19.09.2009

Mon bilan de la compétition officielle du 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

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Cary Joji Fukunaga, réalisateur de "Sin nombre"', lauréat du prix du jury ex-aequo, entouré du jury palmarès présidé par Jean-Pierre Jeunet
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Le jury "Révèlation" présidé par Maïwenn

Comme je vous le disais dans mon premier bilan de ce 35ème Festival du Cinéma Américain, Deauville s'est cette année essentiellement positionné en vitrine du cinéma indépendant américain, mettant au second plan les hommages ( avec néanmoins quatre hommages cette année : à Robin Wright Penn, à Andy Garcia, à Harrison Ford et aux « ZAZ ») et les avant-premières évènementielles qui ont contribué à sa renommée. Depuis que la compétition a été instituée en 1995, je crois n'avoir manqué presque aucun film de cette section (deux cette année « The killing room » et « Precious ») devenue pour moi un rendez-vous incontournable. Comme l'est la compétition cannoise au niveau mondial, la compétition deauvillaise est à la fois un reflet des blessures, des espoirs et des audaces de la société américaine, à cette différence près que Deauville met l'accent sur les premiers films : quatre cette année rien qu'en compétition.

Parmi les grands prix des années précédentes figurent ainsi : « ça tourne à Manhattan », de Tom Di Cillo, « Sunday » de Jonathan Nossiter, « Being John Malkovich » de Spike Jonze, « Girlfight » de Karyn Kusama, « Maria full of grace » de Joshua Marston, « The Visitor » de Tom Mc Carthy  sans oublier des films comme « Memento » de Christopher Nolan  (prix du jury).

Témoignage de la vitalité et de la diversité du cinéma indépendant américain, cette année, Deauville nous a montré une Amérique angoissée et engluée dans des problèmes existentiels : « Cold souls » de Sophie Barthes (un acteur américain en pleine crise existentielle) et le peu convaincant et peu plausible « Shrink » de Jonas Pate (ou les affres d'un psychiatre dépressif) dont les protagonistes gravitent d'ailleurs dans le milieu cinématographique et si l'un y perd son âme l'autre y trouvera son salut. L'adolescence, comme toujours, était un des thèmes phares de cette compétition notamment dans l'insipide « Youth in revolt » (absence totale de scénario, et suite de saynètes, prétextes à la mise en scène d'un personnage paraît-il culte et de son double imaginaire) ou dans « World's greatest dad » même si le vrai héros est ici le père de l'adolescent, dans cette comédie immorale réussie et mordante au dénouement malheureusement bâclé et gâché par une inutile pirouette finale (comme si une comédie ne pouvait se permettre d'être corrosive et immorale jusqu'au bout) et un symbolisme ridicule (le greatest dad en question se jette nu dans l'eau d'une piscine pour signifier sa renaissance). Dans « Sin nombre », même si l'adolescence n'est pas le thème central ce sont de nouveau des adolescents qui sont mis en scène de même  que dans « Precious ». Et si la comédie était présente cette année, le rire était jaune et cynique que ce soit dans « Word's greatest dad » ou dans « Humpday » avec son ambiguïté savamment orchestrée derrière le masque du rire.

Mais ce qui ressortait avant tout de cette compétition 2009, c'était le besoin de souffle, d'évasion, de respiration dans un monde étouffant, une quête d'espoir et d'ailleurs, une envie de fuir la réalité : s'évader en se soulageant de son âme (« Cold souls »), s'évader par l'art, en l'occurrence le dessin (« Harrison Montgomery »), s'évader en mettant en scène ses désirs latents (« Humpday »),  s'évader par des paradis artificiels puis par le cinéma (« Shrink »), s'évader au sens propre (« Sin nombre », ), s'évader et connaître un nouveau souffle en changeant de cœur (« The good heart »), s'évader de son devoir et de ses souvenirs (« The messenger »), s'évader en réinventant la réalité (« World's greatest dad, « Youth in revolt »).

 L'espoir suscité par Obama ne se reflète pas encore totalement dans le cinéma qui perçoit néanmoins la lueur, la plupart de ces films s'achevant en laissant entrevoir une porte de sortie, à défaut d'une fin totalement heureuse.

Les deux films marquants de cette compétition restent « The messenger » et « Sin nombre »,  deux premiers films, respectivement grand prix et prix du jury ex-aequo même si je vous recommande également « Wolrd greatest dad » et le prix de la révélation 2009 « Humpday », à la fois pour son remarquable interprétation et sa savoureuse ambiguïté même si à l'un et l'autre je reprocherais un scénario inabouti.

En primant « Sin nombre » et « The Messenger », Deauville s'affirme plus que jamais  comme un festival aux partis pris engagé montrant et dénonçant la face sombre de l'Amérique, notamment les difficultés que connaissent les immigrés, déjà au centre de « The Visitor », grand prix du Festival 2008. Ces deux films,  « Sin nombre » et « The Messenger » ont aussi en commun de se terminer sur une salutaire note d'espoir.

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C'est à ce premier film sans distributeur, « The Messenger » d'Oren Moverman, déjà couronné de l'Ours d'argent au dernier festival de Berlin qu'est donc allé le Grand Prix du Festival 2009 ainsi que le prix de la critique internationale. Si j'avais préféré, l'an passé, « American son », également en compétition, traitant également des conséquences de la guerre en Irak il faut reconnaître la force du propos servi par deux acteurs remarquables, Ben Foster et Woody Harrelson qui interprètent ici deux militaires ayant la lourde charge d'annoncer le décès de soldats morts à la guerre à leurs proches. Peu à peu les êtres ravagés par la guerre, la culpabilité, se révèlent derrière les masques d'impassibilité  de ces militaires à qui l'on impose froideur et sang froid devant cette tâche ingrate et face aux familles meurtries. La réalité que leurs fonctions les avait contraint à occulter va leur exploser en pleine face de même  que cette effroyable sensation que la vie continue, impitoyable face à leurs malheurs, aveugle devant ce qui se passe là-bas et devant cette horreur impalpable qui, par leur biais, ressurgit sur le territoire américain. Un film émouvant sans être larmoyant ou outrancièrement mélodramatique sur les conséquences effroyables d'une guerre et ses douleurs et horreurs indicibles et parfois niées, une guerre qui n'a pas fini de panser ses plaies encore béantes.

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Dans « Sin nombre » de  Cary Joji Fukunaga suit Sayra, une jeune hondurienne qui, après des années de séparation, retrouve son père qui lui propose d'émigrer avec lui aux Etats-Unis où il a refait sa vie. Une nuit, ils embarquent avec son oncle et d'autres émigrants  à bord d'un train de marchandises américain. C'est au cours de ce voyage que Sayra va rencontrer Casper, un jeune mexicain qui fuit sa ville et la Mara, le gang auquel il appartient mais qu'il vient de trahir... Produit par Gael Garcia Bernal et Amy Kaufman « Sin nombre » avait déjà été primé du prix du meilleur réalisateur et de la meilleure direction photo à Sundance. Malgré certaines faiblesses, et notamment un manque d'épaisseur des deux personnages principaux qui leur fait aussi perdre en crédibilité, il faut là aussi reconnaître la force du propos appuyé par une style documentaire, une caméra à l'épaule qui épouse l'impression de rage, de violence, de risque, d'urgence que connaissent les personnages principaux en lesquels combattent innocence et violence, rage de vivre et de tuer pour vivre.  Fuir ou tuer semblent être les deux seules issues face à une réalité âpre. Si le sujet principal, d'après son réalisateur lors de sa conférence de presse deauvillaise, reste l'immigration c'est aussi un éclairage édifiant sur la sombre et impitoyable réalité des gangs (qui ici imposent des « taxes » aux passeurs), après « La vida loca », le documentaire de Christian Poveda qui y a laissé la vie. Cette âpreté est atténuée par la beauté de la photographie et des paysages que nous fait traverser découvrir cet intense road movie ferroviaire.  S'il se termine sur un acte de rédemption et sur une note d'espoir il nous laisse avec l'image glaciale d'enfants condamnés à un terrifiant avenir, condamnés à cet insoluble cycle de violence pour sauver leurs vies, si fragiles et méprisées par ceux qui les exploitent sans le moindre scrupule.  Lors de sa conférence de presse, Cary Joji Fukunaga est notamment revenu sur la difficulté de tournage des scènes dans le train pour lesquelles il n'ont de surcroît eu que 5 jours de tournage et sur son prochain projet... : une comédie musicale...  loin de l'horreur des gangs.

08.09.2009

Etats d’âme ou début de la compétition officielle du 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

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L’émotion (me) faisant cruellement défaut lors de ces premiers jours de 35ème  Festival du Cinéma Américain de Deauville, je me suis un instant demandé si, je n’avais pas, à mon insu, subi le même sort que le personnage principal du premier film de cette compétition 2009 (Paul Giamatti dans le rôle de …Paul Giamatti)  à savoir être soulagée de mon âme, parfois quelque peu dissipée. Telle est l’idée originale de « Cold souls » le premier long métrage de Sophie Barthes dans lequel ainsi, Paul Giamatti, en pleine crise existentielle, peine à trouver le ton juste lors des répétitions de sa prochaine pièce « Oncle Vania » de Tchekhov. Il entend alors parler de la « Banque des âmes », laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme… c’est-à-dire leur retirer leur âme et éventuellement la remplacer par une de celles présente dans leur catalogue ! Séduit par cette idée, il décide donc de procéder à l’ablation de son âme. S’en suivent des réactions en chaîne dont il n’imaginait pas l’ampleur. Avec cette pertinente métaphore d’une société de consommation dans laquelle on est prêt à tout pour trouver la voie du bonheur, y comprend vendre son âme au diable, ou du moins s’en  séparer, Sophie Barthes avait un sujet en or pour une comédie philosophique à la fois absurde et sensée (Sophie Barthes dit ainsi s’être inspirée de Beckett et Ionesco). L’âme est ici un mélange d’émotions, de souvenirs oubliés et de rêves mais malheureusement on ne distingue pas réellement ce qui différencie le Paul Giamatti avec son âme de celui qui en est dépourvu, Sophie Barthes s’étant refusée à donner une définition de l’âme… Restent quelques moments savoureusement décalés et un regard corrosif sur la société américaine (la Russie n’est pas épargnée non plus avec ses mafieux prêts à tout pour s’enrichir y compris faire du trafic d’âmes avec des mules comme il en existe pour la drogue) et son obsession du bien-être. Ce sujet qui pourrait rappeler celui de « Being John Malkovich », autre grand prix de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville, pourrait-il séduire le jury ? A suivre dans une semaine…

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Le deuxième film de cette compétition officielle, également un premier long métrage, signé Daniel Davila et intitulé « Harrison Montgomery » nous fait suivre Ricardo, un petit délinquant qui doit de l’argent à un chef de gang, et qui a trouvé refuge dans un immeuble résidentiel délabré. Il se lie d’amitié avec une jeune fille dont la mère est sous l’influence d’un homme violent. Ils découvrent qu’un de leurs proches voisins « Harrison Montgomery » cache un secret qui pourrait bien régler tous leurs problèmes. Là aussi  Daniel Davila partait d’une belle idée : celle que l’art et la chance vont réunir tous les personnages de ce film fracassés par l’existence dans un dénouement poétique. Ce conte sur l’inspiration et l’espoir est servi par d’excellents acteurs au premier rang desquels Octavio Gomez Berrios. Un joli premier film au rythme soutenu et aux personnages attachants qui a cependant très peu de chances de se retrouver au palmarès.

 

Etrange atmosphère que celle de ce 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville sous un ciel désormais radieux et imperturbable avec un public relativement clairsemé (même si les séances du soir demeurent complètes), et un festival qui semble mettre de plus en plus l’accent sur son aspect découvreur de talents, se justifiant peut-être ainsi du manque de films évènementiels contrairement à ce qu’il était à ses débuts : une vitrine pour les blockbusters américains à venir. En 1995, l’instauration de la compétition officielle avait donné le ton à ce festival en mêlant astucieusement films indépendants et grosses productions et satisfaisant ainsi  les festivaliers aux goûts les plus divers.

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Hier soir, le CID a connu sa première standing ovation avec « Like Dandelion Dust » de  John Gunn (avec et en présence de Mira Sorvino) qui m’a par ailleurs rassurée sur la présence ou le retour de mon âme qui en a frissonné d’émotions. Je vous parlerai de ce très beau film ultérieurement de même que de « Me and Orson Welles » de Richard Linklater.

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Un soleil levant et éblouissant me nargue actuellement, procurant à mon âme retrouvé un sentiment exquisément trompeur d’éternité et la délectable envie de dévorer cette journée, et me convainc de délaisser cette page pour profiter de cette belle journée avec, pour moi au programme aujourd’hui, deux autres films de la compétition officielle « Shrink » et « Humpday » et, ce soir, l’hommage à David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker suivi de la projection de « Top secret » sans oublier mes pauses au lounge Orange (où hier j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec le sympathique acteur principal de « Harrison Montgomery »), au Normandy et sur les planches et des pérégrinations scénaristiques qui feront bientôt l’objet d’une nouvelle rubrique sur inthemoodforcinema.com. En attendant, mon âme et moi-même allons céder à l’appel impérieux du soleil…

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Je vous invite aussi à suivre ce festival sur les blogs de mes deux collègues blogueuses avec lesquelles j’ai le plaisir de partager de nombreux moments de ce festival : Une dernière séance et Cinémaniac.

20.08.2009

Compétition officielle 2009: complément de programmation

Deux films viennent compléter les 9 films en compétition déjà annoncer (ici):

"Shrink" de Jonas Pate avec Kevin Spacey, Saffron Burrows, Jack Huston...

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Synopsis: Un psychiatre pour stars est incapable de de ressaisir après un récent drame personnel. Fumeur de marijuana chronique, il ne s'occupe plus de son apparence et perd confiance quant à sa capacité à aider ses patients...

"Youth in revolt" de Miguel Arteta avec Michael Cera, Ray Liotta, Steve Buscemi...

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Synopsis: Comédie. Les aventures sentimentalo-rocambolesques de Nick Twisp, un adolescent amoureux lancé sur les traces de la fille de ses rêves...

09.08.2009

Les films en compétition officielle du 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

Contrairement à ce qui avait été initialement annoncé "500 jours ensemble" de Marc Webb dont vous pouvez d'ores et déjà lire ma critique en cliquant ici, ne figurera pas en compétition officielle mais sera bien projeté en avant-première, voici donc ci-dessous les 8 films de la compétition officielle de ce 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville.

 Pour en savoir plus sur les lauréats des années précèdentes, rendez-vous dans la rubrique compétition du blog. Les films en compétition sont généralement projetés au CID, en semaine, à 11H et 15H (voire 14H30) et sont accessibles sur badge. (les séances en compétition sont rarement complètes)

COLD SOULS 1er film de Sophie Barthes

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Avec Paul Giamatti, Dina Korzun, Emily Watson, David Strathairn, Katheryn Winnick

Paul Giamatti, célèbre acteur américain, est en pleine crise existentielle. Il se cherche, peinant même à trouver le ton juste lors des répètitions de sa prochaine piece, ≪ Oncle Vania ≫ de Tchekhov. Il entend alors parler de la ≪ Banque des Ames ≫, laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme. Séduit, il décide de procéder à l'ablation de son âme. S'en suivent des réactions en chaine dont il n'imaginait pas l'ampleur...

Sortie en salles en France: janvier 2010

HARRISON, MONTGOMERY 1er film de Daniel Davila

Avec Martin Landau, Melora Walters, Octavio Gomez Berrios, Krista Ott, Diane Baker

Ricardo, un petit délinquant qui doit de l'argent à un chef de gang, a trouvé refuge dans un immeuble résidentiel délabré. Il se lie d'amitié avec une jeune fille dont la mère est sous la coupe d'un homme violent. Ils decouvrent qu'un de leur proche voisin, Harrison Montgomery, cache un secret qui pourrait bien régler tous leurs problèmes.

HUMPDAY de Lynn Shelton

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Avec Mark Duplass, Joshua Leonard

Parfois, les grandes amitiés peuvent mener un peu trop loin... Un soir, Andrew débarque sans prévenir chez Ben, son vieux copain de fac. Les deux hommes ne tardent pas a renouer avec leur bonne vieille complicité de machos heteros. Afin de distraire Ben de sa petite vie bien rangée, Andrew l'entraîne dans une fête aux moeurs libérées. Sur place, tout le monde ne parle que de participer au festival local de porno amateur et de tourner des films érotiques d'art et d'essai. Andrew semble plus que partant. Ben semble un peu moins concerné... Quelques litres d'alcool plus tard, une idée prend vite l'allure d'un pari : Andrew et Ben coucheront ensemble sous l'oeil bienveillant d'une caméra...

Sortie en salles en France: 16 septembre 2009

PRECIOUS de Lee Daniels

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Avec Gabourey Sidibe, Mo’ Nique, Paula Patton, Sherri Shepherd, Susan L. Taylor

Lorsqu’à seize ans, Precious apprend à lire et à ecrire dans une ecole alternative, un monde nouveau s’ouvre à elle. Un monde où elle peut enfin parler, raconter ce qui l’étouffe. Un monde où toutes les filles peuvent devenir belles, fortes, independantes. Comme Precious…

Sortie en salles en France: le 10 mars 2010

SIN NOMBRE 1er film de Cary Joji Fukunaga

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avec Edgar M. Flores, Paulina Gaitan, Kristyan Ferrer, Tenoch Huerta Mejia, Diana Garcia, Luis Fernando Pena

Apres une longue séparation, Sayra, une jeune hondurienne, retrouve son père qui lui propose d'émigrer avec lui aux Etats-Unis où il a refait sa vie. Une nuit, ils embarquent avec son oncle et d’autres émigrants à bord d’un train de marchandises américain. C'est au cours de ce voyage que Sayra va rencontrer Casper, un jeune mexicain qui fuit sa ville et la Mara, le gang auquel il appartient mais qu'il vient de trahir...

THE GOOD HEART de Dagur Kari

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avec Paul Dano, Brian Cox, Isild Le Besco, Damian Young

Lucas est sans-abri et n’a aucune perspective d’avenir. Suite à une tentative de suicide ratée, il doit partager sa chambre d’hôpital avec Jacques, un patron de bar coléreux, grincheux et cynique qui vient d’être victime d’une cinquième crise cardiaque. Sans famille et sans amis, sentant ses jours comptés, Jacques decide de prendre Lucas sous son aile abimée afin qu’il perpétue le flambeau.

THE KILLING ROOM de Jonathan Liebesman

avec Chloё Sevigny, Peter Stomare, Tim Hutton, Nick Cannon, Clea Duvall, Shea Whigham

Quatre personnes acceptent d’être les cobayes d'une expérimentation scientifique. Elles vont découvrir peu à peu qu'elles sont en fait les sujets d'un programme gouvernemental classé top secret.

THE MESSENGER 1er film de Oren Moverman

avec Ben Foster, Woody Harrelson, Samantha Morton, Jena Malon, Steve Buscemi, Eamonn Walker

Will revient chez lui après avoir combattu en Irak au sein de l’armée américaine. Lui restant encore trois mois à faire, il est muté au sein d’un service qui a la lourde tâche de prévenir les familles des soldats tombés au combat.

WORLD’S GREATEST DAD de Bob Goldthwait

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Avec Robin Williams, Alexie Gilmore, Daryl Sabara, Geoff Pierson, Henry Simmons

Lance Clayton est un père célibataire dévoué qui enseigne avec passion la poésie dans un lycée tout en rêvant de devenir un écrivain célèbre. Son fils Kyle, par contre, est un adolescent grossier, insolent, idiot et obsédé sexuel qui fait du tort a tout le monde… surtout à son père. Après la mort accidentelle de son fils, la vie de Lance prend une tournure inattendue…

01.07.2009

Critique « 500 jours ensemble » (500 days of Summer) de Marc Webb : compétition officielle 2009

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500.jpgChaque année ou presque une comédie romantique figure au programme de la compétition officielle  du Festival du Cinéma Américain de Deauville.  Ces dernières années, elles sont le plus souvent reparties bredouilles (comme le très réussi « American son » l'an passé, à ma grande déception), ce qui sera sûrement le cas de « 500 jours ensemble » malgré ses nombreuses qualités... à moins que le jury présidé par Jean-Pierre Jeunet ne crée la surprise... Réponse le 13 septembre !

 Tom (Joseph Gordon-Levitt) ne croit qu'en l'amour fou, qu'au coup de foudre unique, qu'à la destinée amoureuse. Quand il rencontre Summer (Zooey Deschanel), la nouvelle secrétaire de son patron, il est persuadé que c'est elle le grand amour de sa vie. Et bien que celle-ci l'avertisse qu'elle ne veut pas d'une relation sérieuse, il en reste persuadé envers et contre tous (et donc  même envers cette dernière). Peut-être Tom fait-il partie de ces gens dont parlaient La Rochefoucauld qui « n'auraient jamais été amoureux s'ils n'avaient pas entendu parler d'amour ». En tout cas il ne vit que pour cela, quand Summer, elle, qui probablement a davantage entendu parler de désamour (celui de ses parents) le vit avec légèreté.

Bien sûr « 500 jours ensemble » (et cela bien que la voix off nous mette en garde nous annonçant que nous n'assisterons pas à une histoire d'amour) n'a rien de transgressif, et ne révolutionnera certainement pas le genre mais en cette période caniculaire cette comédie romantique rafraîchissante (pas mièvre pour autant) en devient salutaire.

 Ce film pourrait  bien emporter l'adhésion des festivaliers pour sa drôlerie, sa fraîcheur, son mélange d'idéalisme et de réalisme, et pour ses deux personnages principaux et ceux qui les incarnent.

 La voix off sarcastique est plutôt réjouissante. Pour une fois l'idéaliste est représenté par le personnage masculin et  l'histoire est racontée à travers son point de vue, et donc vue par le prisme de son aveuglement auquel chacun d'entre nous pourra s'identifier.

 Dans ce qui est son premier long métrage Marc Webb, jusqu'à présent réalisateur de pubs et de clips n'économise pas son énergie ni les recours à divers genres et figures stylistiques sans que jamais cela ait l'air d'un gadget, la forme apportant toujours un plus au fond : split screen, incursion dans la comédie musicale... Il réalise ainsi l'anatomie d'une histoire d'amour en en déconstruisant astucieusement la chronologie  à travers les mécanismes de la mémoire de Tom. Les allers et retours continuels dans le temps apportent aussi du rythme et mettent en lumière son aveuglement.

 Et puis cette histoire ne serait pas aussi irrésistible sans le charme de Joseph Gordon-Levitt qui incarne l'idéaliste Tom ( qui a débuté au cinéma dans « Et au milieu coule une rivière », et que vous avez pu voir dans « Mysterious skin », « Brick », « La Jurée » et que vous verrez prochainement  dans « Inception » de Christopher Nolan avec Leonardo Di Caprio et Marion Cotillard) ni sans celui de  Zooey Deschanel qui incarne l'insaisissable Summer (vue récemment dans « L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », « Yes man », « Phénomènes »...).  Leur couple a tellement de charme que, à l'image de Tom, nous nous refusons à voir les signes annonciateurs de l'échec. La cruauté involontaire du personnage de Summer ne fait que renforcer l'empathie du spectateur pour celui, d'une touchante maladresse et d'un compréhensible aveuglement, de Tom.

 Ajoutez à cela une BO particulièrement réussie et vous obtenez un cocktail des plus rafraîchissants  !

 Ce film ressemble à son personnage principal, et à ces personnes qui ne sont pas d'une beauté sidérante et incontestable mais dont les imperfections, les maladresses ont un  charme fou  et vous séduisent d'autant plus . Je vous le garantis : vous succomberez au charme de « 500 jours ensemble » et de Tom...

 Nul doute que cette comédie romantique drôle et rafraîchissante qui a récolté une standing ovation au dernier Festival de Sundance réjouira les festivaliers deauvillais. Inthemoodfordeauville.com vous le recommande.  A voir à Deauville entre le 7 et le 13 septembre et en salles, le 30 septembre 2009.

26.06.2009

"500 jours ensemble" de Marc Webb en compétition officielle du 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

Première information concernant la compétition officielle du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2009: "500 jours ensemble" (" 500 days of Summer") de Marc Webb (avec Joseph Gordon-Levitt et Zooey Deschanel) a été sélectionné en compétition officielle. J'ai eu la chance de le voir en avant-première hier. Retrouvez très bientôt ma critique ici...

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15.03.2009

Compétition officielle du Festival du Film Asiatique de Deauville (suite): "The shaft", "Claustrophobia"

Trois nouveaux films en compétition étaient projetés aujourd’hui mais comme le temps me manque, j’ai choisi d’évoquer les deux films les plus marquants de cette journée qui s’inscrivent d’ailleurs de nouveau dans la thématique leitmotiv évoquée ces deux précédents jours, un des deux films en question,  s’intitulant  même « Claustrophobia ». Depuis le début de la sélection, sont en effet projetés des films qui témoignent d’une Asie (d’un monde ?) suffocant, claustrophobe, épris d’une inaccessible liberté, et souffrant d’une douleur sourde. Si ces films témoignent d’une noirceur incontestable, ils témoignent aussi, une nouvelle fois de la richesse et la diversité du cinéma asiatique même s’il m’a semblé cette année moins inventif, et en tout cas moins poétique et lyrique, plus réaliste et brutal,  cherchant lui aussi, peut-être, son nouveau souffle.

 

« Claustrophobia » de Ivy Ho (Hong Kong)

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Synopsis : Pearl, la vingtaine, travaille au sein du département marketing d'une entreprise. Elle se sent de plus en plus attirée par son supérieur, Tom, marié et père de famille. Elle est à son service depuis quelques temps déjà. Tom est un patron agréable, aimable et tolérant autant que faire se peut mais personne ne sait vraiment qui se cache derrière ce visage avenant.

 

Dès les premiers plans, dans l’habitacle étouffant de la voiture (où se déroulera une grande partie du film sans que ce ne soit jamais lénifiant ou répétitif), la tension est palpable. A l’arrière, une jeune femme, tristement rêveuse attire notre attention.  En sept scènes rétrospectives nous allons comprendre la raison de sa tristesse. Là où la construction (comme souvent) aurait pu concentrer toute l’attention de la réalisatrice et être le seul intérêt du film, c’est ici un véritable outil scénaristique qui renforce l’impression de claustrophobie, également temporelle puisque nous connaissons l’inéluctable issue. L’enfermement (que tout concourt à évoquer : la tentaculaire métropole hongkongaise, un aquarium etc) est autant celui d’un amour insoluble que celui de l’entreprise dans laquelle travaillent Pearl et Tom. Ce qui aurait pu être une banale histoire d’amour, par cette habile construction, devient une histoire palpitante dans laquelle la réalisatrice ausculte le moindre geste, le moindre regard, la moindre parole qui, pris à rebours, révèlent leur double et terrible sens. La réalisation se met évidemment subtilement au service de cette claustrophobie pour enfermer les visages dans le cadre. Ce qui aurait été simplement touchant, avec une banale chronologie devient alors poignant. Le tout est nimbé d’une lumière bleutée, d’une mélancolie qui révèle ainsi sa violence sans un bruit, sans un coup. Si ce n’est celui que nous porte ce film. Droit au cœur. « Claustrophobia » est le premier film en tant que réalisatrice de Ivy Ho, très reconnue en tant que scénariste et son talent d’écriture se ressent dans chacun de ses plans ou de ses mots auxquels notre attention qu’elle parvient à capturer et captiver ne cesse d’être suspendue du premier au dernier plan.

 « The Shaft » de Zhang Chi (Chine)

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Synopsis : Trois histoires racontent la vie d'une famille de mineurs dans les montagnes de la chine occidentale. La fille veut démarrer une nouvelle vie mais doit choisir entre l'amour ou la réalisation de ses rêves. Son frère veut devenir chanteur plutôt que mineur. Enfin, le père, tout juste retraité, essaie de retrouver sa femme disparue.

 Il y a des films qui, par la grâce de leur mise en scène, vous happent dès leurs premiers plans, empreints comme ici d’un silence aussi profond et lourd de sens que monotone, et d’une tragique beauté. Les paysages, de désolation, de déconstruction, saisissants de tristesse, reflètent savamment  celle des personnages, et leur avenir déjà en ruines. Zhang Chi ne juge jamais ses personnages mais les accompagne dans leur morne quotidien, mais aussi dans leurs relations empreintes de pudeur, avec beaucoup de finesse et de tact. Si cette histoire est profondément ancrée dans un cadre spatiotemporel bien précis, elle rejoint l’universel en nous parlant de rêves qui achoppent ou qui renaissent,  de rêves d’un ailleurs et d’un avenir inaccessibles, et d’un espoir qui surgit de celui dont on l’attendait le moins, et nous porte et nous emporte sur cette magnifique route qui serpente, certes, mais qui monte malgré tout, chemine vers un avenir peut-être meilleur. Un film qui nous bouleverse en silence. Probablement un des lauréats de cette 11ème édition qui porte les germes d’un grand réalisateur et fait beaucoup songer à Jia Zhang Ke dont il évoque d’ailleurs un des thèmes fétiches :celui des disparités et des contradictions d’un pays en pleine mutation.

A  suivre demain soir sur « In the mood for Deauville » : l’intégralité du palmarès en vidéos et images, un palmarès que je commenterai évidemment ayant vu tous les films de la compétition (je verrai « All around us » demain). Suite à un petit problème de mise en ligne des vidéos, pas de vidéos aujourd’hui mais vous pourrez prochainement retrouver ici toutes les vidéos de présentation des films ainsi que celles de l’hommage à Lee Chang-dong. Je vous reparlerai également ultérieurement de ces films qui le méritent, réellement. Demain matin sera projeté le dernier film de cette compétition officielle. Ceux que je vous recommande pour le moment : « Claustrophobia », « L’enfant de Kaboul », « Firaaq », « Naked of defenses », « Trivial matters »  et évidemment « The shaft . »

 Sandra.M

14.03.2009

Suite de la compétition officielle du Festival du Film Asiatique de Deauville 2009

Un film coréen, un film franco-afghan  et un film Taïwanais étaient aujourd’hui au programme de la compétition de ce 11ème Festival du Film Asiatique de Deauville. Pas encore de coup de cœur dans cette sélection bien sombre (mais néanmoins de qualité) mais des voyages toujours instructifs, parfois poignants ou insolites,  à défaut d’être inoubliables. Bref compte rendu de cette journée de compétition.

 « Breathless » de Yang Ik-June (Corée)

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Synopsis : Sang-hoon, dont la mère et la sœur meurent devant ses yeux lorsqu'il était encore enfant, a grandi avec la rage au ventre et une haine farouche envers son père, jugé responsable du drame. un jour, Sang-hoon fait la connaissance de Yeon-hee, une jeune adolescente. Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se retrouver eux-mêmes…

 Malgré d’évidentes qualités de jeu et direction d’acteurs ( c’est le premier film en tant que réalisateur de l’acteur Yang Ik-June qui interprète aussi le rôle principal) et un sujet fort, malgré le lien singulier de ces deux écorchés vifs qui se raccrochent l’un à l’autre, finalement touchants, malgré le talent de son réalisateur pour traduire la douleur indicible à travers cette violence irrépressible,  « Breathless » perd malheureusement en force et crédibilité à accumuler les coïncidences et drames (la violence des personnages s’explique, parfois maladroitement d’ailleurs, par celle qu’ils  subissent eux-mêmes ou ont subi, tous sont des enfants ou femmes battus). Un film dont chaque lueur d’espoir est rapidement éteinte par un nouveau drame et dont la violence inextinguible jusqu’au dernier souffle, jusqu’à la dernière seconde fait aussi suffoquer le spectateur, et le lasse finalement plus qu’il ne le marque.  Un film qui porte à son paroxysme la difficulté de communiquer (thème commun aux films en compétition dont je vous parlais hier et  que l’on retrouve donc ici), et même de respirer.

 « Island etude » de En Chen (Taïwan)

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Synopsis : Avant de terminer ses études universitaires, un jeune homme malentendant décide de longer les côtes taïwanaises à vélo, sa guitare en bandoulière, afin de faire le tour de l'île en sept jours…

Voilà un film qui détone dans une sélection bien sombre. On attend à tout moment le drame qui va survenir. Le traumatisme qui va surgir. La noirceur qui va s’abattre sur ces paysages enchanteurs. Mais non, rien. « Island etude » est une balade rafraîchissante illuminée par la présence de son acteur principal et une photographie lumineuse (En Chen dont c’est le premier film en tant que réalisateur était chef opérateur notamment de Hou Hsiao-Hsien) que l’on rêverait presque de voir s’assombrir un instant, ne serait-ce que pour le plaisir de voir ressurgir la lumière. Une route jalonnée de rencontres, parfois artificielles.  Après le film précèdent, « Island etude » nous permet de retrouver notre souffle même si ce film en manque indéniablement. Une belle promenade qui manque d’horizon(s).

 « L’enfant de Kaboul » de Barmak Akram (France et Afghanistan)

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Synopsis :  Kaboul. Afghanistan. Khaled, un chauffeur de taxi, découvre dans son véhicule un bébé abandonné par une femme voilée. Comment la retrouver ? Comment se débarrasser de cet encombrant colis ? Et s'il gardait le petit garçon, lui qui n'a que des filles ?

Ce voyage là est sans aucun doute beaucoup plus marquant que celui auquel nous invitait le film précèdent. Sans doute aussi le plus marquant de ce festival. Parce qu’il se déroule à Kaboul,  ici véritable personnage, que nous méconnaissons évidemment et que Barmak Akram a l’intelligence de nous faire découvrir avec une précision documentaire tout en racontant une histoire, et en y distillant des moments plus drôles, nous permettant de reprendre notre souffle (oui, il est encore question de souffle) dans cette course effrénée dans une ville pas encore apaisée. Kaboul : ville plongée dans l’obscur(antisme)ité qui n’aspire qu’à la lumière. Ville grouillante, bruyante, chaotique, blessée mais  qui réapprend à vivre après le départ des Talibans malgré les menaces qui planent. La mise en scène, d’abord, nerveuse du début, s’assagit au fur et à mesure que Khaled se responsabilise, et ne nous lâche en tout cas jamais. Ville sous tension qui goûte à sa fragile et relative liberté. Ville tragique et détruite dans un écrin sublime. Au fond c’est de deux enfants dont il est question ici, et son titre est presque un pléonasme. Un enfant qui vient de naitre. Une ville qui renait, balbutie, est effrayée aussi. Et un nouveau cinéma qui nait sur des champs de ruine alors  que certains le voient déjà mort (cf propos du réalisateur, voir vidéo ci-dessus, à venir, demain...). Tandis que nous suivons Khaled qui cherche à placer l’enfant, nous découvrons Kaboul mieux qu’à travers n’importe quel documentaire, nous découvrons aussi la condition, difficile, des femmes et celle des orphelins. Sans jamais que cela soit didactique, ennuyeux. Un enfant de Kaboul qui nous donne envie de mieux le connaître, le voir grandir et s’émanciper, à la rencontre duquel je vous encourage vivement d’aller.

Contrairement aux autres films de cette compétition, ce film franco-afghan (écrit par Barmak Akram avec la collaboration de Jean-Claude Carrière), produit par Fidélité, sortira en France le 29 Avril. Je vous en reparlerai plus longuement au moment de sa sortie.

Site officiel du film: http://www.enfantdekaboul-lefilm.com/

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Une petite promenade salutaire sous le soleil couchant de Deauville pour se remettre de ces émotions cinématographiques...:

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12.03.2009

Compétition officielle du Festival du Film Asiatique de Deauville : "Naked of defenses", "Trivial matters", "chant des mers du sud"

deauvilleasia.jpgAprès "Firaq" de Nandita Das dont je vous parlais hier, la compétition officielle se poursuivait aujourd'hui avec 3 autres films: un film japonais ("Naked of defenses" de Ichii Masashide), un film en provenance de Hong Kong ("Trivial matters" de Pang Ho-Cheung), un film du Kirghizstan, nationalité pour la première fois présente à Deauville ("Chant des mers du Sud" de Marat Sarulu.)

Aussi modeste soit ce festival (autant que son "cousin" américain de septembre peut être exubérant, parfois), en particulier cette année, c'est toujours un immense plaisir d'y assister pour le voyage aux confins de l'Asie auquel il convie, notamment parce que les films qu'il nous propose sont aussi divers et riches que les pays que compte le continent asiatique. Poétiques, violents, languissants, émouvants, contemplatifs... tant d'autres adjectifs encore pourraient s'appliquer à ce cinéma qui ne cesse de me surprendre, me charmer, me choquer (dans le bon sens du terme).

Très différents aussi étaient ces quatre premiers films en compétition même si on peut déjà en dégager une thématique commune: la difficulté de communiquer, que ce soit dans la sphère privée ou publique, entre russes et kazakhs ("Chant des mers du Sud"), entre hindous et musulmans( "Firaaq"), entre un mari et sa femme ("Naked of defenses")ou entre des amies, des amants, des époux ("Trivial matters"). Ce qui caractérise sans doute notre société, européenne ou asiatique, la déshumanise aussi parfois. Ces films mettent aussi le plus souvent en scène des personnages qui ont aussi soif de liberté.

"Trivial matters" de Pang Ho-Cheung (Hong Kong)

Synopsis: Sept histoires courtes sur le libre arbitre qui sont en fait le reflet de la comédie humaine agencée par dieu pour s'amuser. certaines histoires se terminent sur des malentendus, d'autres commencent par des malentendus…

Si Pang-Ho Cheung avait voulu montrer à quel point sa réalisation pouvait s'adapter à tous les types de films et faire une démonstration de style, il n'aurait pas choisi meilleurs sujets. Film d'action, comédie romantique, comédie, film réaliste... En 7 histoires, il expérimente différents genres avec un brio incontestable, une écriture précise, des personnages ciselés malgré le peu de temps imparti à chacun. Ce film est adapté de nouvelles que Pang Ho-Cheung a lui-même écrites et c'est sans doute la raison pour laquelle chaque histoire nous embarque immédiatement malgré les ruptures de ton et de rythme. Il est dommage de ne pas avoir essayé de les lier davantage encore malgré d'habiles transitions, des personnages présents dans plusieurs histoires et une thématique commune. Malgré tout on ne peut s'empêcher de voir 7 courts-métrages, certes très réussis, et qui témoignent d'une grande maîtrise, d'un ton décalé, parfois irrévérencieux, voire absurde. Autant d'histoires, de styles que d'émotions et le réalisateur semble passer des unes aux autres avec une facilité déconcertante (dans l'écriture comme dans la mise en scène qui épouse chaque style) qui ne peut que forcer notre admiration. Chaque histoire pourrait donner lieu à un long métrage. Si les faits, pris séparément, sont triviaux (le double sens de ce mot n'est ici pas du tout anecdotique), leur mise en parallèle leur donne de l'importance, de même qu'à ce film hybride et singulier.

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"Naked of defenses" de Ichii Masahide (Japon)
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Présentation du film "Naked of defenses" par son réalisateur... et ses deux acteurs. (vidéo ci-dessous)
Synopsis: Chinatsu, enceinte de plusieurs mois, est engagée dans une usine située dans un village à la campagne. elle y fait la connaissance de ritsuko, une employée de longue date, qui l'aide à s'adapter à son nouvel environnement. au contact de chinatsu, ritsuko se souvient d'un événement douloureux de sa vie passée (enceinte, elle a perdu son bébé dans un accident) et réalise peu à peu qu'elle mène une vie malheureuse.
Outre son goût prononcé pour les métaphores animalières, ce film a en commun avec celui précédemment évoqué le thème de l'absence de communication, ou plutôt ici la difficulté de communiquer, "d'évacuer" une culpabilité et une douleur indicibles au point qu'elle en devienne névrotique et dangereuse pour autrui. Prisonnière comme une araignée dans un verre qui finira par étouffer. Devenue insensible comme ces machines déshumanisées dont elle s'occupe chaque jour. L'alternance de plans larges et de plans serrés, voire d'inserts, mettent là encore en exergue  ce besoin d'émancipation, de liberté  avec beaucoup de talent, et ce qui aurait pu n'être que figuratif ( ce qui était déjà en soi remarquable et méritait que ce film soit vu) servira finalement l'émotion, celle d'une renaissance, d'un sourire au milieu des larmes(un sourire qui mériterait un prix d'interprétation...), après une scène pour le moins inattendue qui mêle cinéma et réalité, mais que le scénario et l'histoire (celle d'une re-naissance donc) justifient amplement. Bouleversant. Un simple bémol: certaines scènes inutilement explicatives, et commentées (par exemple justement la comparaison de l'usine avec son insensibilité qu'elle commente en voix off) là où les images suffisaient amplement.
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Le réalisateur Marat Sarulu présente "Chant des mers du Sud" ( vidéo ci-dessous):

09.09.2008

Premier bilan (provisoire) de la compétition officielle : le choc de « Gardens of the night » de Damian Harris

Alors que ce soir a lieu l’hommage à l’actrice Parker Posey avec la projection de « Broken English » déjà projeté au festival l’an passé ( !?) et que j’ai donc déjà vu, je profite de cette soirée, non seulement pour prendre un peu de recul par rapport au tourbillon d’images, d’émotions et d'instants insolites mêlés, entrelacés et démultipliés , inhérents à tout festival, et à celui-ci en particulier, mais aussi pour faire un premier bilan de la compétition.

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 Hier débutait la compétition officielle : 4 films de cette section ont déjà été projetés dont deux premiers films  « All god’s children  can dance » et « Smart people ». Des personnages fragiles, un douloureux passage à l’adolescence, voire des vies meurtries : ces films reflètent un visage sombre de l’Amérique. Inquiète.  Vulnérable. Fébrile. Egarée. En recherche d’une figure paternaliste. Ces 4 films présentent néanmoins de nombreuses divergences. Je m’arrêterai uniquement sur l’un d’entre eux, véritable premier choc de cette compétition : « Gardens of the night » de Damian Harris. (Le titre provient d’un poème de Robert Bridges : My delight and thy delight, like two angels white, in the gardens of the night ». )

 Quant aux autres :

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- la place de « Smart people » dans la compétition est quelque peu incongrue tant ce film réunit tous les poncifs des séries américaines les plus naïves, aussi classique et formaté dans son sujet, son interprétation que sa réalisation. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

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-« All God’s children can dance » adapté d’une nouvelle singe le cinéma asiatique par son côté contemplatif sans parvenir à sa hauteur, nous donnant l’impression de voir un court-métrage ou un long inabouti dans cette quête du Père et/ou du père, quête initiatique présomptueuse dans le quartier coréen de Los Angeles.

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 Snow Angels » qui dissèque les circonstances d’un drame dans une petite ville de Pennsylvanie et qui est là aussi un parcours initiatique  pour un adolescent qui vit son premier amour et doit supporter la séparation de ses parents, se révèle particulièrement humain dans son analyse d’actes inhumains, des personnages complexes, ordinaires poussés dans des situations d’une horreur extraordinaire. Le scénario habilement ficelé contribue à donner cette impression de situation étouffante et inextricable malgré laquelle  la neige finira par tomber, recouvrant l’horreur comme si de rien n’était.

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 Mais le vrai choc du début de cette compétition c’est « Gardens of the night » qui nous fait suivre Leslie (et voir le monde et son histoire à travers ses yeux innocents de jeune  « Cendrillon »), une jeune fille de 17 ans qui mène une existence difficile dans les rues de San Diego en compagnie de son ami d’enfance Donnie le seul à veiller sur elle. Tous les deux tentent de surmonter le traumatisme qu’ils ont vécu neuf ans auparavant.

Le film est divisé en deux partie : dans la première Leslie est encore une enfant et nous découvrons son histoire (elle a été enlevée par et pour des pédophiles) à travers son regard. Dans la deuxième, elle a 17 ans et tente de survivre au passé et au présent.

Le sujet aurait pu donner lieu à un film scabreux mais le premier témoignage du talent de son réalisateur est son absence totale de voyeurisme, de complaisance, lié d’une part à l’utilisation judicieuse du hors-champ, d’autre part au mode narratif et visuel qui s’apparent au conte de fée, à la fable. L’aspect angélique, innocent de la petite fille contraste avec l’horreur de ce qu’elle vit. Le contraste entre son regard, presque onirique, et la réalité exacerbe encore l’âpreté de ce qu’elle vit même si c’est visuellement plus supportable.

Le film s’achève sur une fin ouverte mais aussi sur une note d’espoir, le réalisateur ayant délibérément choisi une fin relativement optimiste de même que l’acteur Tom Arnold qui a raconté en conférence de presse avoir vécu la même chose enfant, troublante et terrible coïncidence, dans la même ville  de surcroît: San Diego et avoir aussi accepté ce film  en raison de sa note d’espoir finale, et avec l’objectif de démontrer que, même si la blessure demeure incurable, il est toujours possible d’aller de l’avant.

Un travail considérable a aussi été fait sur la lumière, le film a par ailleurs été entièrement storyboardé.

L’équipe du film a été très applaudie, même en conférence de presse.

En préambule de sa présentation au CID, le réalisateur avait précisé qu’il souhaitait émouvoir et pas forcément plaire : objectif réussi.

Et au-delà des qualités du film (de mise en scène, de traitement habile d’un sujet difficile), son sujet, l’enfance meurtrie, auquel la présidente de ce jury 2008, Carole Bouquet est particulièrement sensible, pourrait aussi contribuer à le faire figurer au palmarès.

Un film sensible, émouvant, qui nous fait voir l’horreur à travers les yeux de l’innocence. Un gouffre lumineux, grâce au regard de celle qui s’en échappe, trouvant sa vraie famille. Une histoire d’horreurs et d’amour. Celle de Cendrillon au pays de l’abjection. Le premier vrai choc de cette compétition.

A suivre sur "In the mood for Deauville": l'hommage à Spike Lee demain soir et la suite de la compétition...

Sandra.M

 

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