Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Critique de LAROY de Shane Atkinson (compétition officielle – 49ème Festival du Cinéma Américain de Deauville)

    Laroy.jpg

    Ce thriller teinté d'humour noir, tel celui des frères Coen, débute ainsi : un homme, ayant découvert que sa femme le trompe, sur le point de mettre fin à ses jours, prend en stop un automobiliste en panne qui sous-entend qu’il est peut-être un tueur (prenant son chauffeur pour le tueur à gages qu'il a engagé), quand son chauffeur émet la même hypothèse.

    John Magaro  incarne Ray Jepsen ce personnage à la fois pathétique et attendrissant,  accompagné de son vieil ami Skip (Steve Zahn), un détective privé amateur aux allures de cow-boy. La vie de Ray est aussi tranquille voire banale que la ville dans laquelle il évolue. Il est cogérant d'une quincaillerie familiale. Il est marié avec Stacey-Lynn (Megan Stevenson), une ancienne reine de beauté, confrontée à ses propres rêves et illusions. Mais lorsque Ray apprend la liaison de sa femme par son ami Skip (Steve Zahn), la tempête va succéder au calme .

    Tourné en seulement 22 jours, ce film alterne les genres avec maestria.

    LaRoy, ville située au cœur de la campagne texane est un des personnages du film. Une petite ville à l’image de ses personnages : en apparence tranquille et inoffensive mais en réalité particulièrement déjantée et malade. Dysfonctionnelle. Les bâtiments en désuétude créent une « atmosphère, atmosphère » en écho avec le délabrement moral des personnages. La ville n’en demeure pas moins en apparence aussi calme que les évènements qui s’y déroulent sont excentriques.

    LaRoy est un divertissement malin et de haute volée, captivant et déroutant du début à la fin. Vous n’oublierez pas de sitôt le chaos que dissimule la petite ville de LaRoy et ses personnages excentriques.

    Des dialogues savoureux. Un humour noir réjouissant. Une musique particulièrement réussie et mémorable de Delphine Malausséna, Rim Laurens et Clément Peiffer. Le décor de cette petite ville trompeusement sereine dissimulant l’excentricité et le chaos intérieur des êtres vous hantera longtemps. Un bijou entre comédie et thriller. Jubilatoire.

  • Critique - LES FEUILLES MORTES de Aki Kaurismäki - Section L'Heure de la Croisette (Festival du Cinéma Américain de Deauville 2023)

    Cinéma, Deauville, L'heure de la Croisette, Les feuilles mortes, Kaurismaki

    Il s'agit du cinquième film du cinéaste finlandais qui figurait en compétition du dernier Festival de Cannes.
     
    Dans le poste de radio d'un autre âge surgissent les échos d'une guerre si proche, en Ukraine, qui semble tout autant anachronique et pourtant tragiquement contemporaine. Un homme et une femme, chacun dans leur appartement spartiate, écoutent, enfermés dans leur solitude et leur vie précaire, à Helsinki.
     
    Avec une économie de mots, un humour burlesque et décalé, un sens du cadre et des couleurs indissociables de son cinéma, Kaurismäki filme l'amour naissant et l'incongruité de chaque moment de vie.
     
    Un film d'une drôlerie désespérée, parsemé de références cinématographiques (avec des affiches de Godard, Melville, Visconti...) qui s'achève par un hommage au maître du genre, une fin en écho à celle des Temps modernes.
     
    Un film irradié de musiques qui jouent aussi brillamment avec les codes et les contrastes. Encore bercée par la poésie mélancolique de ces feuilles mortes.
  • Critique de L’ENLEVEMENT de Marco Bellochio (L’Heure de la Croisette – Festival du Cinéma Américain de Deauville)

    enlèvement.jpg

    L’Enlèvement de Marco Bellochio fut présenté ce soir à Deauville dans le cadre de la section L’Heure de la Croisette. Une fresque fascinante. Un opéra baroque, tragique et flamboyant, filmé dans un clair-obscur admirable. Mais aussi un plaidoyer contre la folie religieuse et les fanatismes.

    En 1858, dans le quartier juif de Bologne, les soldats du Pape font irruption chez la famille Mortara. Sur ordre du cardinal, ils sont venus prendre Edgardo, leur fils de sept ans. L’enfant aurait été baptisé en secret par sa nourrice étant bébé et la loi pontificale est indiscutable : il doit recevoir une éducation catholique. Les parents d’Edgardo, bouleversés, vont tout faire pour récupérer leur fils. Soutenus par l’opinion publique de l’Italie libérale et la communauté juive internationale, le combat des Mortara prend vite une dimension politique. Mais l’Église et le Pape refusent de rendre l'enfant, pour asseoir un pouvoir de plus en plus vacillant...

    Ce film a été présenté en Compétition dans le cadre du Festival de Cannes 2023.

    Ce film s’inspire d’une histoire vraie, l'affaire Mortara. Edgardo Mortara est né à Bologne en 1851 dans une famille juive. Il est le sixième des huit enfants de Salomone (Momolo) Mortara et de Marianna Padovani. Alors qu'il est âgé d'un an et qu'il connaît un épisode de fièvre extrême, une jeune servante catholique au service de la famille, craint pour sa vie et décide de le faire baptiser en secret. En 1857, les gendarmes de la papauté arrivent chez les Mortara pour arracher l'enfant à la famille pour le conduire à Rome, sur mandat du Saint-Office de l’Inquisition, sous le contrôle direct du pape Pie IX. L’enfant est alors élevé dans la “Maison des catéchumènes et des néophytes” un séminaire créé pour la conversion, entre autres, des Juifs et des Musulmans où il reçoit une éducation catholique rigoureuse et se forme à la prêtrise. Une fois Rome libérée, Edgardo restera malgré tout fidèle au pape. Devenu prêtre, il essaiera jusqu’à la mort de convertir sa famille qui n’a pas voulu renier la religion juive.

    Ce qui est passionnant autant que révoltant dans cette histoire, c’est que le mal est commis au nom du bien.  Mais aussi la conversion d’Edgardo qui restera fidèle à ses bourreaux, en reniant les valeurs de sa propre famille. Les retrouvailles et la confrontation finale est une des scènes les plus bouleversantes qu’il m’ait été donné de voir au cinéma.

    Ces paradoxes se reflètent dans le clair-obscur, l’élégante et brillante mise en scène (avec des scènes qui se répondent magistralement et n’en sont plus que bouleversantes) de Bellocchio qui fait de cette opéra tragique une fresque flamboyante entre le drame, le film historique et le thriller.

    Un plaidoyer sublime et saisissant contre l’obscurantisme. Un récit prenant et intense, sublimement reconstitué et passionnant, d’une beauté captivante, entrelaçant intime et politique, histoire et Histoire. Je vous reparlerai plus longuement de ce chef-d'œuvre d'une grande intelligence, beau et profond, qui laisse une forte empreinte.

    Lien permanent Catégories : L'HEURE DE LA CROISETTE 0 commentaire Imprimer Pin it!
  • Première - Critique LE RÈGNE ANIMAL de Thomas Cailley

    cailley.png

    Hier soir, au CID était projeté un film singulier, puissant et saisissant dont vous entendrez forcément beaucoup parler dans les mois à venir, le deuxième film de Thomas Cailley après Les Combattants (César 2015 du meilleur premier film).

    Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François (Romain Duris) fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d'un nouveau genre, il embarque Émile (Paul Kircher), leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.

    D’apparence tout d’abord réaliste, le glissement se fait progressif vers le fantastique avec un parallèle évident avec une période récente : celle d’une réalité qui peu à peu s’est transformée en une situation inédite, angoissante et ubuesque qui a arrêté toute la planète. Ce film possède tant de ramifications qu’il faudrait en parler des heures. J’y reviendrai plus longuement. Il est notamment passionnant en ce qu’il questionne cette frontière entre l’Humanité et la Nature. Une manière particulièrement originale d’aborder les mutations du vivant (et donc écologiques) et les risques qui menacent la planète. L’immersion du fantastique dans la vie « réelle » rend le récit d’autant plus universel, en mêlant aussi astucieusement le spectaculaire et l’intime.

    Les Landes de Gascogne forment un décor idéal, presque fabuleux, magique, là aussi intemporel, d’une grande richesse et diversité. La forêt devient alors un personnage à part entière, mise en lumière par la magnifique photographie de David Cailley. Ces décors réels dans lesquels a été tournée la totalité du film rendent l’impensable d’autant plus crédible.

     Après le Lycéen, Paul Kircher confirme que le cinéma français devra compter sur lui. Son jeu exhale une sincérité et une force rares, sauvages, intense, et la relation complexe avec son père accroissent l’intérêt du film. Et je vous mets au défi de ne pas être bouleversés quand de la voiture, toutes fenêtres ouvertes, s’échappe la musique de Pierre Bachelet tandis que Paul Kircher hurle "maman !".  Soulignons aussi le rôle de Fix interprété par Tom Mercier, dans un rôle d’homme-oiseau, de « tout son être, tout son corps. »

    Un film atypique, hybride, ambitieux, audacieux intelligemment métaphorique et teinté d’humour. Un récit initiatique et une fable cauchemardesque d’une force rare qui résonne intelligemment avec l’actualité récente mais aussi un fim tendre sur la relation entre un père et son fils. Une auscultation de l’animalité et des mutations de l’homme mais aussi une ode à la différence. Ajoutez à cela une bo absolument magnifique de De Andréa Laszlo De Simone et vous obtiendrez un film d’une grande profondeur derrière un captivant divertissement.