "Cri" de Munsch.

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    A la Chatonnière, à côté de l'Hôtel de ville, ce sont les photographies de Liz Hingley qui sont à l'honneur. Photographe et anthropologue, elle a poussé les portes de deux foyers de Deauville qui se font face : la Crèche municipale et le Foyer pour personnes âgées. Les corps en devenir de la petite enfance face aux corps vieillissants.  Deux générations qui partagent des journées cadencées par les mêmes rendez-vous.

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    Enfin, vous pourrez vous arrêter devant les photos d'Isabelle Chapuis, celles de corps recouverts de sable qui évoquent des sculptures. 

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    13 artistes et autant de visages de  Deauville pour le "In" du festival qui privilégie les résidences de création et les commandes publiques.

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    Planche(s) contact, c'est aussi le off qui accueille chaque année une quinzaine d'expositions  photographiques produites par des photographes vivant une partie de l'année à Deauville, ou par des collectifs et associations de passionnés de photographies. Deauville reste bien sûr la thématique principale. Vous pourrez notamment admirer les photos de Nicolas Katz Essentielles dans l'ombre, Avenue de la République, le photographe rend hommage aux cavalières d'entrainement. De nombreux autres lieux emblématiques de Deauville comme l'office de tourisme accueillent aussi des expositions.

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    Le festival organise également deux concours. Le premier, dans la belle salle du Point de Vue, met à l'honneur cinq jeunes photographes sélectionnés pour le Tremplin Jeunes Talents 2018, des photographes qui ont été accueillis en résidence de création à Deauville (Alexandre Chamelat, Mireïa Ferron, Samuel Lebon, Guillaume Noury  et Hugo Vouhé). A travers leurs photos, ils explorent chacun à leur manière la ville de Deauville qu'ils ont découverte en résidence. Ils la réinventent et l'immortalisent avec leurs regards, tous singuliers. Je vous invite tout particulièrement à découvrir les photographies d'Alexandre Chamelat. Le traitement photographique prend une place particulièrement importante dans son travail. Sublimées par une lumière blanche immaculée, ses photos exaltent une véritable atmosphère. Très cinématographiques et colorées sont les photos de mon autre coup de cœur de ce tremplin Jeunes Talents, Hugo Vouhé. Sur ses photos qui sont de véritables mises en scène et qui nous plongent dans un univers et une histoire planent les ombres de Lynch, Wenders et Demy. La remise des prix du Tremplin Jeunes Talents et le Vernissage itinérant des expositions auront lieu  le samedi 27 octobre au Point de vue à partir de 17H. 

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    L’autre concours, La 25ème heure Longines, organisé autour de ce festival a connu, dès sa première édition, un joli succès, avec désormais environ 200 participants chaque année. Ce concours est ouvert à tous et il se déroule lors du Week-end d'inauguration du Festival Planche(s) Contact. Le principe : rendre réelle la virtuelle 25ème heure, le jour du passage à l’heure d’hiver, donner une heure aux photographes (souvent amateurs, sur simple inscription), de minuit à une heure du matin, pour fournir une photo, une seule, et donner leur vision de cette 25ème heure à Deauville. Bref, suspendre le vol du temps en l’immortalisant. Le sujet est libre. 

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    Le top départ est donné depuis la Villa le Cercle où se retrouvent tous les participants pour confirmer leur inscription (à partir de 22h).  Il est particulièrement amusant de voir des photographes arpenter Deauville à cette heure avancée et de les voir la photographier sous tous les angles, souvent inattendus.  La remise des prix aura lieu à la Villa Le Cercle à midi la dimanche 28 octobre. Je vous encourage vraiment à  participer ce samedi 27 octobre. L'ambiance est créative et conviviale et permet à chacun de poser son regard sur Deauville, et aussi de donner à découvrir la ville différemment...à l'image  de l'ensemble de ce festival que je vous encourage vivement à parcourir.

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    Les expositions sont ouvertes tous les jours du samedi 20 octobre au dimanche 4 novembre. Puis les samedis, dimanches et jours fériés jusqu'au 25 novembre. Horaires : 10H30 -13H et 14H30-19H. 

    Pour en savoir plus : www.indeauville.fr (notamment pour en savoir plus sur les rencontres autour des fonds photographiques, stages photos, focus éducation à l'image, goûters photographiques, lectures de portfolios…).

    En complément : 

    Mon article/poème consacré à un concert de Vincent Delerm à La Cigale en 2006

    Merci à la ville de Deauville pour l'invitation à découvrir ce festival en avant-première et merci à l'hôtel Barrière Le Royal de Deauville pour l'accueil exceptionnel. Retrouvez quelques photos de l'hôtel prises lors de ce dernier séjour ci-dessous et mon précèdent article consacré à l'hôtel Barrière Le Royal de Deauville, là.

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    Et merci au magazine Le 21ème arrondissement de novembre - hiver 2018 pour cet article :

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  • Tournage de l'épilogue d'UN HOMME ET UNE FEMME de Claude Lelouch à Deauville : Les plus belles années

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    Quelle excellente nouvelle ! Claude Lelouch tourne actuellement à Deauville l'épilogue de son chef-d'œuvre "Un homme et une femme" avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Bien entendu, vous pourrez retrouver ici ma critique avant la sortie du film et ,en attendant, toute l'actualité liée à celui-ci intitulé "Les plus belles années". Le film devrait sortir en Mai 2019 (pour une avant-première au Festival de Cannes ?). C'est aussi pour moi l'occasion de vous parler à nouveau de "Un homme et une femme".

    Je ne sais plus très bien si j'ai vu ce film avant d'aller à Deauville, avant que cette ville soit indissociablement liée à tant d'instants de mon existence, ou bien si je l'ai vu après, après mon premier séjour à Deauville, il y a 26 ans... Toujours est-il qu'il est impossible désormais de dissocier Deauville du film de Claude Lelouch qui a tant fait pour sa réputation, « Un homme et une femme » ayant créé la légende du réalisateur comme celle de la ville de Deauville, et notamment sa réputation de ville romantique à tel point que, pendant le Festival du Cinéma Américain 2006, a été inaugurée une place Claude Lelouch, en sa présence et celle d'Anouk Aimée. J'étais présente ce jour-là et l'émotion et la foule étaient au rendez-vous.

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    Alors sans doute faîtes-vous partie de ceux qui adorent ou détestent Claude Lelouch, ses « instants de vérité », ses hasards et coïncidences. Rares sont ceux qu'il indiffère. Placez son nom dans une conversation et vous verrez. Quelle que soit la catégorie à laquelle vous appartenez, peut-être ce film « d'auteur » vous mettra-t-il d'accord...
    Le 13 septembre 1965, Claude Lelouch est désespéré, son dernier film ayant été un échec. Il prend alors sa voiture, roule jusqu'à épuisement en allant vers Deauville où il s'arrête à 2 heures du matin en dormant dans sa voiture. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture, étonné de la voir marcher avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera « Un homme et une femme ».


    Synopsis : Anne (Anouk Aimée), scripte, inconsolable depuis la mort de son mari cascadeur Pierre (Pierre Barouh), rencontre à Deauville, en allant chercher sa fille à la pension, un coureur automobile, Jean (Jean-Louis Trintignant), dont la femme s'est suicidée par désespoir. Jean raccompagne Anne à Paris. Tous deux sont endeuillés, et tous deux ont un enfant. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'aiment, se repoussent, se retrouvent et s'aiment encore...


    J'ai vu ce film un grand nombre de fois, tout à l'heure encore et comme à chaque fois, avec le même plaisir, la même émotion, le même sentiment de modernité pour un film qui date de 1966, étonnant pour un cinéaste dont beaucoup de critiques raillent aujourd'hui le classicisme. Cette modernité est bien sûr liée à la méthode Claude Lelouch d'ailleurs en partie la conséquence de contraintes techniques et budgétaires. Ainsi, Lelouch n'ayant pas assez d'argent pour tourner en couleurs tournera les extérieurs en couleurs et les intérieurs en noir et blanc. Le montage et les alternances de noir et blanc et de couleurs jouent alors habilement avec les méandres du temps et de la mémoire émotive, entre le présent et le bonheur passé qui ressurgit sans cesse.


    Je ne sais pas si « le cinéma c'est mieux que la vie » mais en tout cas Claude Lelouch fait partie de ceux dont les films et surtout « Un homme et une femme » nous la font aimer. Rares sont les films qui donnent à ce point la sensation de voir une histoire d'amour naître et vibrer sous nos yeux, d'en ressentir -partager, presque- le moindre battement de cœur ou le moindre frémissement de ses protagonistes, comme si la caméra scrutait les visages et les âmes. Par une main qui frôle une épaule si subtilement filmée. Par le plan d'un regard qui s'évade et s'égare. Par un sourire qui s'esquisse. Par des mots hésitants ou murmurés. Par la musique éternelle de Francis Lai (enregistrée avant le film) qui nous chavire le cœur. Par une photographie aux accents picturaux qui sublime Deauville filmée avec une lumière nimbée de mélancolie, des paysages qui cristallisent les sentiments de Jean-Louis et d'Anne, fragile et paradoxalement impériale, magistralement (dirigée et) interprétée par Anouk Aimée. Rares sont les films qui procurent cette impression de spontanéité, de vérité presque. Les fameux « instants de vérité » de Lelouch.


    Et puis il y a le charme incomparable du couple Anouk Aimée/ Jean-Louis Trintignant, le charme de leurs voix, notamment quand Jean-Louis Trintignant prononce « Montmartre 1540 ». Le charme et la maladresse des premiers instants cruciaux d'une histoire d'amour quand le moindre geste, la moindre parole peuvent tout briser. Et puis ces plans fixes, de Jean-Louis dans sa Ford Mustang (véritable personnage du film), notamment lorsqu'il prépare ce qu'il dira à Anne après qu'il ait reçu son télégramme. Et puis ces plans qui encerclent les visages et en capturent la moindre émotion. Ce plan de cet homme avec son chien qui marche dans la brume et qui fait penser à Giacometti (pour Jean-Louis). Tant d'autres encore...

    Avec « Un homme et une femme » Claude Lelouch a signé une histoire intemporelle, universelle avec un ton très personnel et poétique. La plus simple du monde et la plus difficile à raconter. Celle de la rencontre d'un homme et une femme, de la rencontre de deux solitudes blessées. Il prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires.


    Alors pour reprendre l'interrogation de Jean-Louis dans le film citant Giacometti « Qu'est-ce que vous choisiriez : l'art ou la vie » Lelouch, n'a certainement pas choisi, ayant réussi a insufflé de l'art dans la vie de ses personnages et de la vie dans son art. Voilà c'est de l'art qui transpire la vie.


    Alors que Claude Lelouch a tourné sans avoir de distributeur, sans même savoir si son film sortirait un jour, il obtint la palme d'or à Cannes en 1966, l'oscar du meilleur film étranger et celui du meilleur scénario et 42 récompenses au total et aujourd'hui encore de nombreux touristes viennent à Deauville grâce à « Un homme et une femme », le film, mais aussi sa musique mondialement célèbre. Vingt ans après, Claude Lelouch tourna une suite « Un homme et une femme 20 ans déjà » réunissant à nouveau les deux protagonistes.

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