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cinéma

  • Kristen Stewart, Deauville Talent Award 2019 - Critiques de SILS MARIA d'Olivier Assayas et CAFE SOCIETY de Woody Allen

    KRISTEN STEWART recevra un DEAUVILLE TALENT AWARD 2019 dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2019. Une soirée hommage aura lieu le vendredi 13 septembre, suivie de la première française de "Seberg" de Benedict Andrews. Je serai bien sûr en direct pour vous faire vivre ces évènements. Une édition qui s'annonce décidément prestigieuse. A cette occasion, je vous propose deux critiques de films avec Kristen Stewart.

     CRITIQUE de SILS MARIA d'OLIVIER ASSAYAS

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    Synopsis: À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l'autre côté du miroir, dans le rôle d'Helena…

     

     Le serpent de Maloja est un étirement en bande de nuages bas observé en automne. Il s'allonge de Sils Maria à Silvaplana allant jusqu’à St Moritz et laisse encore aujourd'hui les spécialistes perplexes de lorsque  les vents de l'Engadine, des vents de nuit à courant descendant, s'observent en plein jour. Ce serpent métaphorise le film : sinueux, fascinant, trouble, troublant.

    Le cinéma n'est bien sûr pas avare de films sur le cinéma, celui-ci présente d'ailleurs des similitudes avec l'un de ses illustres prédécesseurs, "Eve" de Joseph L. Mankiewicz. Le deuil dès les premières minutes place le film sous une couleur sombre. Le début du déclin pour cette actrice pourtant encore dans la force de l'âge?

    Le film s'oriente ensuite sur  les rapports troubles et troublants  entre Maria et Valentine, à la fois répétitrice, assistante, (amie?), entre envie, jalousie et altruisme.

    Puis, c'est le passé qui ressurgit, un rôle emblématique dans la carrière d'une actrice, marquée par celui-ci, qui se confond avec celui-ci.

    Chaque scène est alors empreinte de gravité, de profondeur, de multiples sens, et le jeu même de la comédienne se prête à de multiples interprétations, la frontière entre la pièce et la réalité étant constamment et de plus en plus floue. Le film en devient aussi palpitant que ludique et, un peu à l'image de sa prestation magistrale dans "Copie conforme", Juliette Binoche joue de telle façon qu'elle brouille nos repères. Les scènes dans la montagne où tout semble alors pouvoir survenir sont d'une tension rare. 

    Un grand film  très ancré dans son époque, sa violence médiatique, un film sur l'étanchéité des frontières entre l'art et la vie, et l'implacable violence du temps qui passe. Un film au charme vénéneux, un jeu de miroirs et de reflets mélancolique, envoûtant et brillant au propre comme au figuré. Et réellement fascinant. Ou quand la vie devient un art... Et une révélation: Kristen Stewart, d'une justesse remarquable.

    Critique de CAFE SOCIETY de Woody Allen

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    Quelle judicieuse idée du Festival de Cannes l’an 2016 que d’avoir à nouveau sélectionné comme film d’ouverture un long-métrage de Woody Allen (après « Hollywood ending » en 2002 et « Minuit à Paris » en 2011), promesse toujours de tendre ironie, de causticité mélancolique mais aussi en l’occurrence de villes baignées de lumière. Comme un écho à l’affiche de la 69ème édition du festival, incandescente, solaire, ouvrant sur de nouveaux horizons (image tirée du « Mépris » de Godard) et sur cette ascension solitaire, teintée de langueur et de mélancolie comme une parabole de celle des 24 marches les plus célèbres au monde. Un film d’ouverture comme une mise en abyme puisque le plus grand festival de cinéma au monde s’ouvrait sur un film qui mettait en scène le monde du cinéma…

    Ce nouveau film de Woody Allen nous emmène ainsi à New York, dans les années 30. Entre des parents conflictuels et un frère gangster (qualifié de « colérique » alors qu’il a une fâcheuse tendance à régler les problèmes par le meurtre ou l’art de l’euphémisme acerbe signé Woody Allen), Bobby Dorfman (Jesse Eisenberg) a le sentiment d'étouffer.  Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil (Steve Carell), puissant agent de stars, après l’avoir fait patienter trois semaines, trouve finalement le temps de le recevoir et de l'engager comme coursier. À Hollywood, Bobby tombe immédiatement sous le charme de la secrétaire de Phil, Vonnie, (Kristen Stewart) à qui ce dernier à donner pour mission de lui faire découvrir la ville. Malheureusement, Vonnie n'est pas libre et lui dit être éprise d’un mystérieux journaliste. Il doit alors se contenter de son amitié et de promenades dans la ville.  Jusqu'au jour où elle lui annonce que son petit ami vient de rompre. Soudain, l'horizon semble s'éclaircir pour Bobby mais nous sommes dans un film de Woody Allen et l’ironie tragique de l’existence finit toujours par s’en mêler…

    Un film de Woody Allen comporte des incontournables, ce qui rend ses films singuliers et jubilatoires. La virtuosité de ses scènes d’ouverture qui vous embarquent en quelques mots, notes et images, vous immergent d’emblée dans un univers et brossent des personnages avec une habileté époustouflante : ici les années 30 dans une somptueuse villa et dans le faste tonitruant d’Hollywood, le tout porté par une musique jazzy et la voix off de Woody Allen.  Des dialogues cinglants et réjouissants qui suscitent un rire teinté de désenchantement : il excelle ici à nouveau dans l’exercice. Des personnages qui sont comme les doubles du cinéaste : Jesse Eisenberg en l’occurrence qui emprunte son phrasé, sa démarche, sa gestuelle sans le singer, avec une maestria indéniable.  Des personnages brillamment dessinés : quelle belle galerie de portraits à nouveau avec parfois des personnages caractérisés d’une réplique. Le jazz dont la tristesse sous-jacente à ses notes joyeuses fait écho à la joie trompeuse des personnages. Des pensées sur la vie, l’amour, la mort. Une mise en scène élégante sublimée ici par la photographie du chef opérateur triplement oscarisé Vittorio Storaro (pour « Apocalypse now », « Reds », « Le dernier empereur ») qui travaille pour la première fois avec Woody Allen, et pour la première fois en numérique.

    Ajoutez à cela la grâce et l’intelligence de jeu de Kristen Stewart, éblouissante, dont le regard un instant s’évade et se voile de mélancolie, des seconds rôles excellents et excellemment écrits, la voix de Woody Allen narrateur, une écriture d’une précision redoutable et vous obtiendrez un film au charme nostalgique et ravageur.

    La caméra virtuose de Woody Allen tournoie à l’image de cette société virevoltante dont les excès et les lumières étourdissent et masquent la vérité et les désillusions.  Tous ces noms célèbres cités et égrenés le sont comme un masque sur la vanité de l’existence.  Woody Allen fait dire à un de ses personnages «  Il sait donner au drame une touche de légèreté » alors pour le paraphraser disons qu’ici Woody Allen sait donner à la légèreté une touche de drame. Si drame et comédie s’enlacent et se confondent, le film est par ailleurs construit comme une brillante dichotomie (que symbolise très bien une scène de conversation entre Bobby et Phil, chacun assis sous une colonne, l’espace scindé en deux) : la vérité et le cinéma, New York et Hollywood etc.  Quelle vitalité, lucidité, modernité dans le 47ème film de cet octogénaire !

    Plus qu’une chronique acide sur Hollywood que le film aurait seulement et simplement pu être (Hollywood qualifiée ici tout de même de « milieu barbant, hostile, féroce » et dont Woody Allen n’épargne pas le vain orgueil et la superficialité), c’est surtout un nouvel hommage à la beauté incendiaire de New York empreint d'une féroce nostalgie mais aussi  un hymne aux amours impossibles qui auréolent l’existence d’une lumineuse mélancolie. « L’amour est une émotion et les émotions ne sont pas rationnelles. On tombe amoureux et on perd le contrôle ».  « Le côté poignant de la vie : accepter qu’elle n’ait pas de sens et même se réjouir qu’elle n’ait pas de sens. » Le film se passe dans les années 30. 1939, qui sait ? Et ce réveillon de la nouvelle année par lequel il s’achève est peut-être annonciateur d’un autre crépuscule, celui d’une autre paix bien fragile que cette Café Society qui se noie dans une joie partiellement factice essaie peut-être d’occulter.

    Une scène vaudevillesque digne de Lubitsch et une autre romantique à Central Park valent  à elles seules le voyage. Mais aussi tant de quelques réjouissantes citations parmi lesquelles :

    «  La vie est une comédie écrite par un auteur sadique. »

    « Vis chaque jour comme le dernier, un jour ça le sera. »

     « Tu es trop idiot pour comprendre ce que la mort implique .»

    « C’est bête que les Juifs ne proposent pas de vie après la mort, ils auraient plus de clients. »

    « L’amour sans retour fait plus de victimes que la tuberculose. »

    Le film précédent de Woody Allen qui avait ouvert le festival de Cannes, « Minuit à Paris » était une déclaration d’amour à Paris, au pouvoir de l’illusion, de l’imagination,  à la magie de la ville lumière et surtout à celle du cinéma qui nous permet de croire à tout, même qu’il est possible au passé et au présent de se rencontrer et de s’étreindre, le cinéma  évasion salutaire  «  dans une époque bruyante et compliquée ». Ce film-ci est plus empreint de pessimisme, de renoncement mais c’est notre cœur qu’il étreint, une fois de plus… Le film idéal pour une ouverture du Festival de Cannes avec New York et Hollywood nimbées de lueurs crépusculaires d’une beauté hypnotique, élégamment cruelles.  A l’image des projecteurs et des flashs aveuglants sur les marches du Festival de Cannes.

    « Dreams are dreams » entend-on dans « Café Society » comme une rengaine aux accents de regret. A l’image de ce plan de Bobby dos à la « scène », d’une mélancolie et d’une lucidité bouleversantes et redoutables. Comme un homme face à l’écran. Celui du cinéma qu’est devenue sa vie. Une « Rose pourpre du Caire » dans laquelle rêve et réalité seraient condamnés à rester à leur place. Comme un écho à la sublime affiche du film « Café Society » sur laquelle une larme dorée coule sur un visage excessivement maquillé tel un masque. Celui de la société que ce café d’apparats et d’apparences métaphorise.  Un « café society » qui vous laissera longtemps avec le souvenir de deux âmes seules au milieu de tous, d’un regard lointain et d’un regard songeur qui, par-delà l’espace, se rejoignent. Deux regards douloureusement beaux. Bouleversants. Comme un amour impossible, aux accents d’éternité. Un inestimable et furtif instant qui, derrière la légèreté feinte, laisse apparaître ce qu’est ce film savoureux : un petit bijou de subtilité dont la force et l’émotion vous saisissent à l’ultime seconde. Lorsque le masque, enfin, tombe.

  • Critique LES PLUS BELLES ANNEES D'UNE VIE de CLAUDE LELOUCH

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    Premier article d’une série consacrée au Festival de Cannes 2019 à lire sur mon blog Inthemoodforcinema.com. Je commence avec la mémorable projection officielle du film Les plus belles années d’une vie de Claude Lelouch.

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    Il pleuvait ce soir-là à Cannes. Inlassablement. Mais il pleuvait gaiement. Parce que c’était joyeux de monter les marches pour retrouver 53 ans après Anne Gauthier et Jean-Louis Duroc dans la ville et le festival qui ont vu et fait éclore leur incroyable destin avec la Palme d’or 1966, suivie des Oscars du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi tant d’autres récompenses et alors que Claude Lelouch n’avait que 29 ans. Oui, c’était joyeux. Même sous une pluie intarissable. Comme dans un film de Sautet, après tout. Intarissable comme mes larmes d’émotion dès les premières minutes du film. L’émotion d’être là. L’émotion d’avoir rendez-vous avec mes premiers élans cinématographiques. L’émotion d’entendre les notes de musique de Francis Lai, notes mythiques d’un film mythique dans une salle elle aussi devenue mythique. Rendez-vous avec la mythologie du cinéma. L’émotion communicative de l’équipe du film. L’émotion d’une partie du public du Grand Théâtre Lumière. L’émotion dès les premières minutes, lors de ces plans sur le visage de Jean-Louis Duroc / Trintignant. L'émotion autant de retrouver le personnage de Jean-Louis Duroc que de retrouver Jean-Louis Trintignant au cinéma. Et quel Jean-Louis Trintignant !

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    Avant d’en revenir à cette émotion, d’abord le synopsis. Désormais, l’ancien pilote de course Jean-Louis Duroc (Jean-Louis Trintignant) vit dans une maison médicalisée, le bien nommé « Domaine de l’orgueil » (il n’y a que Lelouch pour oser nommer ainsi une maison de retraite et pas les Acacias, les Rosiers, ou les Peupliers, mais c’est ce qu’on aime, non, cette audace romanesque ?) et il se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse, Anne Gauthier (Anouk Aimée), le « meilleur souvenir » de Jean-Louis qui a pourtant pour habitude de « tout oublier ».  Anne va alors accepter de revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire où ils l'avaient laissée.

    Pour Jean-Louis qui a beaucoup couru, sur les circuits et « après les femmes », cette résidence médicalisée n’est pas vraiment l’idéal. Peu importe, il y a le rêve justement pour s’évader.  Les souvenirs. Tout ce qui permet de faire s’entremêler présent et passé, rêve et réalité parce que « jamais personne n’est mort d’une overdose de rêves ». « Qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour ! » dit-il ainsi à Anne. Et par amour pour elle, il en a fait : des kilomètres, des déclarations, des coups de fil  après avoir prononcé de sa voix inimitable le fameux « Montmartre 1540 » qu’il est si émouvant de l’entendre à nouveau prononcer ici. La mémoire, du superflu du moins, s’est envolée mais il est toujours là le coureur, celui qui dit « il faut prendre des risques quand on est amoureux ».

    On aurait pu craindre que ce film soit la suite de trop, celui qui nous aurait fait penser qu’il fallait rester avec les souvenirs intacts, celui qui nous aurait laissés mélancoliques avec l’idée que le temps dévore tout, que même les personnages et leurs amours qu’on croyait éternelles s’abiment. C’est tout le contraire. Certes, le temps dévore tout mais Anne et Jean-Louis sont si lumineux, si justes, qu’on oublierait presque qu’ils n’ont plus l’âge qu’ils avaient il y a 53 ans. « Depuis la nuit des temps, la seule chose qui n’a pas bougé, c’est l’amour », entend-on Anne dire à sa fille.  Et, soudain, par la magie du cinéma, cela semble si vrai. Lorsqu'ils se retrouvent pour la première fois, notre cœur de cinéphile bat à tout rompre. C'est plut palpitant qu'une course-poursuite à toute allure dans un James Bond, c'est juste, c'est tendre, c'est drôle, c'est émouvant, et nostalgique, juste un peu. C'est un film en soi. C'est tout ce que sont Les plus belles années d'une vie.

    Tourner le film dans l’ordre en quelques jours était un un défi et au lieu de donner une impression d'inachevé ou d'imprécision, cela fait au contraire davantage surgir ces fragments de vérité qu’affectionne Claude Lelouch.

    En préambule figure une citation de Victor Hugo : « Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues », des paroles que chante ici Nicole Croisille dont il est aussi si émouvant de retrouver la voix, indissociable de l’histoire d’Anne Gauthier et Jean-Louis Duroc.

    Cela débute donc dans le fameux Domaine de l’Orgueil. Les résidents participent à un jeu destiné à tester leurs mémoires des évènements et des dates. La caméra se rapproche du visage de Jean-Louis Trintignant en fauteuil roulant. Derrière lui se trouve son fils Antoine (incarné par Antoine Sire comme le petit Antoine d’Un homme et une femme tout comme d’ailleurs la petite Françoise est toujours incarnée par Saoud Amidou, quel plaisir là aussi de les retrouver ! ). Et puis au fur et à mesure comme pour Jean-Louis, tout cela ne devient plus pour nous qu’un brouhaha sans intérêt. Nous ne voyons plus que ce visage passionnant sur lequel passent tant d'expressions, tant de films, tant d'évènements, tant de souvenirs. Quel beau moment de cinéma ! Quel hommage à ce sublime acteur ! Quelles émotions, encore, déjà.

    « Je me suis embarqué sur ce film comme dans cette voiture que j’ai conduite à l’époque de mon court métrage C’était un rendez-vous, comme une métaphore de l’existence. Foncer dans la vie comme j’avais foncé dans Paris en 1976. Griller les feux, prendre tous les risques avec ces dangers à travers lesquels on passe… ou pas. » a ainsi déclaré Claude Lelouch. Utiliser les images de ce court-métrage est d’ailleurs une des nombreuses magnifiques idées de ce film. Lelouch reprend aussi de nombreuses images de Un homme et une femme, toujours à bon escient. Souvenez-vous…

    Anne (Anouk Aimée), scripte, inconsolable depuis la mort de son mari cascadeur Pierre (Pierre Barouh), rencontre à Deauville, en allant chercher sa fille à la pension, un coureur automobile, Jean (Jean-Louis Trintignant), dont la femme s'est suicidée par désespoir. Jean raccompagne Anne à Paris. Tous deux sont endeuillés, et tous deux ont un enfant. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'aiment, se repoussent, se retrouvent et s'aiment encore...

    Ce film, Claude Lelouch l’a, comme souvent, réalisé après un échec. Ainsi le 13 septembre 1965, désespéré, il roule alors vers Deauville où il arrive la nuit, épuisé. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture, elle marche sur la plage avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera Un homme et une femme, la rencontre de deux solitudes blessées qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires.

    Il est impossible désormais de dissocier Deauville du film de Claude Lelouch qui a tant fait pour sa réputation (Deauville d’ailleurs à nouveau magnifiquement filmée dans Les plus belles années d’une vie), Un homme et une femme ayant créé la légende du réalisateur tout comme cela a contribué à celle de la ville de Deauville, et notamment sa réputation de ville romantique à tel point que, pendant le Festival du Cinéma Américain 2006, a été inaugurée une place Claude Lelouch, en sa présence et celle d'Anouk Aimée. J'étais présente ce jour-là et l'émotion et la foule étaient au rendez-vous.

    J'ai vu ce film un grand nombre de fois et, à chaque fois, avec le même plaisir, la même émotion, le même sentiment de modernité pour un film qui date de 1966, étonnant pour un cinéaste dont beaucoup de critiques ont si souvent raillé le classicisme. Cette modernité est bien sûr liée à la méthode Claude Lelouch d'ailleurs en partie la conséquence de contraintes techniques et budgétaires. Ainsi, Lelouch n'ayant pas assez d'argent pour tourner en couleurs tournera les extérieurs en couleurs et les intérieurs en noir et blanc. Le montage et les alternances de noir et blanc et de couleurs jouent alors habilement avec les méandres du temps et de la mémoire émotive, entre le présent et le bonheur passé qui ressurgit sans cesse.

    Je ne sais pas si « le cinéma c'est mieux que la vie » mais en tout cas Claude Lelouch fait partie de ceux dont les films et surtout Un homme et une femme nous la font aimer. Rares sont les films qui donnent à ce point la sensation de voir une histoire d'amour naître et vibrer sous nos yeux, d'en ressentir -partager, presque- le moindre battement de cœur ou le moindre frémissement de ses protagonistes, comme si la caméra scrutait les visages et les âmes. Par une main qui frôle une épaule si subtilement filmée. Par le plan d'un regard qui s'évade et s'égare. Par un sourire qui s'esquisse. Par des mots hésitants ou murmurés. Par la musique éternelle de Francis Lai (enregistrée avant le film) qui nous chavire le cœur. Par une photographie aux accents picturaux qui sublime Deauville filmée avec une lumière nimbée de mélancolie, des paysages qui cristallisent les sentiments de Jean-Louis et d'Anne, fragile et paradoxalement impériale, magistralement (dirigée et) interprétée par Anouk Aimée. Rares sont les films qui procurent cette impression de spontanéité, de vérité presque. Les fameux « instants de vérité » de Lelouch.

    Et puis il y a le charme incomparable du couple Anouk Aimée/ Jean-Louis Trintignant, le charme de leurs voix, notamment quand Jean-Louis Trintignant prononce « Montmartre 1540 ». Le charme et la maladresse des premiers instants cruciaux d'une histoire d'amour quand le moindre geste, la moindre parole peuvent tout briser. Et puis ces plans fixes, de Jean-Louis dans sa Ford Mustang (véritable personnage du film), notamment lorsqu'il prépare ce qu'il dira à Anne après avoir reçu son télégramme. Et puis ces plans qui encerclent les visages et en capturent la moindre émotion. Ce plan de cet homme avec son chien qui marche dans la brume et qui fait penser à Giacometti (pour Jean-Louis). Tant d'autres encore...

    Avec Un homme et une femme, Claude Lelouch a signé une histoire intemporelle, universelle avec un ton très personnel et poétique. Alors pour reprendre l'interrogation de Jean-Louis dans le film, citant Giacometti « Qu'est-ce que vous choisiriez : l'art ou la vie », Lelouch n'a certainement pas choisi, ayant réussi a insufflé de l'art dans la vie de ses personnages et de la vie dans son art. Voilà c'est de l'art qui transpire la vie.


    Alors que Claude Lelouch a tourné sans avoir de distributeur, sans même savoir si son film sortirait un jour, il obtint toutes les récompenses précitées et aujourd'hui encore de nombreux touristes viennent à Deauville grâce à Un homme et une femme, le film, mais aussi sa musique mondialement célèbre. Vingt ans après, Claude Lelouch tourna une suite Un homme et une femme, 20 ans déjà réunissant à nouveau les deux protagonistes. Et 53 ans après Un homme et une femme, nous avons  ainsi eu le plaisir de retrouver ces personnages mythiques dans Les plus belles années d'une vie.

    Ce film qui aurait pu être morose est au contraire plein de vie même si et justement même parce qu’on y entend à plusieurs reprises « La mort, c’est l’impôt de la vie. »  La vie est là, tout le temps. Eblouissante. Quand Anne et Jean-Louis s’évadent en voiture et que le soleil insolent perce à travers les feuilles.  Quand Jean-Louis crie fougueusement à Anne « Embrassez-moi ». Quand les femmes regardent Jean-Louis, ou que Jean-Louis regarde les femmes de sa vie. Avec tant de tendresse. La tendresse, ce film en regorge. L’humour aussi. Lors de multiples clins d’œil au film de 1966 comme lorsque Jean-Louis roule sur les planches et s’étonne que ce soit interdit et qu’un policier lui rétorque que c’est interdit « depuis 50 ans, depuis qu’un crétin a roulé ici avec sa Ford Mustang. »

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    Quelle justesse lorsqu’il dit « Je me souviens d’elle comme si c’était hier » ou lorsqu’elle dit « On est toujours beaux quand on est amoureux ». Cela aurait pu être mièvre. Par le talent de ces deux immenses acteurs et de Lelouch c’est infiniment beau et émouvant. Et ce visage de Trintignant quand soudain il s'illumine par la force des souvenirs de son grand amour, comme transfiguré, jeune, si jeune soudain. Et la majesté d'Anouk Aimée, sa grâce quand elle remet sa mèche de cheveux. Il faut dire aussi qu’ils sont si amoureusement filmés. Et que d'intensité poétique et poignante lorsqu'ils sont l'un avec l'autre comme si le cinéma (et/ou l'amour) abolissai(en)t les frontières du temps et de la mémoire. Encore un des pouvoirs magiques du cinéma auxquels ce film est aussi un hommage.

    Et puis, évidemment, il y a la musique, toujours si importante dans les films de Lelouch, a fortiori dans Un homme et une femme. La musique originale est signée Francis Lai et Calogero et les chansons originales sont interprétées par Nicole Croisille et Calogero sur des paroles de Didier Barbelivien.

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    Cette fois, Les plus belles années d’une vie était présenté hors compétition, contrairement à Un homme et une femme qui avait été présenté en compétition. Et s’il avait été en compétition, quel sort lui aurait réservé le jury ? 

    Vous l’aurez compris, je vous recommande vivement ce film si lumineux, tendrement drôle (d'une infinie tendresse), émouvant, joyeusement nostalgique, gaiement mélancolique, optimiste, hymne à la vie, à l’amour, hommage au cinéma, sublimé par la beauté si lumineuse de Trintignant et Aimée. Comme le Domaine de l'orgueil, si bien nommée.

    Je vous laisse imaginer l’émotion qui a envahi la salle lors du générique de fin, de cette dernière image sur Deauville, qui m’a envahie en tout cas. Un beau moment de vie et de cinéma entremêlés  et il me semble encore entendre le fameux « Chabadabada »  que le public du Grand Théâtre Lumière a repris en chœur résonner dans ma tête (rendez-vous sur mon compte instagram @sandra_meziere pour en voir un extrait),  comme cette pensée que « Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues ». Un air entêtant, joyeusement mélancolique, comme Deauville aussi amoureusement filmée, à nouveau.

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    CONFERENCE DE PRESSE

    Quelques citations et quelques photos de la conférence de presse cannoise à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister.

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    Claude Lelouch a ainsi rappelé que le film a été « tourné dans l’ordre en quelques jours. » « C’est le film qui m’a fait le plus peur. On ne pourra pas faire le film si les miracles ne sont pas au rendez-vous ». « La rencontre entre Anne et Jean-Louis, les 19 minutes ont été tournées dans la journée. Le soir en rentrant, j’ai dit on a déjà au moins un bon court-métrage. »

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    - A propos d’Un homme et une femme  :  « C’est difficile d’expliquer les miracles. En 1H30, on est passés de l’ombre à la lumière. Le public s’est approprié cette histoire. », « Encore une fois, le hasard a eu beaucoup de talent dans ma vie ». « J’ai vu dans ses yeux des choses qui m’ont interpellé, un sourire incroyable et je lui ai fait un pitch rapide. Il a Alzheimer. La seule personne dont il se souvient, c’est toi. ». « Il a fallu un millier de miracles. » « Il a fallu un alignement de planètes pour qu’on soit tous là aujourd’hui ». « C’était un rendez-vous » : c’est le film dont je suis le plus fier et dont j’ai le plus honte. J’ai grillé 18 feux rouges. Je me suis souvent comporté comme un petit voyou et si je n’avais pas été un voyou je n’aurais pas fait 50 films ». « Francis Lai n’a pas eu le temps de voir le film. »  « Pour moi les minutes sont des années, j’ai envie de réussir le sprint de ma vie. », « Les nouvelles technologies du cinéma sont formidables ». « Avec les plus belles années, j’ai voulu rendre hommage au cinéma d’hier et d’aujourd’hui », « Le plus grand scénariste du monde c’est la vie et je travaille avec ce scénariste et le plus grand scénariste de ma vie, c’est ma femme. »

    Bellucci : « C’était la première fois que j’étais dirigée comme ça. » A propos de l’Union Européenne et des Européennes pour lesquelles elle tient à voter : « Seul on va vite, ensemble on va plus loin ». Denicourt : « C’était un rêve car Jean-Louis Trintignant est un de mes acteurs préférés. »

    Antoine Sire  « Un cadeau incroyable »,  « Je suis acteur tous les 53 ans ».

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  • LES PLUS BELLES ANNEES D'UNE VIE de Claude Lelouch en salles le 22 Mai 2019

     

    Les plus belles années d'une vie de Claude Lelouch Festival de Cannes 2019 affiche.jpg

     

    D'un film à l'autre...En attendant la projection hors compétition du film de Claude Lelouch Les plus belles années d'une vie (tourné en partie à Deauville) au Festival de Cannes, le 20 Mai (cliquez ici pour retrouver mon article sur la sélection officielle du 72ème Festival de Cannes détaillée), je vous parle aujourd'hui à nouveau de son chef-d'œuvre Un homme et une femme (Palme d'or 1966). Vous trouverez aussi en bas à cet article de nombreux liens vers mes articles consacrés au cinéma de Claude Lelouch et les premières informations sur Les plus belles années d'une vie et sa bande annonce (qui donne des frissons !) ci-dessus.

    Un homme et une femme de Claude Lelouch.jpg


    Lelouch. Prononcez ce nom et vous verrez immédiatement l’assistance se diviser en deux. Les adorateurs d’un côté qui aiment : ses fragments de vérité, ses histoires d’amour éblouissantes, sa vision romanesque de l’existence, sa sincérité, son amour inconditionnel du cinéma, ses formules récurrentes, une musique et des sentiments grandiloquents, la beauté parfois cruelle des hasards et coïncidences. Les détracteurs de l’autre qui lui reprochent son sentimentalisme et tout ce que les premiers apprécient, et sans doute de vouloir raconter une histoire avant tout, que la forme soit au service du fond et non l’inverse. Je fais partie de la première catégorie et tant pis si pour cela je dois subir la condescendance des seconds. Le cinéma est pour moi avant tout affaire de passion, de sincérité, d’audace et quoiqu’en disent ses détracteurs, le cinéma de Claude Lelouch se caractérise par ces trois éléments comme le démontrait aussi magnifiquement de documentaire « D’un film à l’autre » réalisé à l’occasion des 50 ans des films 13.


    Un parcours fait de réussites flamboyantes et d’échecs retentissants. La plus flamboyante de ses réussites fut bien sûr Un homme et une femme, palme d’or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement! Film que Claude Lelouch a, comme souvent, réalisé après un échec. Ainsi le 13 septembre 1965, désespéré, il roule alors vers Deauville où il arrive la nuit, épuisé. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture, elle marche sur la plage avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera Un homme et une femme, la rencontre de deux solitudes blessées qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires.

    Je ne sais plus très bien si j'ai vu ce film avant d'aller à Deauville, avant que cette ville soit indissociablement liée à tant d'instants de mon existence, ou bien si je l'ai vu après, après mon premier séjour à Deauville, un séjour qui a modifié le cours de mon « destin »... Toujours est-il qu'il est impossible désormais de dissocier Deauville du film de Claude Lelouch qui a tant fait pour sa réputation, « Un homme et une femme » ayant créé la légende du réalisateur tout comme cela a contribué à celle de la ville de Deauville, et notamment sa réputation de ville romantique à tel point que, pendant le Festival du Cinéma Américain 2006, a été inaugurée une place Claude Lelouch, en sa présence et celle d'Anouk Aimée. J'étais présente ce jour-là et l'émotion et la foule étaient au rendez-vous.


    Alors sans doute êtes-vous de ceux qui adorent ou détestent Claude Lelouch, ses « instants de vérité », ses hasards et coïncidences. Rares sont ceux qu'il indiffère. Quelle que soit la catégorie à laquelle vous appartenez, peut-être ce film « d'auteur » vous a-t-il néanmoins mis d'accord...


    Synopsis : Anne (Anouk Aimée), scripte, inconsolable depuis la mort de son mari cascadeur Pierre (Pierre Barouh), rencontre à Deauville, en allant chercher sa fille à la pension, un coureur automobile, Jean (Jean-Louis Trintignant), dont la femme s'est suicidée par désespoir. Jean raccompagne Anne à Paris. Tous deux sont endeuillés, et tous deux ont un enfant. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'aiment, se repoussent, se retrouvent et s'aiment encore...


    J'ai vu ce film un grand nombre de fois et, à chaque fois, avec le même plaisir, la même émotion, le même sentiment de modernité pour un film qui date de 1966, étonnant pour un cinéaste dont beaucoup de critiques raillent aujourd'hui le classicisme. Cette modernité est bien sûr liée à la méthode Claude Lelouch d'ailleurs en partie la conséquence de contraintes techniques et budgétaires. Ainsi, Lelouch n'ayant pas assez d'argent pour tourner en couleurs tournera les extérieurs en couleurs et les intérieurs en noir et blanc. Le montage et les alternances de noir et blanc et de couleurs jouent alors habilement avec les méandres du temps et de la mémoire émotive, entre le présent et le bonheur passé qui ressurgit sans cesse.


    Je ne sais pas si « le cinéma c'est mieux que la vie » mais en tout cas Claude Lelouch fait partie de ceux dont les films et surtout « Un homme et une femme » nous la font aimer. Rares sont les films qui donnent à ce point la sensation de voir une histoire d'amour naître et vibrer sous nos yeux, d'en ressentir -partager, presque- le moindre battement de cœur ou le moindre frémissement de ses protagonistes, comme si la caméra scrutait les visages et les âmes. Par une main qui frôle une épaule si subtilement filmée. Par le plan d'un regard qui s'évade et s'égare. Par un sourire qui s'esquisse. Par des mots hésitants ou murmurés. Par la musique éternelle de Francis Lai (enregistrée avant le film) qui nous chavire le cœur. Par une photographie aux accents picturaux qui sublime Deauville filmée avec une lumière nimbée de mélancolie, des paysages qui cristallisent les sentiments de Jean-Louis et d'Anne, fragile et paradoxalement impériale, magistralement (dirigée et) interprétée par Anouk Aimée. Rares sont les films qui procurent cette impression de spontanéité, de vérité presque. Les fameux « instants de vérité » de Lelouch.
    Et puis il y a le charme incomparable du couple Anouk Aimée/ Jean-Louis Trintignant, le charme de leurs voix, notamment quand Jean-Louis Trintignant prononce « Montmartre 1540 ». Le charme et la maladresse des premiers instants cruciaux d'une histoire d'amour quand le moindre geste, la moindre parole peuvent tout briser. Et puis ces plans fixes, de Jean-Louis dans sa Ford Mustang (véritable personnage du film), notamment lorsqu'il prépare ce qu'il dira à Anne après qu'il ait reçu son télégramme. Et puis ces plans qui encerclent les visages et en capturent la moindre émotion. Ce plan de cet homme avec son chien qui marche dans la brume et qui fait penser à Giacometti (pour Jean-Louis). Tant d'autres encore...

    Avec « Un homme et une femme » Claude Lelouch a signé une histoire intemporelle, universelle avec un ton très personnel et poétique. La plus simple du monde et la plus difficile à raconter. Celle de la rencontre d'un homme et une femme, de la rencontre de deux solitudes blessées. Il prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires.
    Alors pour reprendre l'interrogation de Jean-Louis dans le film citant Giacometti « Qu'est-ce que vous choisiriez : l'art ou la vie » Lelouch, n'a certainement pas choisi, ayant réussi a insufflé de l'art dans la vie de ses personnages et de la vie dans son art. Voilà c'est de l'art qui transpire la vie.
    Alors que Claude Lelouch a tourné sans avoir de distributeur, sans même savoir si son film sortirait un jour, il obtint la palme d'or à Cannes en 1966, l'oscar du meilleur film étranger et celui du meilleur scénario et 42 récompenses au total et aujourd'hui encore de nombreux touristes viennent à Deauville grâce à « Un homme et une femme », le film, mais aussi sa musique mondialement célèbre. Vingt ans après, Claude Lelouch tourna une suite « Un homme et une femme 20 ans déjà » réunissant à nouveau les deux protagonistes. Et 53 ans après "Un homme et une femme" nous aurons ainsi le plaisir de retrouver ces personnages mythiques dans "Les plus belles années d'une vie" que je ne manquerai pas d'aller voir pour vous en parler.


    À lire aussi mes articles suivants sur Claude Lelouch :


    -Critique de "Itinéraire d'un enfant gâté" de Claude Lelouch :

    itineraire

    Le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule (mon compte rendu complet, ici) permet aussi de revoir des classiques du cinéma. Parmi les nombreux classiques au programme (j’aurais aimé tous les revoir mais il a fallu faire des choix) figurait « Itinéraire d’un enfant gâté » de Claude Lelouch, un des plus grands succès du cinéaste datant de 1988, une projection d’autant plus riche en émotions que lui a succédé un échange passionnant avec Richard Anconina. Un film que j’ai choisi de mettre en parallèle avec une avant-première du festival, deux films qui ont en commun d’être des tours de manège, de nous raconter l’histoire d’hommes qui se choisissent une famille et dont les vies sont jalonnées de hasards et coïncidences. Deux films qui sont de magnifiques métaphores du cinéma qui permet de réinventer nos vies.

    Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va l’y rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…

    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen qui ouvre le film le place sous le sceau du pessimisme et de la solitude, impression  que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le film. « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné.  La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues juste avec la musique pour faire le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.

    Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).

    Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre temps il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille.  Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.

    Peu à peu le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.

    Alors bien sûr il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprété par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) sont des moments d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution ! En plus des acteurs principaux : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin.

    Jean-Paul Belmondo,  plusieurs années après « Un homme qui me plaît » retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui faisant incarner  pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.

    « Itinéraire d’un enfant gâté » est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.

    On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma, mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… »  et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.


    -Critique de "Un + Une" de Claude Lelouch :

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    En 1966, avec « Un homme et une femme », sa sublime histoire de la rencontre de deux solitudes blessées avec laquelle il a immortalisé Deauville, Claude Lelouch recevait la Palme d’or, l’Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement ! Ce 45ème film de Claude Lelouch, presque cinquante ans plus tard raconte à nouveau l’histoire d’un homme et d’une femme et les années et les films qui séparent ces deux longs-métrages semblent n’avoir en rien entaché la fougue communicative, la réjouissante candeur, le regard enthousiaste, la curiosité malicieuse du cinéaste. Ni la fascination avec laquelle il regarde et révèle les acteurs. Les acteurs et la vie qu’il scrute et sublime. Bien que les critiques ne l’aient pas toujours épargné, il est en effet toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité, à la musique de Francis Lai, aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à son amour inconditionnel du cinéma et de l’amour, à ses phrases récurrentes, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté parfois terrible des hasards et coïncidences.

    Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même n’avait «pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,   Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ». Et tous ceux qui m’ont fait aimer le cinéma. Avec son film « Roman de gare », les critiques l’avaient enfin épargné, mais pour cela il avait fallu que le film soit au préalable signé d’un autre nom que le sien. Peu m’importe. Claude Lelouch aime la vie. Passionnément. Sous le regard fiévreux et aiguisé de sa caméra, elle palpite. Plus qu’ailleurs. Et ce nouveau film ne déroge pas à la règle.

    Après Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Sandrine Bonnaire dans « Salaud, on t’aime », c’est un autre trio charismatique qui est à l’honneur dans ce nouveau film : Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christophe Lambert (voire un quatuor avec Alice Pol). Son dernier film « Salaud, on t’aime » se rapprochait de « Itinéraire d’un enfant gâté », du moins en ce qu’il racontait l’histoire d’un homme à l’automne de sa vie, un autre « enfant gâté » passé à côté de l’essentiel et qui, contrairement au film précité, n’allait pas fuir sa famille mais tenter de la réunir. Ici, c’est finalement aussi d’un homme passé à côté non pas de sa vie mais de lui-même dont Lelouch nous raconte l’histoire, une histoire que j’attendais de découvrir depuis que j’avais vu cette affiche du film orner les murs de Cannes, lors du festival, en mai dernier.

    La manière dont le film est né ressemble déjà à un scénario de film de Claude Lelouch. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont ainsi plusieurs fois raconté sa genèse. Le hasard qu’affectionne tant Claude Lelouch les a réunis sur le même vol entre Paris et Los Angeles lors duquel ils ont parlé de cinéma pendant des heures et notamment d’un film de Claude Lelouch, « Un homme qui me plaît », qu'ils adorent tous les deux. L'histoire d'amour entre un compositeur incarné par Jean-Paul Belmondo et une actrice incarnée par Annie Girardot qui tombent amoureux à l'autre bout du monde. Elsa Zylberstein a appelé Claude Lelouch et l’histoire était lancée, une histoire d’amour qui, eux aussi, les a emmenés à l’autre bout du monde…

    Jean Dujardin incarne ici le séduisant, pragmatique, talentueux Antoine. Antoine est compositeur de musiques de films. Antoine regarde la vie avec distance, humour et légèreté. Antoine est comme un enfant joueur et capricieux. D’ailleurs, il porte le prénom du petit garçon dans « Un homme et une femme ». Hasard ? Ou coïncidence ? Il part en Inde travailler sur une version très originale de « Roméo et Juliette » intitulée « Juliette et Roméo » et alors que sa compagne (Alice Pol) le demande en mariage par téléphone. A l’occasion d’une soirée donnée en son honneur à l’Ambassade de France, il rencontre la pétillante Anna (Elsa Zylberstein), la femme de l’ambassadeur (Christophe Lambert), aussi mystique qu’il est pragmatique, une femme qui, en apparence, ne lui ressemble en rien, pourtant, dès ce premier soir, entre ces deux-là, semble régner une magnétique connivence. Cette rencontre va les entraîner dans une incroyable aventure. Et le spectateur avec eux.

    Ce que j’aime par-dessus tout dans les films de Claude Lelouch, ce sont ces personnages, toujours passionnément vivants. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi. Et dans ce film plus que dans tout autre de Claude Lelouch. Le fond et la forme coïncident ainsi en une ludique mise en abyme. Le film commence par l’histoire d’un voleur qui va inspirer le film dont Antoine a composé la musique et dont les images jalonnent le film…de Lelouch. Le présent, le passé et le rêve s’entrelacent constamment pour peu à peu esquisser le portrait des deux protagonistes, pour se jouer de notre regard sur eux et sur la beauté troublante des hasards de la vie.

    Cela commence par des images de l’Inde, fourmillante, colorée, bouillonnante de vie dont la caméra de Lelouch, admirative, caresse l’agitation multicolore. Prémisses d’un voyage au pays « du hasard » et « de l’éternité. » Un voyage initiatique. Puis, il nous raconte une première histoire. Celle du voleur qui sauve sa victime, et de leur histoire d’amour. Celle du film dans le film. Un miroir de celle d’Anne et d’Antoine. Presque un conte. D’ailleurs, devant un film de Lelouch, j’éprouve la sensation d’être une enfant aux yeux écarquillés à qui on raconte une fable. Ou plein d’histoires puisque ce film est une sorte de poupée russe. Oui, une enfant à qui on rappelle magnifiquement les possibles romanesques de l’existence.

    Ensuite, Antoine rencontre Anna lors du dîner à l’ambassade. Antoine pensait s’ennuyer et le dit et le clame, il passe un moment formidable et nous aussi, presque gênés d’assister à cette rencontre, leur complicité qui crève les yeux et l’écran, leur conversation fulgurante et à l’image de l’Inde : colorée et bouillonnante de vie. Il suffirait de voir cet extrait pour deviner d’emblée qu’il s’agit d’un film de Lelouch. Cette manière si particulière qu’ont les acteurs de jouer. Ou de ne pas jouer. Vivante. Attendrissante. Saisissante de vérité. En tout cas une scène dans laquelle passe l’émotion à nous en donner le frisson. Comme dans chacun des tête-à-tête entre les deux acteurs qui constituent les meilleurs moments du film, dans lesquels leurs mots et leurs silences combattent en vain l’évidente alchimie. Ils rendent leurs personnages aussi attachants l’un que l’autre. Le mysticisme d’Anna. La désinvolture et la sincérité désarmante d’Antoine avec ses irrésistibles questions que personne ne se pose. Antoine, l’égoïste « amoureux de l’amour ».

    Comme toujours et plus que jamais, ses acteurs, ces deux acteurs, la caméra de Lelouch les aime, admire, scrute, sublime, magnifie, révèle, caresse presque, exacerbe leur charme fou. Ce film comme chaque film de Lelouch comporte quelques scènes d’anthologie. Dans son précédent film « Salaud, on t’aime », les deux amis Kaminsky/Johnny et Selman/ Eddy nous rejouaient « Rio Bravo » et c’était un régal. Et ici, chacun des échanges entre Antoine et Anna l’est aussi. Comme dans tout film de Lelouch aussi les dialogues sont parsemés de petites phrases dont certaines reviennent d’un film à l’autre, souvent pour nous rappeler les « talents du hasard » :

    « Mon agent, c’est le hasard. »

    « Mon talent, c’est la chance. »

    « Le pire n’est jamais décevant. »

     Ce film dans lequel l’amour est l’unique religion est une respiration salutaire a fortiori en cette période bien sombre. Un hymne à l’amour, à la tolérance, au voyage aussi bigarrés et généreux que le pays qu’il nous fait traverser. Un joyeux mélange de couleurs, de fantaisie, de réalité rêvée ou idéalisée, évidemment souligné et sublimé par le lyrisme de la musique du fidèle Francis Lai (retrouvez mon récit de la mémorable master class commune de Lelouch et Lai au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2014, ici) et celle de la Sérénade de Schubert (un peu trop utilisée par les cinéastes ces temps-ci mais c’est celle que je préfère donc je ne m’en lasse pas), par des acteurs que le montage inspiré, la musique lyrique, la photographie lumineuse ( de Robert Alazraki), le scénario ingénieux (signé Valérie Perrin et Claude Lelouch), et l’imparable et incomparable direction d’acteurs de Lelouch rendent plus séduisants, convaincants, flamboyants et vibrants de vie que jamais.

     Une « symphonie du hasard » mélodieuse, parfois judicieusement dissonante, émouvante et tendrement drôle avec des personnages marquants parce que là comme ils le sont rarement et comme on devrait toujours essayer de l’être : passionnément vivants. Comme chacun des films de Lelouch l’est, c’est aussi une déclaration d’amour touchante et passionnée. Au cinéma. Aux acteurs. A la vie. A l’amour. Aux hasards et coïncidences. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent. Dans la vie. Au cinéma. Dans le cinéma de Lelouch qui en est la quintessence. Vous l’aurez compris, je vous recommande ce voyage en Inde !

    -Master class de Claude Lelouch au Festival du Film Britannique de Dinard :

     

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    Le grand moment de ce festival fut indéniablement la master class de Claude Lelouch. Même si j’ai déjà eu le plaisir de l’entendre parler cinéma dans d’autres festivals et de nombreuses fois, cette conversation en petit comité était un moment privilégié mais aussi une belle leçon de cinéma qui nous a permis de revoir des extraits vus et revus (notamment de « Un homme et une femme », « Tout ça pour ça », « Itinéraire d’un enfant gâté », « L’aventure, c’est l’aventure »)  mais cela n’en était pas moins plaisant de les revoir et surtout magique d’entendre le public rire alors que, sans doute comme moi, l’assistance avait vu ces films et ces extraits une multitude de fois. Furent aussi projetés des extraits plus rares comme celui du film « À nous deux » qui a ouvert la master class, un film de 1979 avec Catherine Deneuve et Jacques Dutronc dans lequel le sens du récit et de l’image de Lelouch est comme toujours, époustouflant.

    Le cinéma de Claude Lelouch a bercé mon enfance. D’ailleurs, moi dont la passion pour le cinéma a été exacerbée à et par Deauville, j’étais presque « condamnée » à aimer son cinéma indissociable de cette ville qu’il a magnifiquement immortalisée.

    Lelouch. Prononcez ce nom et vous verrez immédiatement l’assistance se diviser en deux. Les adorateurs d’un côté qui aiment : ses fragments de vérité, ses histoires d’amour éblouissantes, sa vision romanesque de l’existence, sa sincérité, son amour inconditionnel du cinéma, ses phrases récurrentes, une musique et des sentiments grandiloquents, la beauté parfois cruelle des hasards et coïncidences. Les détracteurs de l’autre qui lui reprochent son sentimentalisme et tout ce que les premiers apprécient, et sans doute de vouloir raconter une histoire avant tout, que la forme soit au service du fond et non l’inverse. Je fais partie de la première catégorie et tant pis si pour cela je dois subir la condescendance des seconds. Le cinéma est pour moi avant tout affaire de passion, de sincérité, d’audace et quoiqu’en disent ses détracteurs, le cinéma de Claude Lelouch se caractérise par ces trois éléments comme le démontrait aussi magnifiquement de documentaire « D’un film à l’autre » réalisé à l’occasion des 50 ans des films 13.

    Un parcours fait de réussites flamboyantes et d’échecs retentissants. La plus flamboyante de ses réussites fut bien sûr « Un homme et une femme », palme d’or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement! Film que Claude Lelouch a, comme souvent réalisé, après un échec. Ainsi le 13 septembre 1965, désespéré, il roule alors vers Deauville où il arrive la nuit, épuisé. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture,  elle  marche sur la plage avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera « Un homme et une femme », la rencontre de deux solitudes blessées qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires. C’est une des histoires qu’il a à nouveau raconté lors de cette master class.

     Quelle émotion aussi de revoir ses extraits de films en sa présence, le passage malicieux lors duquel Jean Dujardin dans « Un +Une »  critique les festivals, celui de « La Bonne année » où le talent de Ventura crève l’écran, la fameuse scène de la plage dans « L’aventure, c’est l’aventure » (dont Lelouch a raconté qu’elle avait été improvisée après avoir surpris Aldo dans des tentatives de drague sur la plage, entre deux prises) et notamment, un des passages que je préfère d’ « Un homme et une femme » , celui qui donne lieu à ce dialogue :

    Elle : C’est beau, hein… Cet homme avec son chien… Regardez : ils ont la  même démarche.

    Lui : C’est vrai. Vous avez entendu parler du sculpteur Giacometti ?

    Lui : Vous ne savez pas ?Il a dit une phrase extraordinaire. ..il a dit : « Dans  un incendie, entre Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. »

    Elle : Oui, et même : « Je laisserais partir le chat après. »

    Lui : C’est vrai ?

    Elle : Oh ! oui, c’est ça qui est merveilleux justement… non ?

    Lui : Oui, c’est très beau. Ça veut dire : « Entre l’art et la vie, je choisis la vie. »

    Elle : C’est formidable. Pourquoi m’avez-vous posé cette question ?

    Lui : Sur Giacometti ?

    Elle : Oui

    Lui : À propos de… du monsieur, là, avec son chien.

    Voilà ce qu’a répondu Claude Lelouch à cette même question :

    Claude Lelouch a ravi les festivaliers par ses aphorismes et ses petites phrases :

    -« J’ai la chance de vivre une grande  histoire d’amour avec le cinéma car j’aime la vie malgré tous ses défauts. »

    -« Nous avons tous les qualités de nos défauts et nos défauts sont plus photogéniques ».

    -« Le seul mot fin c’est quand on reçoit la lettre de licenciement final. »

    -« Je ne crois pas du tout à la mort surtout après mon voyage en Inde. Les Indiens expliquent que la misère, l’horreur est la meilleure préparation. »

    – « La plus grande université du monde c’est l’échec si on essaie de prendre l’échec à son compte. »

    -« Plus le malheur est grand plus il est grand de vivre/ »

    -« J’ai fait des films d’humeur sur l’humeur du moment, j’ai essayé d’être le reporter de ces hommes et ces femmes qui me fascinent dans leurs contradictions. »

    -« Je pense que les gens qui ont souffert sont plus aptes à apprécier la vie. La souffrance est le jogging du bonheur. »

    -« Le bonheur c’est quand les emmerdes se reposent. »

    -« Le bonheur est l’art du présent. »

    -« Une seconde de bonheur peut justifier une vie d’emmerdes. »

    -« La contrainte sollicite l’imagination. La souffrance est au cœur de la création. »

    -« Je ne veux pas être un enfant de la Nouvelle Vague. Je leur ai dit : vous m’avez montré ce qu’il ne fallait pas faire : des films chiants. Un film doit être une récréation. La Nouvelle Vague était pour moi un mouvement d’écrivains formidables qui se servaient du cinéma pour vendre leurs bouquins. Je ne conçois pas qu’un film ne soit pas avant tout une récréation ».

    -« Je crois en la force du cinéma pour nous permettre de passer de l’égoïsme à la générosité. »

    -« En Normandie c’est un climat qui fait fuir les imbéciles ».

    -« Je pense qu’on est fidèle tant qu’on a pas trouvé mieux. »

    -« La notion de récréation est importante dans tous mes films. »

    -« Le plan de la fin d’Un homme et une femme, je l’ai inventé au dernier moment me disant qu’il est obligé d’aller la chercher. »

    -« La vie est plus forte que nous. La vie est le plus grand cinéaste du monde. »

    -Les détracteurs bien-pensants de Lelouch seront certainement ravis d’apprendre qu’un des cinéastes qu’ils encensent montrait ses films en exemple :

    « La bonne année était un des films préférés de Kubrick qui montrait ce film à ses comédiens avant de tourner. »

    Lelouch a également raconté comment, dans « L’aventure, c’est l’aventure » la scène de la drague a été improvisée en voyant Aldo séduire sur la plage entre deux prises avec une démarche qui a inspiré la célèbre scène du film. Lino et Brel, un peu honteux de tourner cette scène, disaient ainsi : « de toute façon ce n’est pas grave, ce film ne sortira jamais ».

    -« Il faut faire confiance au hasard qui a toujours du talent. Il m’emmène là où mon intelligence n’aurait pas le courage d’aller. »

    -« Il m’est arrivé de faire des films à pile ou face. »

    -« Le cinéma m’a permis depuis un peu plus de 50 ans de partager ce que je crois voir dans le genre humain. »

    -«  « Quand passent les cigognes » est le film qui m’a le plus influencé. »

    -« J’ai adoré les comédies musicales qui sont des métaphores formidables. »

    -« Les Italiens sont des français qui ne se prennent pas au sérieux. »

    -« Mon prochain film s’appellera « Le bonheur c’est mieux que la vie ». Je me tournerai dans un an ou deux et je ne sais pas avec qui. »

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    -Critique du documentaire "D'un Film à l'autre" 

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    -Master class de Claude Lelouch et Francis Lai au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule :

    À propos du Film "Les plus belles années d'une vie" :

    Au CINÉMA LE 22 MAI avec


    ANOUK AIMÉE
    JEAN-LOUIS TRINTIGNANT
    MARIANNE DENICOURT
    SOUAD AMIDOU
    ANTOINE SIRE
    AVEC LA PARTICIPATION DE
    MONICA BELLUCCI

    MUSIQUE ORIGINALE
    FRANCIS LAI
    CALOGERO
    CHANSONS ORIGINALES INTERPRÉTÉES PAR
    NICOLE CROISILLE
    CALOGERO
    PAROLES
    DIDIER BARBELIVIEN

    Synopsis :


    Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour.

    Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne va revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire où ils l'avaient laissée.

  • MA VIE AVEC JOHN F.DONOVAN de Xavier Dolan s'affiche à Deauville

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    "Ma vie avec John F. Donovan" de Xavier Dolan s'affiche à Deauville. Surtout ne le manquez pas ! Quelques mots épars en attendant de vous en parler plus longuement. Un film intime et universel. Passionné et passionnant. Épique et personnel. Moderne et intemporel. Sensible et fougueux. Mélancolique et enivrant. La sincérité affleure (comme dans tous les films de Xavier Dolan) et nous touche en plein coeur dans ce long métrage qui nous dit que les rêves et les mensonges peuvent sauver (tuer parfois, aussi). Quel plus bel hommage encore au cinema que cette nouvelle mise en abyme ? La forme épouse le fond et ceux qui n'y ont vu qu'esbroufe sous-estiment Dolan, les mensonges du personnage de Donovan s'illustrant ainsi magistralement dans cette flamboyance hypnotique. La correspondance est comme un miroir, un révélateur entre ces enfances. Ce sont donc des êtres qui se répondent et réfléchissent, les affres de l'un condamnées à l' ombre éclairant finalement la vie de l'autre. Ce film comme les précédents brasse de multiples thèmes chers à l'auteur et recèle de nombreuses scènes d'anthologie poignantes et/ou électrisantes, une fois de plus : sous la pluie, dans une salle de bain ou lorsque la ville semble comme survolée par un super héros et vue par le prisme d'un enfant rêveur. Avec, comme toujours dans les films de Dolan, une BO remarquable au service de l'émotion.


    Une fois de plus Xavier Dolan nous envoûte, électrise, bouleverse, déroute.
    Xavier Dolan se fiche des modes, du politiquement correct, de la mesure, de la tiédeur et c’est ce qui rend ses films si singuliers, attachants, bouillonnants de vie, lyriques et intenses. Que, surtout, il continue à filmer les personnages en proie à des souffrances et des passions indicibles, qu'il continue à les filmer ces passions (et à les soulever), à préférer leur folie à « la sagesse de l’indifférence », c’est si rare...
    Surtout qu’il continue à laisser libre cours à sa fougue contagieuse, à son talent éclatant et iconoclaste, à nous emporter, nous happer dans son univers, et à nous terrasser d’émotions dans ses films et sur scène, comme lors de son discours de clôture, grand et beau moment qui avait marqué la fin du 69ème Festival de Cannes.


    Merci Xavier Dolan et surtout continuez à oser, à délaisser la demi-mesure, la frilosité ou la tiédeur, à vous concentrer sur ceux qui voient ce que dissimulent le masque, la fantasmagorie, l’excès, la flamboyance et à ignorer ceux que cela aveugle et indiffère… et, surtout, continuez à nous foudroyer de vos coups que vous nous portez au cœur. En plein cœur.


    Merci Xavier Dolan de toujours exalter ainsi la force de la passion et de l'imaginaire, et de faire de chacun de vos films une déclaration d'amour fou au cinéma, ce cinéma qui permet d'affronter les désillusions de l'existence et à chaque fois de prouver comme vous le disiez à Cannes que "tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais ». Je termine en rappelant cette citation d'Anatole France que j'aime tant et qui illustre si bien chacun de ses films : "je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence". Retrouvez toutes mes critiques des films de Xavier Dolan sur Inthemoodforcinema.com en attendant celle, à venir, de "Ma vie avec John Donovan". En complément, ma critique de "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan à lire, ici.

  • 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville : bilan détaillé et compte rendu

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    Un festival est un film en soi. Un condensé d’émotions. Avec un début plein d’espoir et d’illusions. Un dénouement avec une sensation d’euphorie, quelques désillusions parfois aussi car un festival exacerbe les sentiments, plus ou moins nobles. Entre les deux, des rebondissements, des rencontres, des découvertes, des dialogues, une parenthèse enchantée (à Deauville, toujours) ou désenchantée. Et des images qui ne reflètent qu’un aspect parcellaire de ce tourbillon, un kaléidoscope d’instants.

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    S’il fallait choisir la musique qui constituerait la bande originale de ce 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, ce serait indéniablement celle jouée par Renaud Capuçon lors de la clôture. Non pas que ce festival fut triste (bien au contraire, malgré la noirceur des films en compétition et même souvent de ceux projetés en Premières, j’y reviendrai plus bas) mais parce que ce moment fut magique, d’une intensité inouïe et bouleversante. Hors du temps. A suspendre son souffle, sa mélancolie, l’angoisse de l’après. Je ne l’ai filmé que quelques secondes pour en profiter pleinement mais je tenais à le partager ici avec vous.

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    Des instants magiques, il y en eut d’autre : le discours lyrique et inspiré en hommage à Morgan Freeman par Vincent Lindon, le président à vie du festival (les habitués comprendront), les standing ovations à la fin de certaines projections (Puzzle, Les Chatouilles…) et une clôture qui s’est achevée dans la bonne humeur (cf vidéo ci-dessous) comme celle qui a régné pendant ces dix jours sans un soleil irréel et étincelant.

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    Mais avant de vous parler de tout cela. Petit flashback.

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    Chaque année, le vendredi de l’ouverture, la fébrilité est à son comble. Lorsque dans la majestueuse salle du CID retentit la flamboyante musique du festival, c’est toujours une réminiscence qui fait palpiter le cœur à mille à l’heure. Depuis 26 ans pour moi. Débute alors un exaltant voyage immobile auquel invite la devise du festival : un moment unique pour tous les amoureux du cinéma. Deauville se pare alors des couleurs de la bannière étoilée. Les planches s’auréolent de mélancolie joyeuse. La ville vit soudain au rythme trépidant du 7ème art. Deauville est le festival du public. De tous les publics. De ceux qui veulent découvrir l’état de l’Amérique à travers les Docs de l’Oncle Sam et les films indépendants de la compétition. De ceux qui veulent frissonner ou rêver en découvrant les Premières (cette année, notamment les films de Jacques Audiard, Mélanie Laurent, John Curran…) et en assistant aux hommages (une légende était sur les planches, Morgan Freeman).

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    A Deauville se côtoient la tonitruance et la discrétion, les stars d’aujourd’hui (avec les Deauville Talent Awards, cette année Kate Beckinsale, Sarah Jessica Parker, Jason Clarke) et celles en devenir (avec le nouvel Hollywood : Shailen Woodley, Elle Fanning). Une alliance subtile avec un générique à faire pâlir d’envie les plus grands cinéastes avec même la présence de John Grisham dont tant de livres ont été adaptés (ce qui sera certainement le cas de celui-ci, très cinématographique qui cette fois ne se situe plus dans le milieu juridique -qui lui seyait tant et mieux à mon goût- mais dans celui des éditeurs et des librairies).

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    A Deauville plus qu’ailleurs, bien que le cinéma y soit une fenêtre ouverte sur l’âpre présent des Etats-Unis, la réalité fait une pause pour vous transporter dans une parenthèse enchantée qui exhale le parfum de l’enfance, celui de l’insouciance, où la vie se vit au rythme du cinéma. Un soupçon d’éternité.

    affiche du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018

    Comme chaque année, sur la magnifique affiche, nous retrouvons les codes habituels que sont les couleurs de la bannière étoilée, pont ici au sens figuré et au sens propre entre la Normandie et les Etats-Unis, l’évocation des planches, le voyage immobile auquel invite le festival. En émane une belle sensation d’ailleurs, de légèreté, de liberté, d’envol. La légèreté n’était pourtant guère au programme. Et pour cause. Les films en compétition sont en effet chaque année le reflet des Etats d’Amérique et surtout de l’état de l’Amérique. L’an passé, le Festival du Cinéma Américain de Deauville nous dressait ainsi le portrait d’une Amérique déboussolée, sans doute a fortiori après l’élection à sa tête d’un personnage déroutant (quel euphémisme au regard de cette année écoulée !). Au programme, ainsi, l’an passé, la violence subie par les différentes communautés ou entre communautés qui se replient sur elles-mêmes. Une Amérique communautaire en proie à la violence. Ce sujet était d'ailleurs à nouveau au cœur des films en compétition cette année (notamment dans le remarquable Monsters and men, oublié du palmarès).

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    Plus que jamais, en 2017, le cinéma nous dévoilait l’envers du décor de l’American dream, et même son échec. Une Amérique qui n’est pas un Eldorado mais au contraire une prison de violence dont les personnages (souvent attachants mais broyés par l’existence) ne rêvent que de s’échapper. Une Amérique pétrie de contrastes et contradictions dont les enfants doivent bien souvent renoncer à leurs rêves pour continuer à avancer. Des enfants confrontés très tôt à des responsabilités d’adultes, délaissés par des parents immatures, à l’image de cette Amérique qui abandonne ceux qu’elle a enfantés, ces rêveurs d’hier confrontés à la rude réalité, à leurs châteaux de verre qui ne sont que mirages ou qui s’écroulent pour reprendre le titre du splendide film de clôture du festival l’an passé.

    Le Maire de Deauville, lors de la conférence de presse de ce 44ème Festival du Cinéma Américain, avait ainsi tenu à insister sur l'« inflexion du festival dans sa dimension culturelle en choisissant de faire du cinéma indépendant le cœur du festival ». 15 premiers films ont ainsi projetés dont 8 dans la compétition. 62 films au total ont ainsi été présentés dans le cadre du festival : compétition, premières, Docs de l’Oncle Sam étaient ainsi au programme comme chaque année et même un prix exceptionnel du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville pour Les Frères Sisters.

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    La couleur de la sélection sera « sombre » avait ainsi annoncé Bruno Barde lors de cette même conférence, « la couleur de l’Amérique » avait-il ajouté. Le Maire de Deauville, lors de l’ouverture, a également déclaré que « bien sûr le cinéma est là pour nous distraire, nous faire rêver, mais plus que jamais pour décrypter et témoigner de l’évolution de la société. »

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    Cette année, celle de l’après #MeToo, si la noirceur était effectivement aussi au rendez-vous, le pouvoir était pris par les femmes, deux titres des films de la compétition étaient ainsi des prénoms féminins (Nancy et Diane) et six d’entre eux avaient pour personnages principaux des protagonistes féminines. Des femmes souvent condamnées par l’existence, engluées ou même enfermées dans leur quotidien, leur passé, confrontées à la solitude, à la maladie, à la mort, aux traumatismes…et même enfermées au sens propre et condamnées à mort dans le douloureux Dead women walking. Des femmes fortes et combattives qui s’emparaient néanmoins de leurs destins. Les films s’achevaient ainsi souvent par un nouveau départ (au sens propre). En route vers un lendemain peut-être plus joyeux. Une note d’espoir malgré tout. L’envol finalement. Dans chaque film aussi ou presque, la religion était aussi (omni)présente. « Une Amérique où règne le désenchantement et la mélancolie, où l'espoir est tenace », comme l’a très bien résumé la présidente du jury de la critique, l’enthousiaste Danièle Heymann. Le jury de la critique, lors de la cérémonie du palmarès, a d’ailleurs également tenu à saluer « la quasi parité de la compétition avec 6 films de femmes. »

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    Cette année, le festival avait par ailleurs choisi de mettre en avant le talent de quatre femmes qui, "toutes, par leurs choix exigeants et leurs parcours, témoignent d’une audace et d’une liberté qui font la force du cinéma indépendant contemporain dans toute sa diversité et sous toutes ses formes: Kate Beckinsale (Deauville Talent Award), Elle Fanning (Nouvel Hollywood); Mélanie Laurent; et Shailene Woodley (Nouvel Hollywood)." Et c’était aussi une femme (amoureuse de Deauville, elle aussi), Sandrine Kiberlain, qui présidait cette année le jury. Il y eut aussi Sarah Jessica Parker, si lumineuse avec son « énergie unique et transgressive » comme l’a souligné le Maire de Deauville. Les femmes étaient aussi à l’honneur dans les documentaires (dont je vous parlerai ultérieurement). En attendant, petit résumé de cette sélection 2018. Cette compétition, comme chaque année, était une fenêtre ouverte sur les tourments de l’Amérique contemporaine dans laquelle ses citoyens courent après la liberté, l’émancipation, le droit d’exister simplement sans être discriminé, bien loin de l’American dream. Les films primés sont pourtant pour la plupart parsemés de notes de poésie et de fantaisie, s’achevant le plus souvent par un regard ou un départ, bref un espoir opiniâtre…

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    Pour être parfaitement exhaustive, il m’aurait fallu évoquer aussi les documentaires (que je n’ai pas eu le temps de voir pendant le festival et que je rattraperai après celui-ci) et toutes les premières. J’ai fait le choix d’évoquer ici mes coups de cœur. A la fin de cet article, avec les remerciements d’usage, vous trouverez aussi quelques photos de ma rencontre dédicace à la librairie de Deauville Jusqu’aux lueurs de l’aube (que je remercie à nouveau ici).

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    LA COMPETITION

    FRIDAY’S CHILD de A.j. Edwards

    affiche de friday's child

    Synopsis : Richie, dix-huit ans, quitte sa famille d'accueil et se heurte à la dure réalité d'une vie marginale semée d'embûches et de tentations. Alors qu'il devient le principal suspect d'un cambriolage raté, il fait une rencontre improbable et découvre un amour impossible. Avec la police à ses trousses et un mystérieux individu menaçant de révéler son passé, il ne reste à Richie que peu de temps pour prendre les bonnes décisions et revenir dans le droit chemin.

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    La compétition a commencé très fort avec Friday’s child de A.J. Edwards, aussi beau et déchirant qu’un poème (un chef-d’œuvre de la littérature a inspiré le réalisateur, Crime et châtiment de Dostoïevski). Cela débute par la fenêtre d’une sinistre maison qui s’éclaire, symbole du fragile espoir qui brille dans la nuit de l’existence du personnage principal, Richie. Y errent des enfants en difficulté, abandonnés, des ombres fantomatiques à l’image de Richie, dix-huit ans et le visage encore enfantin incarné par Tye Sheridan (Ready Player One, Mud), qui quitte sa famille d’accueil pour se heurter à l’âpre réalité d’une vie d’adulte esseulé. Sur sa route : une propriétaire sans scrupules, une jeune femme endeuillée et divorcée, Joan, et un mauvais génie. C’est le deuxième long métrage du réalisateur qui a travaillé avec Terrence Malick comme monteur et comme consultant artistique. Cela se ressent dans chaque plan qui exhale la même magnificence lyrique. Certains diront qu’il ne fait là que le singer, pourtant se dégage de ce film une personnalité singulière qui, dès le premier plan, vous happe. Quelle virtuosité dans la mise en scène ! Ainsi, les personnages sont souvent enfermés dans un cadre et un univers déshumanisés (un carré suffocant, des couloirs sans fin, ou dans l’embrasure d’une porte comme un hommage aux célèbres plans de John Ford) comme ils le sont par leur existence d’emblée placée sous le sceau de la tragédie. C’est un film de contrastes. Entre les décors gris et les lignes carcérales (qui m’évoquent ceux de Playtime de Jacques Tati) et les plans éblouissants baignés de lumière du soleil. Entre l’horizon apaisant filmé au format 16/9ème lorsque Richie est en compagnie de Joan et que son avenir s’éclaire. Et le format 4/3 qui l’enserre lorsque son futur s’obscurcit et qu’il semble sans espoir. Entre la poésie qui émane de ce couple d’âmes blessées et la dureté de la vie qui les broie telles ces machines carnassières sur lesquelles travaille Richie. Ajoutez à cela une musique lancinante, obsédante, hypnotique qui reflète judicieusement l’état d’esprit de Richie et vous obtiendrez un film dont la dernière scène, magistrale, vous hante longtemps après la fin. Le portrait d’une Amérique impitoyable avec les plus fragiles. A l’image des films de cette compétition.

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    AMERICAN ANIMALS de Bart Layton

    American animals a reçu le Prix du jury ex-aequo « pour sa construction brillante et originale, pour l'envie de suivre ce cinéaste », selon les propos de la présidente du jury, Sandrine Kiberlain.

    affiche du film american animals

    Synopsis : Quatre étudiants abhorrent l'idée d'avoir une vie ordinaire et décident crânement de réaliser le plus audacieux vol d'œuvre d'art de l'histoire des États-Unis. Alors qu'ils préparent minutieusement leur coup, ces apprentis voleurs se demandent si leur recherche de sensations fortes va vraiment donner un sens à leur existence. Lorsqu'ils ont enfin un semblant de réponse, le point de non-retour est franchi et ils ne peuvent plus faire marche arrière...

    Alors que, cette année, la compétition dresse principalement des portraits de femmes qui s’emparent de leurs destins, dans American animals, ce sont en revanche 4 étudiants avides de sensations fortes qui, pour échapper à une vie qu’ils estiment trop ordinaire, décident de réaliser un vol d’œuvres d’art. Dès les premiers plans, notre attention est happée par la savante maitrise de la réalisation et du montage, et par un rythme et une musique, d’emblée haletants. Le film débute sur l’image en gros plans de leurs visages qu’ils maquillent tout comme ils masquent la vérité dans leurs propos. American animals est en effet inspiré d’une histoire vraie et le réalisateur alterne entre la fiction et les témoignages des protagonistes qui parfois se contredisent, ayant visiblement une vision tronquée de leurs méfaits. Ces animaux, ce sont ceux qui figurent sur les dessins qu’ils souhaitent dérober. Ce sont aussi ce qu’ils deviennent, perdant peu à peu leur humanité, hypnotisés par la volonté de briller qui, malgré quelques scrupules, leur fait occulter la gravité de leurs actes. Ces American animals, c’est aussi ce que nous fait devenir une société qui, si tristement, érige en héros ceux qui sont simplement célèbres, souvent pour de mauvaises raisons, si éloignées de celles qui ont conduit les œuvres que les quatre étudiants convoitent et leurs auteurs à être reconnus. American animals est certes un hommage savoureux et jouissif aux films de braquage avec des clins-d ‘œil aux cinéastes qui les ont sublimés, le réalisateur jouant avec les codes du genre pour mieux les réinventer, mais il dépasse le simple film de genre pour nous interroger sur le rapport à l’image et à la vérité. Les quatre garçons vont atteindre le point de non-retour en séquestrant la bibliothécaire qui s’occupait de ces œuvres. Le film n’atteint-il pas alors ses limites en ce qu’il glorifie d’une certaine manière ce qu’il dénonce, donnant la parole aux coupables, leur permettant de s’enorgueillir publiquement de ce qu’ils considèrent toujours comme leur « exploit extraordinaire » même si leurs propos et leur « exploit » ainsi mis en lumière sont certes contrebalancés par ceux de la victime, qui apparaît à la fin, dans toute son humilité et sa souffrance, elle qui, dans l’ombre a consacré sa vie à protéger le laborieux travail des artistes ? A vous de juger.

    NIGHT COMES ON de Jordana Spiro et MONSTERS AND MEN de Reinaldo Marcus Green

    Night comes on a reçu le deuxième prix du jury, aussi simple (mais ne nous touchant pas moins droit au cœur et non moins remarquable) que le premier prix du jury est sophistiqué. Monsters and men est un oublié du palmarès et néanmoins un film coup de poing à voir absolument.

    Synopsis de Night comes on : Après plusieurs années passées dans une prison pour mineurs, Angel, dix-huit ans, peut enfin reprendre le cours de sa vie. Son désir : reconstruire une famille avec sa jeune sœur. Mais lui avouera-t-elle le sombre projet qu'elle nourrit en secret ?

    night comes on

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    Synopsis de Monsters and men : Un jeune homme noir est abattu par la police. Trois témoins du crime – un passant qui a filmé la scène avec son téléphone, un policier afro-américain et un lycéen – se retrouvent face à un dilemme : garder le silence pour s'éviter des ennuis ou s'impliquer personnellement pour réparer une terrible injustice.

    affiche Monsters and men

    Ces deux films remarquables sont à l’image de leurs titres et de leurs débuts : poétique pour l’un et plus revendicatif pour l’autre. Dans les deux pourtant, la même tension et la même légitime colère, palpables, et la même violence qui broie et tue la communauté afro-américaine. Dans Night comes on, après plusieurs années passées dans une prison pour mineurs, la bien nommée Angel, dix-huit ans, est écartelée entre le rêve de la reconstruction d’une famille avec sa jeune sœur et celui de se venger de son père, responsable de la mort de sa mère. Dans Monsters and men un jeune homme noir est abattu par la police. Trois témoins du crime (un passant qui a filmé la scène, un policier afro-américain et un lycéen) sont confrontés à un terrible dilemme : garder le silence pour s'éviter des ennuis ou s'impliquer personnellement pour réparer cette effroyable injustice. Le premier commence en effet par la douce voix de la mère d’Angel sur une musique qui l’est tout autant : « Peu importe où on est, il suffit d’écouter le bruit pour être sur la plage et pour affronter le soleil » dit-elle tandis que dans le second, un jeune homme noir, écoute de la musique dans sa voiture jusqu’à ce qu’il aperçoive la police dans son rétroviseur. Il est alors arrêté et contrôlé. La musique et un semblant d’insouciance se taisent brusquement. La menace est là qui plane. Constamment. En filmant avec une empathie et une bienveillance infinies ses deux jeunes actrices, Jordana Spiro ose croire en des lendemains plus joyeux grâce au pardon et à l’entraide. Reinaldo Marcus Green dresse en revanche un constat beaucoup plus pessimiste : celui d’une communauté abattue, résignée, désarçonnée face à cette violence inique et omniprésente dont elle est victime. Les dénouements des deux films nous procurent pareillement des frissons, Monsters and men pour un geste magnifique et grandiose de révolte silencieuse qui, à lui seul, mérite que le film soit vu. Résonnent encore dans ma tête les voix qui scandent le prénom du jeune homme tué. Et le bruit du flux et du reflux des vagues de Night comes on. Deux « musiques » entêtantes et une colère à entendre absolument.

    DEAD WOMEN WALKING de Hagar Ben-asher

    Synopsis : Neuf histoires courtes décrivent les derniers moments de plusieurs femmes condamnées à la peine capitale. A travers leur parole et leur regard, mais aussi ceux des personnes qu'elles rencontrent quelques heures avant leur exécution, se dessine le destin tragique de chacune d'entre elles ou comment la violence faite aux femmes, la pauvreté, les tensions raciales et l'injustice engendrent des vies brisées.

    Le jury de ce 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville a sans doute été confronté à des choix cornéliens pour élire le Grand Prix de cette édition tant les films en lice marquent les esprits avec pour thématique récurrente des portraits de femmes confrontées, seules le plus souvent, aux vicissitudes de l’existence. C’est aussi le cas dans Dead women walking constitué de neuf histoires courtes qui décrivent les ultimes instants de plusieurs femmes condamnées à la peine capitale. La réalisatrice les cadre au plus près, de leurs visages, de leurs âmes, de leurs émotions, dans un décor glacial, presque immaculé. C’est à leurs regards qu’elle s’intéresse. Elle débusque leur humanité derrière l’atrocité de leurs actes, reconstitue par leurs témoignages le terrible parcours qui les a conduites là, dans l’antichambre de la mort : violence, pauvreté, drogue, tensions raciales… Des vies brisées. Chaque portrait, bouleversant, relate une étape avant l’exécution, ce qui exacerbe la cruauté de ce temps à la fois bref et interminable qui nous rapproche de son effroyable application. Evitant intelligemment l’écueil du manichéisme, elle montre ainsi des gardiens touchés par ces femmes ou d’autres au contraire impitoyables (les appelant par leurs numéros, leur interdisant un ultime geste de réconfort). D’ailleurs le crime qui a provoqué leur condamnation ne nous est révélé à chaque fois qu’à la fin de la séquence. Probablement pour créer une distance, la réalisatrice recourt à une musique parfois emphatique qui nuit au propos suffisamment fort pour se suffire à lui-même. La scène la plus parlante est indubitablement celle lors de laquelle la mère d’une victime et celle d’une condamnée se retrouvent côte-à-côte pour assister à l’exécution, hors champ, et s’excusent ensuite mutuellement de la peine causée à l’autre par leur faute. La démonstration implacable de l’absurdité de cet acte de « justice » qui, pour condamner l’auteur d’un meurtre, en commet un à son tour. Un vibrant plaidoyer contre la peine capitale. Eprouvant et inégal mais nécessaire.

    NANCY de Christina Choe et PUZZLE de Marc Turtletaub

    affiche de nancy de christina choe

    Synopsis de NANCY : Nancy, trente-cinq ans, est intérimaire et vit encore avec sa mère et son chat. Elle rêve de devenir écrivain mais ses manuscrits sont constamment rejetés par les maisons d'édition. Afin d'atténuer sa peine et d'exister aux yeux du monde, Nancy s'invente d'autres vies sur la toile en utilisant des pseudonymes. Un jour, en regardant la télévision, elle tombe par hasard sur l'histoire d'un couple dont leur fille, âgée de cinq ans au moment des faits, est portée disparue depuis trente ans. Réalité et fiction ne font bientôt plus qu'une dans l'esprit de Nancy qui finit par être persuadée que ces étrangers sont ses véritables parents…

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    Synopsis de PUZZLE : Agnès est une mère de famille rangée vivant dans la banlieue de New York, jusqu'au jour où elle se découvre une passion pour les puzzles. Ce nouvel univers fait prendre à sa vie un tournant qu'elle n'aurait jamais imaginé…

    44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 27

    affiche de puzzle

    Projetés le même jour, Nancy de Christina Choe et Puzzle de Marc Turtletaub proposaient là aussi deux portraits de femmes. Le second a même valu à son réalisateur une standing ovation (méritée) lors de sa première projection à Deauville. Il a également reçu le prix du public de la ville de Deauville. Puzzle, remake d’un film argentin de Natalia Smirnoff, c’est ainsi l’histoire d’Agnès, 40 ans, silhouette d’adolescente et mère de famille vivant dans la banlieue de New York, jusqu'au jour où elle se découvre une passion pour les puzzles. Comme un puzzle, la vie d’Agnès est à reconstruire. Le premier plan la montre dans la pénombre, occupée à passer l’aspirateur. Enfermée dans le cadre et dans son quotidien morose et répétitif. Le dernier en est l’exact contraire. Entre ces deux plans, grâce au puzzle et à la rencontre d’un homme aussi ouvert sur les vicissitudes du monde (et bien que ne quittant pas une grande maison vide !) qu’elle est enfermée dans le sien, Agnès va prendre en douceur le pouvoir sur son existence -parfaits Kelly MacDonald et la star du cinéma indien Irrfan Khan dans ces rôles respectifs- . Et c’est absolument jubilatoire du début à la fin. Plutôt que d’en faire un personnage mièvre qui découvre naïvement la vie, une écriture sensible transforme la vertueuse épouse catholique pratiquante en femme combattive, rebelle et indépendante. Nancy, dans le film éponyme, quant à elle, trente-cinq ans, engluée dans un quotidien aussi sinistre, va se faire passer pour la fille de parents dont l’enfant a disparu trente ans plus tôt. L’une et l’autre, enfermées dans un rôle, vont redevenir elles-mêmes et s’émanciper grâce à des rencontres qui vont élargir leurs horizons mais surtout grâce à elles-mêmes. Ces femmes vont en effet prendre un nouveau départ, au sens propre comme au sens figuré. Les plans de début et de fin des deux films se répondent d’ailleurs. Il n’est pas surprenant de découvrir que Puzzle a été réalisé par le producteur de Little Miss Sunshine car, comme ce film récompensé du Grand Prix à Deauville en 2006, c’est un « feel good movie » intelligent et réjouissant. En plus de montrer des femmes qui n’ont plus tout à fait vingt ans mais encore l’âge de tous les possibles, ces deux films dressent les portraits de personnages féminins qui s’emparent de leurs destins sans l’aide de quiconque, nous enjoignant à faire de même. Mais aussi à savourer l’existence et à « contrôler le chaos » comme Agnès avec ses puzzles. La fin évite en plus brillamment l’écueil des comédies romantiques (je vous laisse découvrir lequel) et nous procure un immense souffle de liberté alors souhaitons à Puzzle le même destin qu’à Little miss sunshine, au box-office…

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    WE THE ANIMALS de Jeremiah Zagar

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    Le jury de la révélation a récompensé ce film « audacieux, poétique et inventif « selon son président Cédric Kahn. Audacieux, poétique, inventif, We the animals l’est indéniablement.

    we the animals

    Synopsis : Manny, Joel et Jonah s'extirpent de l'enfance, devant s'émanciper de l'amour volatile de leurs parents. Alors que Manny et Joel semblent suivre le chemin de leur père et que leur mère rêve d'aller vivre ailleurs, Jonah, le benjamin, préfère s'échapper dans un monde imaginaire qu'il a créé de toute pièce...

    « Nous sommes trois, nous sommes frères, nous sommes des rois » scande le jeune Jonah à travers le regard duquel nous est racontée l’histoire de We the animals. Jonah est le benjamin d’une famille américano-portoricaine composée de trois jeunes frères et de leurs parents. Ils vivent dans une maison perdue au milieu d’une nature chatoyante, au fond de la forêt, à la lisière du monde, dans leur monde, une maison qui pourrait être celle d’une fable. Les trois jeunes frères y ont construit leur royaume, sauvage. Seulement la vie des trois enfants n’a rien d’un conte de fée. Adapté du roman semi-autobiographique de Justin Torres, ce récit initiatique marie et manie les contrastes avec beaucoup de talent. Entre la musique, lyrique, les esquisses que dessine le jeune Jonah. Et la dureté de leur quotidien. Entre les scènes comme celle pleine de tendresse, où le père danse avec ses enfants au rythme entraînant et jovial de la musique. Et celle qui lui succède où le père pour apprendre à son fils à nager le jette brusquement dans l’eau, dans un silence fracassant. Le cinéma c’est la vitalité disait Truffaut. Ici, elle est présente dans chaque plan qui exhale le bouillonnement et le fracas de la vie. La caméra de Jeremiah Zagar se met à hauteur d’enfant et caresse de son œil attendri l’envol de l’innocence, s’attardant souvent sur leurs yeux pour mieux nous signifier que leur regard sur le monde change. La poésie et la douceur avec lesquelles ils sont filmés contrebalancent constamment la rudesse de leur quotidien. Et les dessins, mots et illustrations du jeune Jonah qui parsèment le film sont comme une invitation à l’évasion. C’est d’ailleurs par les mots qu’il s’échappera. We the animals est en effet une ode à la fraternité mais aussi et surtout au pouvoir salvateur de l’écriture qui permet au jeune Jonah d’accéder à la liberté et dans un sublime plan de s’envoler au-dessus de la forêt, de la réalité, et de se réapproprier son destin par le pouvoir magique et inestimable de l’imaginaire.

    LEAVE NO TRACE de DEBRA GRANIK

    leave no trace affiche

    Synopsis : Tom a 15 ans. Elle habite clandestinement avec son père dans la forêt qui borde Portland, Oregon. Limitant au maximum leurs contacts avec le monde moderne, ils forment une famille atypique et fusionnelle. Expulsés soudainement de leur refuge, les deux solitaires se voient offrir un toit, une scolarité et un travail. Alors que son père éprouve des difficultés à s'adapter, Tom découvre avec curiosité cette nouvelle vie. Le temps est-il venu pour elle de choisir entre l’amour filial et ce monde qui l'appelle ?

    Leave No Trace est inspiré d’une histoire vraie. A Portland, une fille et son père ont été découverts alors qu’ils vivaient depuis 4 ans dans la réserve naturelle à la lisière la banlieue de la ville. Cette histoire vraie avait elle-même inspiré le roman de Peter Rock, L’Abandon, qui, fasciné par ce fait divers, a écrit un roman inspiré de celui-ci. Evidemment, ce nouveau long-métrage n’est pas sans rappeler l’univers de Winter’s Bone (également présenté en compétition à Deauville, en 2010, et qui reçut même une nomination aux Oscars pour le scénario), quête (initiatique et d’un père) d’une jeune fille au cœur d’une forêt isolée. On pense aussi bien sûr au Captain Fantastic de Matt Ross, également primé à Deauville, même si à la fantaisie de ce dernier Debra Granik a préféré le réalisme. On y retrouve le même combat entre une vie contemporaine et une vie plus "ancestrale" au contact de la nature. La jeune fille est écartelée entre son amour pour son père (traumatisé par son passé de militaire et incapable de s’adapter à une vie plus citadine) et cette envie d’une vie moins marginale. Le film est baigné d’une splendide lumière et du regard bienveillant que la réalisatrice porte sur ses personnages incarnés par deux comédiens exceptionnels : Ben Foster et une jeune actrice australienne, Thomasin McKenzie. Et là encore, après ce parcours initiatique, le personnage féminin décide courageusement de prendre son destin en main lors d’un dénouement sublime et poignant. Trois magnifiques personnages : un père et sa fille qui, chacun à leur manière, exercent leur liberté de penser et la nature, sublimée, à la fois hostile et protectrice. Une magnifique histoire d’amour entre un père et sa fille.

    THUNDER ROAD de Jim Cummings

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    C’est à ce film atypique que le jury a choisi de décerner le grand prix, « un film insolite et si inventif, écrit, joué, produit et réalisé par un jeune homme à part », « quelle joie et quelle émotion d’assister à la naissance d’un artiste, à l’arrivée d’une comète qui suscite le rire et les pleurs avec une singularité qui nous bluffe, un film qui a le mérite de ne ressembler à aucun autre » a ainsi souligné la présidente du jury, Sandrine Kiberlain.

    thunder road

    Synopsis : L'histoire de Jimmy Arnaud, un policier texan qui essaie tant bien que mal d'élever sa fille. Le portrait tragi-comique d'une figure d'une Amérique vacillante.

    Thunder road est un film très différent des autres longs métrages de la compétition de ce 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville. Très différent en apparence seulement. Comme les autres, il dépeint en effet un personnage englué dans une quotidienneté étouffante. Comme les autres, il appelle à une nécessaire évasion. La comparaison s’arrête là car en effet, Jim Cummings est « une comète » qui a débarqué sur la planète cinéma et risque de ne pas en partir de sitôt tant son talent (de cinéaste, d’auteur et d’acteur) crève l’écran. Tout commence par un sidérant plan-séquence de plus de dix minutes qui était au départ le sujet d’un court-métrage de Jim Cummings qui lui valut une récompense à Sundance en 2016. La caméra passe fugacement sur l’assemblée d’un enterrement avant de s’attarder sur le fils de la défunte vêtu de son uniforme de policier. Il commence alors un long monologue tandis qu’un lent travelling avant nous rapproche doucement comme pour mieux débusquer les fêlures de plus en plus apparentes au fur et à mesure que le discours fantasque se déroule. Et comme tout le reste du film, autant dans son montage que dans les réactions de son personnage, Thunder road nous embarque toujours là où on ne l’attend pas. Ainsi, nous n’entendrons jamais la chanson de Bruce Springsteen qui donne son nom au film (le radio cassette enfantin qui aurait dû le diffuser pendant l’enterrement ne démarrera jamais). Ce discours d’ouverture totalement décalé, entre digressions, larmes, et pas de danse totalement improbables, nous place d’emblée en empathie avec le personnage principal, totalement démuni face à ce deuil. Tenter de danser devant un cercueil, quelle belle et déchirante métaphore de l'existence, non ? Il sera d’ailleurs de tous les plans. Et les réactions à ses fantaisies burlesques sont toujours ou presque hors champ. Il semble tenter en vain et seul contre tous de sortir de ce cadre (de cinéma et de vie) qui l’étouffe, ne lui laisse pas de répit, comme une distorsion de la réalité. Sa vie est en effet devenue un cauchemar. Dans ce cauchemar qui l’emprisonne, la folie n’est pas bien loin, qui guette. Son univers s’est écroulé avec la mort de sa mère et il ne sait plus comment gérer ses émotions dévastatrices que son éducation lui a probablement appris à masquer et qui le submergent. « On fait tous son deuil différemment on est tous uniques, il n'y a pas de bonne façon ou de mauvaise façon», entend-on dans la première partie du film qui est aussi la démonstration de cette impossibilité de faire face quand on est confronté à l’impensable. Thunder road, la chanson de Springsteen invite à découvrir le monde et à quitter la petite ville dont il est question comme un écho à ce « tu veux qu’on s’évade ? » de Jimmy Arnaud à sa fille. Certains spectateurs ou commentateurs y ont vu une farce tragi-comique. J’y ai surtout vu le bouleversant (et certes fantasque) portrait d’un homme désorienté et, au-delà, d’une Amérique déboussolée de laquelle une évasion semble possible, ou en tout cas un lendemain plus joyeux comme nous le dit cet ultime scène et ce regard final dans lequel passe une multitude d’émotions, nous étreignant nous aussi d’émotions. En plus de toutes les casquettes évoquées par Sandrine Kiberlain, Jim Cummings est aussi le musicien de son film…le tout pour un budget de 180000 euros. N’attendez pas pour découvrir ce film singulier (encore à l’affiche). Je vous le garantis, vous serez à votre tour charmé par ce personnage aussi excessif que fragile, dérouté que déroutant, interprété par un artiste plein d’énergie et de fantaisie dont, sans aucun doute, ce film signe la prometteuse éclosion.

    PRIX D’ORNANO-VALENTI : LES CHATOUILLES d’ Andrea Bescond et Antoine Metailler

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    Le prix d’Ornano-Valenti, chaque année, promet de belles découvertes et c’est une projection que je ne manque jamais tant ce prix est toujours gage de talent. Créé en 1991 par les compagnies membres de la Motion Picture Association (MPA) – association regroupant six studios de production et de distribution de films américains –, le Prix Michel d’Ornano – dédié à la mémoire de l’ancien ministre, maire de Deauville et cofondateur du Festival du Cinéma Américain – récompense un premier film français, dans le but d’aider à sa reconnaissance, sa promotion et son exportation. En 2015, le Prix est rebaptisé Prix d’Ornano-Valenti en hommage conjoint à Jack Valenti, initiateur du Prix, et à l’amitié qui unit en son temps les deux hommes et leurs familles, tous très attachés au Festival du Cinéma Américain de Deauville. Parmi les lauréats : Stéphane Brizé, Thomas Bidegain et Guillaume Gallienne…!

    affiche les chatouilles

    Synopsis : Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie…

    Ce film, à l’image de son titre qui illustre normalement un jeu enfantin, « joue » constamment avec le dispositif cinématographique recourant au théâtre et à la danse pour exprimer l’indicible. Les Chatouilles est l’adaptation cinématographique du spectacle de théâtre et de danse imaginé par la chorégraphe et comédienne Andréa Bescond avec le metteur en scène Eric Métayer, d’après sa propre histoire. Celle d’une petite fille de huit ans qui joue dans sa chambre, insouciante et tranquille, quand un ami de la famille, celui que tout le monde trouve si affable, lui demande si elle veut « des chatouilles ». Ainsi nomme-t-il ce qui sera le début de viols répétés et réguliers. Malgré la poésie et l’humour qui jalonnent ce film, le spectateur devient un témoin révolté et silencieux espérant qu’un jour un adulte découvrira l’horrible vérité. Mais la petite fille devra attendre d’être devenue une adulte pour que la vérité soit révélée, lorsqu’elle parviendra enfin à parler grâce à une psy avec laquelle elle rembobine le fil de sa vie, et de cette tragédie qui l’a brisée, de ce traumatisme enfoui, qu’elle tentera d’abord de noyer dans la drogue, l’alcool et les rencontres d’un soir. De belles idées de mise en scène permettent d’insuffler de la fantaisie dans la noirceur, le récit n’en est pas moins fort et bouleversant. Au contraire. Quand les mots rendent impossible l’expression de l’horreur, de l’impensable, reste la danse (dont elle fera son métier), salutaire, qui permet d’exprimer la détresse et la rage contenues, les soubresauts de ce corps meurtri. Autour d’elle, outre le violeur (incarné par Deladonchamps tétanisant avec sa fausse bonhomie), le père aimant et bienveillant (Clovis Cornillac), le seul qui demandera pardon, la mère cassante et glaçante ( incarnée par Karin Viard, toujours aussi remarquable, sur les épaules de laquelle on imagine aussi peser un lourd passé) qui, même une fois la vérité révélée, au lieu de se révolter contre l’agresseur et d’entourer sa fille d’amour préfèrera lui reprocher, obsédée par ce que « diront les gens », l’ami (Gringe), et l’amoureux Lenny (remarquable Grégory Montel). Ce film est aussi lumineux et solaire que la réalité de l’héroïne est sombre et brutale. La fin est bouleversante parce qu’elle montre que la lumière peut se trouver au bout du tunnel. Si cela a autant bouleversé les festivaliers qui ont réservé une retentissante standing ovation à l’équipe, c’est sans doute aussi parce que cette possibilité d’une résilience touche les victimes de toutes sortes de blessures intimes et de traumatismes.

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    A noter : sur me même thème en compétition était projeté THE TALE de Jennifer Fox, un film là aussi très personnel sur un traumatisme subi par la réalisatrice pendant son adolescence. Jennifer Fox, elle-même documentariste comme son héroïne, réalise son premier long métrage en s’inspirant de sa propre histoire. Son personnage se nomme ainsi Jenny Fox. The Tale évoque là aussi les effets d’un viol, 35 ans après (tellement violent qu’il lui faudra toutes ces années pour comprendre que sa mémoire l’a transformé en conte pour édulcorer la terrible réalité).

    LES PREMIERES

    LE SECRET DES KENNEDY de John Curran (film d’ouverture) et hommage à Jason Clarke

    Le secret des kennedy

    C’est Le secret des Kennedy de Jason Clarke qui a ouvert le festival et le bal des premières.

    44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 6

    Synopsis officiel : Le 18 juillet 1969, la jeune Mary Jo Kopechne, directrice de campagne du sénateur Ted Kennedy, meurt noyée après que ce dernier eut perdu le contrôle de sa voiture en tentant de traverser le tristement célèbre pont Dike, sur l’île de Chappaquiddick dans l’État du Massachusetts. Cet événement a non seulement coûté la vie à une future stratège politique proche des Kennedy, mais il a intrinsèquement changé le cours de l'histoire présidentielle, en mettant au grand jour les rouages intimes du pouvoir politique, l'influence de la plus célèbre famille des États-Unis, ainsi que la fragilité de Ted Kennedy, le fils cadet accusé d'avoir laissé mourir Mary Jo Kopechne, dans l'ombre de son héritage familial.

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    Chappaquiddick : derrière ce nom qui semble tout droit sorti d’une fable se cache un lieu qui lui-même dissimule une histoire tragique. 1969. Ted Kennedy est le dernier survivant, le dernier des célèbres frères Kennedy. Ce film, à la réalisation et au scénario malheureusement trop classiques, nous fait pourtant découvrir une histoire passionnante et qui l’est a fortiori à son dénouement. Comment Ted Kennedy va-t-il vivre avec son terrible secret, cette mort sur la conscience ? Il aurait été très intéressant de se pencher sur cette question. « Je ne serai jamais président », dit-il lorsqu’il revient au milieu de ses amis après l’accident. Cette phrase seule illustre le personnage prêt à tout par ambition, guidée avant tout par la volonté d’être estimé par son père, une volojnté qui balaie tout sur son passage, y compris sa propre personnalité et ses propres désirs. Seul cet objectif et sa lâcheté semblent déterminer sa conduite. Conditionné pour devenir président, pour remplacer les frères tous tragiquement disparus, il est le dernier espoir de son père, patriarche irascible en fauteuil roulant qui ne s’exprime plus que douloureusement en regards et formules foudroyants. Pour les conseillers convoqués par le père, la mort de la jeune femme est une simple crise de plus. Armstrong s’apprête à marcher sur la Lune et tout le monde espère que ce pas historique détournera l’attention de ce drame qui implique Ted. Jason Clarke, est impeccable dans le rôle de ce personnage dominé par la lâcheté qu’on peine à trouver sympathique. Il a été honoré par le festival d’un Deauville Talent Award.

    Critique de EVEREST de Baltasar Kormakur

    Dans le cadre du festival et de la rétrospective consacrée à Jason Clarke a également été projeté Everest de Baltasar Kormakur. Comme s’en enorgueillit son affiche, le film projeté en 3 D en ouverture du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2015 a été écrit « d’après une histoire vraie », voilà qui récuse d’emblée toute accusation éventuelle d’invraisemblance. Le film de Baltasar Kormákur est en effet une adaptation du livre autobiographique Tragédie à l’Everest écrit par l’écrivain, journaliste et alpiniste Jon Krakauer. Le livre raconte, comment, en 1996, huit alpinistes réputés ont péri dans une redoutable tempête alors qu’ils effectuaient l’ascension de l’Everest. Krakauer avait ainsi été envoyé par le magazine Outside' pour participer à cette expédition. Inspiré d’une désastreuse tentative d’ascension de la plus haute montagne du monde, Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l’homme ait connues. Luttant contre l’extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l’épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut. Si l’effet est indéniablement réussi au point de nous faire éprouver le vertige et une véritable sensation de peur et la conscience de notre petitesse face à la force redoutable, irréfragable, destructrice des éléments, si le film est incontestablement spectaculaire, il souffre en revanche d’un scénario conventionnel et convenu et/ou d’un montage qui sacrifie les personnages les plus intéressants et qui, surtout, en oublie certains en cours de route à commencer par Krakauer lui-même qui pose la question la plus intéressante aux alpinistes (pourquoi faites-vous cela?) à laquelle le film, ne voulant pas heurter la sensibilité des familles des victimes et des survivants, ne répond jamais vraiment. C’est pourtant l’aspect le plus intéressant du film: pourquoi ces hommes et ces femmes ont-ils besoin d’affronter et même de défier la mort? Eprouver leurs limites? Se sentir vivants? Il passe aussi à côté d’une réflexion sur l’exploitation de la nature par l’homme que laissait d’ailleurs présager ce choix symptomatique de la 3D (tout comme les alpinistes veulent éprouver toujours plus de sensation, le spectateur devient un consommateur à qui il en faut toujours plus pour ressentir des émotions que les mots et les images devraient suffire à susciter). Un bon divertissement qui passe néanmoins à côté de la passionnante réflexion à laquelle il aurait pu donner lieu, en raison d’une volonté délibérée d’absence de point de vue. Mais si vous voulez faire un voyage éprouvant et vertigineux sur le plus haut sommet du monde alors ce voyage est fait pour vous…

    LES FRERES SISTERS de Jacques Audiard – 4 septembre

    Le film le plus attendu, l’évènement de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018, était indéniablement Les Frères Sisters de Jacques Audiard.

    Les frères sisters 2

    Jacques Audiard, Joaquin Phoenix, John C.Reilly, Alexandre Desplat et Thomas Bidegain ont en effet reçu pour ce film le Prix du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, un prix décerné à ce film « pour les qualités de sa mise en scène, pour la force de l’interprétation de quatre acteurs majeurs du cinéma américain contemporain - John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, et Riz Ahmed - pour saluer les producteurs, grâce à qui un projet si noble a pu naître. Pour, enfin, célébrer une œuvre qui porte l’espoir d’un monde meilleur, d’une résipiscence possible. Pour toutes ces raisons, il nous a paru naturel qu’un tel travail soit récompensé d’une manière inhabituelle, originale et exceptionnelle » a déclaré Bruno Barde, le Directeur du Festival. Les Frères Sisters est le premier film tourné intégralement en langue anglaise (et avec des acteurs majoritairement américains) de Jacques Audiard. Ce sont John C. Reilly et Alison Dickey ( productrice et épouse du comédien) qui ont demandé au réalisateur de lire le roman de Patrick deWitt dont ils détenaient les droits.

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    Synopsis : Les Sisters, ce sont Charlie et Elie. Deux frères qui évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d'innocents... Ils n'éprouvent aucun état d'âme à tuer. C'est leur métier. Charlie, le cadet ( Joaquin Phoenix), est né pour ça. Elie (John C.Reilly), lui, ne rêve que d'une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l'Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

    Après sa palme d'or à Cannes en 2015 pour Dheepan, le cinéaste français n’a pourtant pas «choisi » la Croisette pour présenter son nouveau film. Lui qui a déjà exploré différents genres avec talent s’attaque cette fois à un style de film auquel il ne s’était pas encore attelé: le western. Un western qui, fort probablement, aurait figuré au palmarès cannois s’il avait été en lice. Lors de la conférence de presse du film dans le cadre du festival, Jacques Audiard a expliqué qu’il n’avait pas forcément le fantasme du western mais qu’il avait surtout envie de travailler avec des acteurs américains car « ils ont constitué un savoir du jeu cinématographique et ils ont une très grande conscience d'eux-mêmes quand ils jouent » a-t-il précisé. Ce film l’a également intéressé en raison de son « thème de la fraternité » et « l’héritage de la sauvagerie » qu’il dépeint.

    Les ingrédients du western sont pourtant là, en apparence du moins : les grandes étendues, les chevauchées fantastiques, le Far West, les personnages aux physiques patibulaires, la violence fulgurante, la menace latente. Et pourtant Les frères Sisters, à l’image de ce titre, est un film constitué de contrastes et de dualités qui détournent les codes du western. « La nuit du chasseur a été une vraie référence pour ce film» a ainsi expliqué Thomas Bidegain lors de la conférence de presse. Alors, en effet, certes il y a ici les grandes étendues et le Far West mais le film a été tourné en Espagne et en Roumanie et l’atmosphère ne ressemble ainsi à celle d’aucun autre western. Certes, il y a là les personnages aux physiques patibulaires mais ici pas de héros qui chevauchent fièrement leurs montures mais des méchants qui vont évoluer après ce parcours initiatique parsemé de violence. Alors, certes la violence justement est là, parfois suffocante, mais elle laissera finalement place à une douceur et une paix inattendues.

    Les premières images nous éblouissent d’emblée par leur beauté macabre: des coups de feu et des flammes qui luisent dans la nuit. Des granges brûlées. Des innocents et criminels tués froidement et impitoyablement. L’œuvre de deux tueurs à gages. Les frères Sisters.

    Loin des héros ou antihéros mutiques des westerns, les deux frères Sisters (les si bien et malicieusement nommés) débattent de leurs rêves et de leurs états d’âme, comme deux grands enfants. «Ce sang, c'est grâce à lui qu'on est bons dans ce qu'on fait » selon l’un des deux frères. Ce sang, c’est celui de leur père, violent et alcoolique. Leur vie n’a jamais été constituée que de violence. Ce duo improbable est constitué d’un tireur fou, le cadet, et de l’aîné, plus sage, plus raisonnable, plus émotif et même sentimental, ce qui donne parfois lieu à des scènes humoristiques tant le contraste est saisissant entre les tueurs sanglants qu’ils sont aussi et l’émotion qui étreint parfois le cadet, qui par exemple pleure lorsqu'il perd son cheval.

    A ce duo improbable s’oppose un autre duo (que je vous laisse découvrir car il fait prendre une autre tournure à l’histoire qui ne cesse d’ailleurs de nous emmener là où on ne l’attend pas, là où le western ne nous a pas habitués à aller) notamment constitué d’ un prospecteur qui détient une mystérieuse formule chimique qui permet de trouver de l’or. Incarné par Riz Ahmed, cet homme rêve d’utopies socialistes, une société de justice dans lequel l’homme serait libre, vraiment libre. Audiard détourne aussi les codes du western en ce que son film présente plusieurs degrés de lecture. La violence héritée de leur père que manifestent les deux frères, c’est aussi celle de cette Amérique héritée des pères fondateurs. Pour trouver de l’or et donc s’enrichir, les compères vont polluer la rivière sans souci des conséquences sur l’environnement et sur leur propre vie. Des drames vont pourtant découler de cet acte métaphorique d’un capitalisme carnassier et impitoyable.

    Mais les frères Sisters est aussi un conte à la fois cruel et doux. Lr dénouement est ainsi aussi paisible que le début du film était brutal. Comme la plupart des films de cette sélection, il s’achève sur une note d’espoir. L’espoir d’une Amérique qui ouvre enfin les yeux, se montre apaisée et fraternelle. Si les frères Sisters, ces tueurs à gages sans états d’âme ont changé, qui ne le pourrait pas ? Tout est possible…Ajoutez à cela la photographie sublime de Benoît Debie, la musique d’Alexandre Desplat et vous obtiendrez un western à la fois sombre et flamboyant. Et d’une originalité incontestable.

    GALVESTON de Mélanie Laurent

    44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 18

    Synopsis : 1988. Les temps sont durs pour Roy, petit gangster de la Nouvelle-Orléans. La maladie le ronge. Son boss lui tend un guet-apens auquel il échappe de justesse. Une seule issue : la fuite, en compagnie de Rocky, une jeune prostituée. Deux êtres que la vie n’a pas épargné. En cavale vers la ville de Galveston, ils n’ont plus rien à perdre…

    Galveston 2

    Quatre cinéastes français avaient cette année leurs films (américains) projetés à Deauville parmi lesquels la talentueuse Mélanie Laurent. Mélanie Laurent fait partie de ceux que certains aiment détester parce qu’elle a « le malheur » d’être une jeune femme polyvalente, déterminée et talentueuse dans chacun des domaines auxquels elle s’attèle : elle chante, joue, réalise. Une artiste à part entière guidée par le désir de créer. Avec Respire, elle signait un film à la fois intemporel (Mélanie Laurent ne situe d’ailleurs pas vraiment l’intrigue dans une époque précise) et dans l’air du temps (mais qui ne cherche pas à l’être) qui peut-être en aidera certain(e)s à fuir et ne pas se laisser enfermer par ces « ami(e)s » toxiques qui, avancent masqué(e)s, séduisent tout le monde avec une habileté et une ingénuité fourbes, pour mieux exclure la proie choisie, se l’accaparer, puis la détruire. Un film dont la brillante construction met en lumière la noirceur et la détermination destructrices de ces êtres, nous plongeant avec la victime dans cet abyme mental en apparence inextricable. Un film d’une remarquable maîtrise et justesse, au parfum pernicieusement envoûtant, prenant, parfaitement maîtrisé du premier au dernier plan qui est d’une logique aussi violente qu’implacable. Le dénouement apparaît en effet finalement comme la seule respiration et la seule issue possibles. Un film qui m’a laissée à bout de souffle, longtemps après le générique de fin et dont les personnages continuaient à m’accompagner bien après celui-ci. Si je vous parle de Respire aujourd’hui, c’est d’une part pour vous inciter à voir ce film remarquable et d’autre part parce que ce fut avec Galveston comme avec Respire. Les personnages m’ont en effet accompagnée bien après le générique de fin. Mélanie Laurent est une directrice d’acteurs de grand talent. Avec ce premier film américain de sa carrière de réalisatrice, une adaptation du roman de Nick Pizzolatto (créateur de la série True detective), elle tire le meilleur de ses interprètes principaux Elle Fanning et Ben Foster. L’histoire se déroule en 1987, à la Nouvelle-Orléans. Ce film qui sortira le 10 octobre prochain en France, est un thriller sombre et ensorcelant. Les lieux, amoureusement filmés, évoquent la mythologie américaine et constituent un personnage à part entière, notamment cette Nouvelle Orléans écrasée de chaleur. Elle regarde ses personnages, ces deux âmes blessées, avec tant de bienveillance que la fin, aussi d’une effroyable cruauté, n’en est que plus bouleversante.

    ET EN BREF :

    LINE OF FIRE de Joseph Kosinski

    line of fire

    Synopsis : Tous les hommes naissent égaux… Puis, quelques-uns deviennent pompiers. Inspiré de faits réels, voici l'histoire héroïque des pompiers de l'unité locale Granite Mountain Hotshots basée en Arizona. Une fraternité véritable développée entre eux, mais aussi l'espoir, la détermination, le sacrifice et la volonté de protéger les habitants de la région et leur pays leur ont permis de devenir une équipe d'élite dans la lutte contre les incendies aux États-Unis.

    Au-delà de son impressionnant casting (Josh Brolin, Miles Teller, Jeff Bridges, Jennifer Connelly, Andie McDowell ou encore Taylor Kitsch) ce film sorti en e-cinema vaut avant tout par le vibrant hommage qu’il rend aux soldats du feu qu’il met en scène et dont il raconte la poignante et tragique destinée. Une de ces histoires vraies qu’affectionne le cinéma américain qui sait si bien honorer ses héros et nous en émouvoir. Difficile de ne pas l’être même si la réalisation n’a rien d’exceptionnel, l’histoire et le drame qu’elle relate, incontestablement, le sont et nous cueillent par le brusque dénouement.

    A LA DERIVE de Baltasar Kormákur

    A la dérive

    Synopsis : Tami Oldham et Richard Sharp décident de convoyer un bateau à travers le Pacifique et se retrouvent pris au piège dans un terrible ouragan. Après le passage dévastateur de la tempête, Tami se réveille et découvre leur bateau complètement détruit et Richard gravement blessé. À la dérive, sans espoir d’être secouru, Tami ne pourra compter que sur elle-même pour survivre et sauver celui qu’elle aime.

    Projeté après la remise du prix du Nouvel Hollywood à Shailene Woodley qui incarne l’héroïne, et même si ce film n’a rien de commun avec le chef-d’œuvre du genre (All is lost de J.C Chandor, voir ma critique ici), les scènes en mer et en pleine tempête n’en sont pas moins réussies et surtout plus intéressantes que celles de la romance, plus convenue et à la frontière de la mièvrerie. Le twist final apporte un éclairage intéressant à l’ensemble de ce bon divertissement à condition de ne pas l’avoir vu venir…

    HERE AND NOW de Fabien Constant

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    C’était aussi un des évènements de cette édition : la venue de Sarah Jessica Parker et la remise à celle-ci d’un Deauville Talent awards. A cette occasion était projeté le film réalisé par le français Fabien Constant. En plus de jouer le rôle principal, l’actrice le produit également. Elle incarne ici, Vivienne, une chanteuse new-yorkaise, qui ne vit que pour son art et n'aime dépendre de personne. Les résultats d'un examen médical qui la condamnent vont remettre en question le fondement de son être. On pense évidemment au chef-d’œuvre de Varda, Cléo de 5 à 7. Ici le verdict a déjà été énoncé mais l’annonce de l’imminence de l’inéluctable donne là aussi plus de saveur et de gravité à chaque instant et chaque rencontre qui suspendent le vol du temps. Fabien Constant a bénéficié d’un infime budget et de 16 jours de tournage à peine. Le film est sorti en DVD en France le 22 août dernier. Cette errance poétique et mélancolique dans New York dans laquelle l’actrice (qui jamais ne quitte ses talons vertigineux) est de chaque plan nous donne envie d’étreindre furieusement le présent, et d'en étirer chaque seconde. N’est-ce pas là l’un des plus beaux pouvoirs du cinéma ?

    OPERATION FINALE de Chris Weitz (film de clôture)

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    Synopsis : Quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les agences de renseignement et de sécurité intérieure israéliennes, le Mossad et le Shin Bet, dirigées par le courageux et déterminé agent Peter Malkin, échafaudent une mission secrète afin de capturer le tristement célèbre Adolph Eichmann. Déclaré mort lors du chaos qui a suivi la chute de l'Allemagne nazie, il vit et travaille désormais sous une nouvelle identité dans la banlieue de Buenos Aires en Argentine avec sa femme et ses deux fils…

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    C’est Ben Kingsley à qui incombe la douloureuse responsabilité d’incarner Adolf Eichmann. Si à l’image du film d’ouverture, le sujet de ce film de clôture est passionnant, ce qui aurait pu être un thriller historique palpitant ne parvient jamais à nous captiver entièrement malgré son excellent casting. Le rappel des atrocités commises par le régime nazi et en particulier celles dont Eichmann fut responsable justifie pourtant à lui seul la nécessité d’un tel film, d’autant plus ces derniers temps où les ignominies du passé s’évanouissent dans les méandres du temps ou, au contraire, inspirent de sinistres individus. Ce film sera disponible sur Netflix le mercredi 3 octobre 2018.

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    OPHELIA de Claire Mccarthy

    En bref, je termine avec Ophelia de Claire Mccarthy, un film à l’image de cette sélection de cette 44ème édition : réalisé par une femme et consacré au destin d’une femme forte et courageuse ici incarnée par Daisy Ridley.

    Synopsis : Ophelia devient la dame d'honneur de confiance de la reine Gertrude. À la fois belle et intelligente, elle attire rapidement l'attention du jeune prince Hamlet et un amour réciproque prend racine malgré les interdits de la cour. Alors qu'une guerre se prépare, les alliances se font et se défont au sein du royaume et les trahisons guettent au château d'Elsinore. Ophelia doit également faire des choix : préserver son grand amour ou protéger sa vie afin que son lourd secret ne soit dévoilé…

    Cette romance historique a pour premier mérite de vulgariser Shakespeare et, je l’espère, de donner une irrésistible envie de le (re)lire tant elle démontre à quel point ses personnages, leurs forces et faiblesses, sont intemporels. Les décors grandioses, la dimension tragique et épique de l’histoire emporteront les plus sceptiques dans cette épopée palpitante qui mêle influences de contes et œuvre shakespearienne.

    HOMMAGE A MORGAN FREEMAN

    Un mot à transmettre à Donald Trump ? La réaction de l’acteur.

    Ce que fait Morgan Freeman lorsqu'il ne tourne pas.

    Les réalisateurs français selon Morgan Freeman.

    Morgan Freeman évoque son amour de la France.

    Les films préférés de Morgan Freeman.

    Ce qu'a ressenti Morgan Freeman en allant sur les plages du débarquement et au cimetière militaire.

    Les films dont Morgan Freeman est le plus fier.

    Un Deauville Talent Awards a également été attribué à Kate Beckinsale.

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    DEDICACE

    Quelques photos souvenirs de ma rencontre dédicace autour de mon premier roman L’amor dans l’âme et de mon recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma (qui comprend deux nouvelles qui se déroulent dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville), Les illusions parallèles. Pour en savoir plus : la page de L’amor dans l’âme et celle du recueil Les illusions parallèles sur le site de mon éditeur Les Editions du 38. Un grand merci à Caroline de la librairie Jusqu’aux lueurs de l’aube pour avoir proposé cette dédicace et pour son chaleureux accueil (si vous ne connaissez pas sa librairie, je vous invite vraiment à la découvrir, vous y trouverez toujours de bons conseils de lectures). Merci aussi à ceux qui sont venus, amis ou inconnus, et un merci particulier à Camille et à Julie. Merci aussi à Julien Sartkis (auteur des splendides Parasols de Deauville qui ont notamment orné le CID, cf photo ci-dessous) et Véronique Maurey (ne manquez pas son exposition Le livre à deux places à Pont-l'Evêque, vous pouvez encore la découvrir jusqu'au 29 septembre, infos ici) pour leur présence. Et merci au photographe Dominique Saint pour le reportage photos (vous en trouverez d'autres de cette série sur mon compte instagram @sandra_meziere). Les livres sont bien sûr toujours disponibles à la librairie au 88 rue Eugène Colas à Deauville.

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    avis critique Les illusions parallèles de Sandra Mézière Editions du 38

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    REMERCIEMENTS

    Merci à Radio Sensations pour cette interview au Yacht club de Deauville.

    Merci à Bleu Normandie pour l’interview en direct du Normandy.

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    Merci au CID et en particulier à Marie-Anne pour les invitations et pass pour les gagnants (et pour la bonne humeur).

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    Merci au photographe Dominique Saint -en photo avec moi ci-dessous- pour les photos sur le tapis rouge et le reportage photos lors de la dédicace (je vous recommande également de suivre Dominique sur instagram @dominique.saint, il est aussi l'auteur des photos sur les quatrièmes de couverture de mes livres.)

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    Merci à  Alice Garmond et au groupe Barrière pour l'invitation au dîner de clôture. (Retrouvez, ici, mon article de l'an passé consacré au Royal Barrière).

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    Merci à ma « cantine » et à sa joyeuse équipe. Mon article complet sur ce restaurant de Deauville (La Cantine de Deauville) à lire ici.

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    …et merci à Deauville d’avoir changé ma vie (article ci-dessous publié par Paris Normandie avant le festival, merci au passage à ceux qui ont suivi mes articles quotidiens dans ce journal pendant le festival).

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    PALMARES

    Le Jury de la 44e édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, présidé par Sandrine Kiberlain, entourée de Sabine Azéma, Alex Beaupain, Leïla Bekhti, Stéphane Brizé, Sara Giraudeau, Xavier Legrand, Pierre Salvadori et Leïla Slimani a décerné les prix suivants :

    Grand Prix

    THUNDER ROAD de Jim Cummings

    Deux PRIX DU JURY ont été attribués

    Prix du Jury

    AMERICAN ANIMALS de Bart Layton

    Prix du Jury

    NIGHT COMES ON deJordana Spiro

    Le Jury de la Révélation de la 44e édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, présidé par Cédric Kahn, entouré de Hubert Charuel, François Civil, Karim Leklou et Kate Moran a décerné son Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation :

    WE THE ANIMALS de Jeremiah Zagar

    Le Jury de la Critique, composé de 5 journalistes, a décerné le prix suivant :

    Prix de la Critique

    BLINDSPOTTING de Carlos López Estrada

    Le Prix du Public de la ville de Deauville a été remis au film suivant :

    Prix du Public de la Ville de Deauville

    PUZZLE de Marc Turtletaub

    Prix Littéraire Lucien Barrière

    John Grisham pour son roman Le Cas Fitzgerald

    Prix d’Ornano-Valenti

    LES CHATOUILLES de/by Andréa Bescond & Eric Métayer

    Le 45ème Festival du Cinéma Américain de Deauville aura lieu du 6 au 15 septembre 2019. L'édition 2018 a attiré plus de 60000 spectateurs.

    Les photos ci-dessous sont extraites de mon compte instagram @Sandra_Meziere (vous en trouverez de nombreuses autres sur le festival sur celui-ci ) comme toutes celles de cet article à l'exception de celles sur lesquelles je figure prises par le photographe Dominique Saint.

    44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 34 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 70 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018 14 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 3 IMG_0317 IMG_0175 Ci-dessus, photo de la boutique Lollipop's Deauville magnifiquement décorée aux couleurs du festival par la charmante Sandrine que vous pouvez suivre sur ses réseaux sociaux notamment sur son excellent compte instagram @mybagmyshoesanddeauville. Allez-y de ma part ! IMG_0168 IMG_0003 IMG_9997 IMG_9539 IMG_9383 IMG_9473 IMG_9429 Prochain festival, en attendant le Festival du Cinéma Américain de Deauville 2019, le Dinard British Film Festival en direct duquel je vous donne rendez-vous dès ce jeudi !

  • Compte rendu de la conférence de presse du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville : découvrez le (prestigieux) programme !

    deauville,cinéma,festival du cinéma américain

    deauville,cinéma,festival du cinéma américain

    Hier, au CID (Centre International de Deauville) avait lieu la conférence de presse du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville. C’est dans la salle James Bond que ce suspense haletant a pris fin avec l’annonce du programme des réjouissances qui portent décidément bien leur nom, tout particulièrement cette année comme vous allez le découvrir en détails ci-dessous (la grille de programmation est disponible ici pour les plus impatients qui n’auraient pas envie de tout lire).

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    Cette 44ème édition aura ainsi lieu du 31 août au 9 septembre. Comme chaque année, sur la magnifique affiche, nous retrouvons les codes habituels que sont les couleurs de la bannière étoilée, pont ici au sens figuré et au sens propre entre la Normandie et les Etats-Unis, l’évocation des planches, le voyage immobile auquel invite le festival, et une belle sensation d’ailleurs, de légèreté, de liberté, d’envol qui en émane. Du cinéphile le plus exigeant au « simple » amateur de cinéma, tout le monde peut  trouver son bonheur au Festival du Cinéma Américain de Deauville,  a fortiori cette année comme vous allez le découvrir ci-dessous. Un moment unique pour tous les amoureux de cinéma : telle est d’ailleurs la judicieuse devise du Festival du Cinéma Américain de Deauville qui figure chaque année sur son affiche.

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    Philippe Augier, le Maire de Deauville, Bruno Barde, le Directeur du Festival, Carine Fouquier, la Directrice Générale du CID et Jérôme Limoges, le Directeur Général référent hôtellerie Deauville ont en effet présenté une édition 2018 qui s’annonce riche, diversifiée, enthousiasmante, avec un générique prestigieux que je vous laisse découvrir en images ci-dessous.

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    Le Maire de Deauville a ainsi tenu à insister sur l' »inflexion du festival dans sa dimension culturelle en choisissant de faire du cinéma indépendant le cœur du festival », nous annonçant une « belle édition qui va allier cette force culturelle, le sens de l’avenir et qui va recevoir de grandes vedettes ». Bruno Barde a appuyé les propos du Maire en rappelant que nous « vivons dans un monde où la création est en danger » et  en soulignant que l’avenir sera le maître mot du festival et de l’orientation qu’il prend. Il a également tenu à rappeler que cette année plus de 800 films ont été produits aux Etats-Unis dont 709 indépendants. Le talent, et même  » le talent de l’avenir » seront célébrés a-t-il ajouté, « Deauville ne confondant pas talent et célébrité. » 15 premiers films seront ainsi projetés dont 8 dans la compétition.

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    62 films au total seront ainsi présentés dans le cadre du festival : compétition, premières, Docs de l’Oncle Sam seront ainsi au programme comme chaque année. La couleur de la sélection sera « sombre » selon Bruno Barde, « la couleur de l’Amérique » dont on comprend aisément que sa situation actuelle n’incite pas à l’optimisme et que le cinéma reflète cette inquiétude.  Le film de Mélanie Laurent (cf détails ci-dessous) projeté le 1er samedi sera ainsi à cette image, « un film noir ». Cette année, le festival a ainsi choisi de mettre en avant le talent de quatre femmes qui toutes, par leurs choix exigeants et leurs parcours, témoignent d’une audace et d’une liberté qui font la force du cinéma indépendant contemporain dans toute sa diversité et sous toutes ses formes: Kate Beckinsale (Deauville Talent Award), dont les rôles l’auront menée de la comédie romantique à des genres longtemps masculins comme la science-fiction, le thriller et le fantastique;  Elle Fanning (Nouvel Hollywood) et sa carrière déjà remarquable ; Mélanie Laurent qui signe avec succès son cinquième film en tant que réalisatrice en traversant l’Atlantique ; et Shailene Woodley (Nouvel Hollywood), symbole du renouveau qui incarne à la perfection les frontières poreuses et fécondes de la télévision et du cinéma.

    Je vous laisse découvrir ci-dessous le programme détaillé et ma sélection d’évènements à ne pas manquer au premier rang desquels l’hommage à Morgan Freeman et le prix du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville décerné au film Les Frères Sisters de Jacques Audiard, en présence de l’équipe du film, ou encore le film de clôture Opération finale, en présence de Sir Beng Kingsley et Oscar Isaac, dont la projection sera précédée de la cérémonie du palmarès et d’un moment musical qui s’annonce comme magique

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    Parmi les évènements à ne pas manquer, voici ma sélection qui vous donnera une idée de la richesse de cette édition (plus bas vous trouverez la liste des premières et des films en compétition, et de nombreuses informations pratiques notamment  concernant les nouveautés de cette édition pour assister aux séances du soir, vous trouverez également un résumé de l’édition 2017 qui devrait vous donner envie de découvrir le festival si vous n’y avez encore jamais assisté) :

    – l’hommage à Morgan Freeman le vendredi 7 septembre. Les hommages ont contribué à la renommée du Festival du Cinéma Américain comme celui d’ailleurs déjà rendu à Morgan Freeman en 1997 . La liste des hommagés est impressionnante comme la carrière de Morgan Freeman qui méritait largement un deuxième hommage. L’acteur  a ainsi plus de 134 films à son actif, il est « oscarisé », multi-récompensé. Pauline Kael disait de lui qu’il est « peut-être l’un des plus grands acteurs du monde ». Il a notamment décroché quatre nominations aux Oscars : celle du meilleur acteur dans un second rôle en 1987 pour La Rue de Jerry Schatzberg, celle du meilleur acteur en 1989 pour Miss Daisy et son chauffeur de Bruce Beresford – le film gagne l’Oscar du meilleur film – qui lui vaut de remporter le Golden Globe du meilleur acteur, en 1994 pour Les Evadés de Frank Darabont (photo ci-dessous extraite du film) et en 2010 pour Invictus de Clint Eastwood. En 2000, il décroche le très prestigieux Kennedy Center Honor pour l’ensemble de sa carrière et le Hollywood Actor Award au Festival du Film d’Hollywood. Il remporte l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2005 pour Million Dollar Baby de Clint Eastwood.

    Morgan Freeman

    Le Deauville Talent Award remis à Kate Beckinsale qui manifeste la volonté du Festival d’honorer des actrices qui marquent par leurs choix et par leur talent le cinéma américain d’aujourd’hui. Après Naomi Watts, Susan Sarandon, Annette Bening, Salma Hayek,  c’est donc Kate Beckinsale qui recevra cette récompense, comédienne désirée par des cinéastes tels que Kenneth Branagh, Gabriel Axel, Whit Stillman, James Ivory, Michael Bay, Lisa Cholodenko, Martin Scorsese, David Gordon Green, Rod Lurie, Baltasar Kormákur, Michael Winterbottom, Terry Jones, ou encore Brad Anderson.

    Le Deauville Talent Award remis à Sarah Jessica Parker une actrice qui se fait très rare comme l’a souligné Bruno Barde. Sarah Jessica Parker incarne le vent de liberté qui souffla sur l’Amérique à travers la série culte et emblématique Sex and the City, pour laquelle elle remporte quatre Golden Globes, puis avec les films qui suivirent, dont elle est co-productrice. Sa carrière, riche de plus de soixante rôles, alterne cinéma, aux côtés de metteurs en scène tels que Tim Burton, Garry Marshall, David Mamet, Michael Apted ou Andrew Bergman, télévision et séries notables : Glee ou Divorce. Sarah Jessica Parker démontre, tout au long de sa carrière, une aisance naturelle à aborder tous les genres, de la comédie au drame. Elle présentera Here and Now de Fabien Constant, dans lequel elle tient le rôle principal.

    Here and now Deauville 2018

    -Le Deauville Talent Award remis à Jason Clarke présent à Deauville en 2015 pour l’ouverture avec Everest qui sera ainsi rediffusé cette année. Mes photos ci-dessous ont été prises lors de cette projection.

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    Si vous voulez faire un voyage éprouvant et vertigineux sur le plus haut sommet du monde alors ce voyage auquel vous invite Everest est fait pour vous…

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    Jason Clarke démarre sa carrière de comédien en Australie, avant de séduire Hollywood et les cinéastes qui lui ont fait confiance tels que Michael Mann, qui lui offre un rôle dans Public Enemies. Star de Terminator : Genisys d’Alan Taylor, La Planète des Singes : L’Affrontement de Matt Reeves, Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, et plus récemment Everest de Baltasar Kormákur, présenté à Deauville en 2015, Jason Clarke s’est peu à peu imposé comme une figure incontournable du cinéma américain. Plus récemment, il s’est illustré dans Mudbound de Dee Rees, et Le Secret des Kennedy de John Curran (que vous pourrez découvrir lors de l’ouverture).

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    Parmi les évènements à ne pas manquer figure également le film LE SECRET DES KENNEDY de John Curran qui sera projeté en ouverture du festival le vendredi 31 août. C’est à cette occasion queJason Clarke  recevra un Deauville Talent Award.

    Synopsis : Le 18 juillet 1969, la jeune Mary Jo Kopechne, directrice de campagne du sénateur Ted Kennedy, meurt noyée après que ce dernier eut perdu le contrôle de sa voiture en tentant de traverser le tristement célèbre pont Dike, sur l’île de Chappaquiddick dans l’État du Massachusetts. Cet événement a non seulement coûté la vie à une future stratège politique proche des Kennedy, mais il a intrinsèquement changé le cours de l’histoire présidentielle, en mettant au grand jour les rouages intimes du pouvoir politique, l’influence de la plus célèbre famille des États-Unis, ainsi que la fragilité de Ted Kennedy, le fils cadet accusé d’avoir laissé mourir Mary Jo Kopechne, dans l’ombre de son héritage familial.

    Le secret des Kennedy au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018.png

    -A ne pas manquer également : Galveston de Mélanie Laurent. 

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    Galveston de Mélanie Laurent ( affiche et image ci-dessus) sortira en salles en France le 10 octobre 2018. En voici le synopsis : 1988. Les temps sont durs pour Roy, petit gangster de la Nouvelle-Orléans. La maladie le ronge. Son boss lui tend un guet-apens auquel il échappe de justesse. Une seule issue : la fuite, en compagnie de Rocky, une jeune prostituée. Deux êtres que la vie n’a pas épargné. En cavale vers la ville de Galveston, il n’ont plus rien à perdre…

    –Le prix Nouvel Hollywood remis à Elle Fanning est aussi un des évènements à ne pas manquer. Elle Fanning, à vingt ans, augure du futur, en suscitant l’engouement de cinéastes tels que Alejandro González Iñárritu, David Fincher, Sofia Coppola, Andreï Kontchalovski, J.J. Abrams, Francis Ford Coppola, Nicolas Winding Refn, Ben Affleck, John Cameron Mitchell, ou encore Woody Allen. Elle présentera Galveston, aux côtés de la réalisatrice Mélanie Laurent, dans lequel elle tient le rôle principal.

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    -Le prix Nouvel Hollywood remis à Shailene Woodley

    Révélée en 2011 par The Descendants d’Alexander Payne, et The Spectacular Now de James Ponsoldt en 2013, Shailene Woodley s’affirme en muse cinématographique dans la saga Divergente.  Gregg Araki, Oliver Stone ou Baltasar Kormákur sollicitent son talent. Sa prestation dans Big Little Lies, série remarquable de Jean-Marc Vallée, confirme les espoirs qu’elle fît naître sur tous les écrans.

     Remarque : A l’occasion des hommages et Talent awards,  vous pourrez également revoir des films de chacun des hommages et récompensés : Des hommes sans loi, Zero Dark Thirty, Everest, Miss Daisy et son chauffeur, Impitoyable, Invictus, Seven, Ed Wood, Esprit de famille, Smart people..

    – Autre évènement incontournable : le film de clôture Opération  finale de Chris Weitz en présence des acteurs Sir Ben Kingsley et Oscar Isaac, le samedi 8 septembre. Synopsis :  Quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les agences de renseignement et de sécurité intérieure israéliennes, le Mossad et le Shin Bet, dirigées par le courageux et déterminé agent Peter Malkin, échafaudent une mission secrète afin de capturer le tristement célèbre Adolph Eichmann. Déclaré mort lors du chaos qui a suivi la chute de l’Allemagne nazie, il vit et travaille désormais sous une nouvelle identité dans la banlieue de Buenos Aires en Argentine avec sa femme et ses deux fils…

    Opération finale Festival de Deauville

    -la compétition qui comme chaque année permet de découvrir des pépites et  nous permet de dresser un état des lieux de l’Amérique (voir plus bas la liste des films en compétition, retrouvez trois affiches de films en lice ci-dessous).

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    Blindspotting Deauville

     
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    -Autre évènement absolument incontournable : le prix du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville créé spécifiquement pour LES FRERES SISTERS de Jacques Audiard auquel il sera décerné en présence de l’équipe du film

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    Voici une projection qui devrait en effet créer l’évènement lors de ce 44 ème Festival du Cinéma Américain de Deauville.  JACQUES AUDIARD,  JOAQUIN PHOENIX,   JOHN C. REILLY, ALEXANDRE DESPLAT et THOMAS BIDEGAIN seront couronnés à Deauville le 4 septembre. Je vous ferai bien sûr vivre cette projection exceptionnelle. « Le Festival du Cinéma Américain de Deauville crée pour la première fois cette année le Prix du 44e Festival du Cinéma Américain de Deauville. Celui-ci sera remis au film Les Frères Sisters de Jacques Audiard en présence de l’équipe du film, pour les qualités de sa mise en scène, pour la force de l’interprétation de quatre acteurs majeurs du cinéma américain contemporain – John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, et Riz Ahmed – pour saluer les producteurs, grâce à qui un projet si noble a pu naître. Pour, enfin, célébrer une œuvre qui porte l’espoir d’un monde meilleur, d’une résipiscence possible Pour toutes ces raisons, il nous a paru naturel qu’un tel travail soit récompensé d’une manière inhabituelle, originale et exceptionnelle» a déclaré Bruno Barde le Directeur du Festival.

    Synopsis

    Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

    – Autre moment qui s’annonce comme magique : la cérémonie du palmarès (pour laquelle je vous ferai gagner des places ) lors de laquelle le violoniste virtuose Renaud Capuçon  interprètera deux extraits de musiques de films tirés de son nouveau disque sobrement intitulé Cinéma (sortie le 12 octobre 2018), enregistré avec le Brussels Philharmonic, sous la direction de Stéphane Denève. Lors de la cérémonie du palmarès il interprètera la musique du Mépris et de La Liste de Schindler. 

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    Les documentaires dans la section Docs de l’oncle Sam nous réservent sans aucun doute aussi comme chaque année de belles surprises, notamment  celui sur la première femme cinéaste  SOYEZ NATUREL: L’HISTOIRE INÉDITE D’ALICE GUYBLACHÉ ou

    Alice 

    encore THE GREAT BUSTER: A CELEBRATION de  Peter Bogdanovich.

    -Parmi les documentaires à découvrir, j’ai notamment sélectionné RBG de Betsy West et Julie Cohen.

     
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    Synopsis de RBG de Betsy West et Julie Cohen (sortie en salles le 10 octobre 2018) : A 85 ans, RUTH BADER GINSBURG, est devenue une icône de la pop culture . Juge à la cour suprême des Etats-Unis, elle a construit un incroyable héritage juridique. Guerrière, elle s’est battue pour l’égalité hommes/femmes, et toutes formes de discrimination. Son aura  transgénérationnelle dépasse tous les clivages, elle est aujourd’hui l’une des femmes les plus influentes au monde et le dernier rempart anti-Trump. Betsy West et Julie Cohen nous font découvrir la fascinante vie de celle que l’on nomme désormais  « Notorious RBG »

    -Comme chaque année, le prix littéraire Lucien Barrière créera aussi  l’évènement. Cette année il sera remis  à John Grisham qui, le mercredi, dédicacera son livre récompensé Le cas Fitzgerald (je vous en parlerai bientôt plus en détails dès que j’aurai terminé la lecture de celui-ci).

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    A l’occasion de ce prix, trois films adaptés de livres de John Grisham seront ainsi projetés : La Firme, le droit de tuer et L’Affaire Pélican.

    -Lors de la cérémonie du Palmarès du Festival du Cinéma Américain de Deauville, un jury international composé de journalistes anglo-saxons et présidé par Jean-Guillaume d’Ornano remettra officiellement le Prix d’Ornano-Valenti 2018 au film lauréat de cette année : Les Chatouilles d’Andréa Bescond & Éric Métayer. Ce prix chaque année révèle de grands cinéastes et talents. Ce fut notamment le cas de Stéphane Brizé avec Le Bleu des villes.

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    Créé en 1991 par les compagnies membres de la Motion Picture Association (MPA) – association regroupant six studios de production et de distribution de films américains –, le Prix Michel d’Ornano – dédié à la mémoire de l’ancien ministre, maire de Deauville et cofondateur du Festival du Cinéma Américain – récompense un premier film français, dans le but d’aider à sa reconnaissance, sa promotion et son exportation. En 2015, le Prix est rebaptisé Prix d’Ornano-Valenti en hommage conjoint à Jack Valenti, initiateur du Prix, et à l’amitié qui unit en son temps les deux hommes et leurs familles, tous très attachés au Festival du Cinéma Américain de Deauville.

    Synopsis :

    Odette a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie…  Sortie le 14 novembre 2018.

    The Son

    –Deauville saison 9. Le meilleur des séries TV en avant-première, la rencontre des écritures cinématographiques et télévisuelles par ceux qui tiennent la plume. En entrée libre. Au programme cette année : Condor  de Jason Smilovic (Basée sur le roman Les Six jours du Condor de James Grady et son adaptation cinématographique Les Trois jours du Condor réalisée par Sydney Pollack en 1975, la série suit Joe Turner, un jeune agent de la CIA qui découvre que des millions de vies sont en danger) et The son de Philipp Meyer, Brian McGreevy, Lee Shipman (Le roman Le Fils de Philipp Meyer, dont s’inspire la série The Son, est nommé au Prix Pulitzer et fut l’un des best-sellers figurant sur la liste des meilleures ventes du New York Times lors de sa parution en 2013. The Son est une grande saga qui s’étend sur 150 ans et trois générations de la famille McCullough, et retrace l’histoire de la transformation d’Eli : un homme simple à la bonté sincère en un être violent et calculateur. Sa cruauté sans fin et sa quête insatiable du pouvoir vont avoir des répercussions sur sa lignée familiale, à mesure que les McCulloughs deviennent l’une des dynasties pétrolières les plus riches du Texas.).

    Harry Potter

    –la séance enfants Harry Potter à l’école des sorciers de Chris Colombus

    44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018 1

    COMMENT SUIVRE LE FESTIVAL :

    Pour tout savoir sur le festival, je vous encourage ainsi à suivre les réseaux sociaux du CID ( son Instagram, son compte twitter et sa page Facebook) et si vous voulez d’ores et déjà réserver votre pass public, vous pouvez le faire sur le site internet du CID dont la billetterie se trouve ici.

    Pour avoir toutes les informations sur le festival, vous pouvez aussi suivre son site officiel (et y trouver toutes les informations nécessaires pour vous y accréditer si vous êtes « professionnel de la profession »), son Facebook, son Instagram, son Twitter

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    Comme chaque année depuis une vingtaine d’années, j’aurai le plaisir de suivre le festival de l’ouverture à la clôture, de vous le faire suivre sur mes blogs, réseaux sociaux, mais aussi dans la presse, dans le journal Paris-Normandie. Plus que jamais cette année, je vous ferai vivre le festival de l’intérieur, ici, sur mon blog entièrement consacré à Deauville, Inthemoodfordeauville.com, sur Inthemoodforfilmfestivals.com également avec sur ces derniers comme chaque année le compte rendu complet et détaillé du festival et en amont toutes les informations sur celui-ci, mais aussi bien sûr sur mes réseaux sociaux, sur mon compte twitter principal (@Sandra_Meziere), sur mon compte twitter consacré à Deauville (@moodfdeauville), sur mon compte Instagram (@sandra_meziere) et sur la page Facebook d’Inthemoodfordeauville.com (http://facebook.com/inthemoodfordeauville) et sur celle d’Inthemoodforcinema.com (http://facebook.com/inthemoodforcinema).

    Vous pouvez également retrouver le Festival du Cinéma Américain de Deauville dans mon recueil de 16 nouvelles sur le cinéma Les illusions parallèles (Editions du 38). Je vous attends d'ailleurs en dédicace de celui-ci et de mon roman L'amor dans l'âme (qui se déroule dans le cadre du Festival de Cannes), pendant le Festival du Cinéma Américain de Deauville,  le jeudi 6 septembre à la Librairie Jusqu'aux lueurs de l'aube de Deauville située au 88 rue Eugène Colas (en plein centre, à deux pas du CID). Cliquez ici pour en savoir et n'hésitez pas à vous inscrire à la page de l'évènement Facebook et à la partager. Au plaisir de vous y (re)voir pour parler livres et cinéma.

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    En partenariat avec le CID, j’ai le plaisir, comme chaque année également, de vous faire gagner des pass journaliers et deux invitations pour la cérémonie de clôture. Quelques pass ont déjà été gagnés. D’autres ainsi que les invitations pour la clôture seront bientôt mis en jeu sur mes réseaux sociaux précités.

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    Composition des deux jurys :

    La présidente du jury sera la comédienne Sandrine Kiberlain, voilà déjà une belle promesse pour cette édition 2018. A cette occasion, je vous propose ma critique de Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé, une critique d’autant plus à-propos que Stéphane Brizé sera également membre du jury, l’occasion de vous livrer également ma critique du dernier film du cinéaste, En guerre.

    Cliquez ici pour lire ces deux critiques dans mon article précédent consacré

    au jury du festival.

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     Sandrine Kiberlain sera accompagnée de :

    Sabine AZEMA

    Comédienne

    Alex BEAUPAIN

    Auteur-compositeur-interprète

    Leila BEKHTI

    Comédienne

    Stéphane BRIZÉ

    Réalisateur & scénariste

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    Photo de Stéphane Brizé ci-dessus prise lors de la conférence de presse du film En guerre à l’occasion du Festival de Cannes 2018.

    Sara GIRAUDEAU

    Comédienne & réalisatrice

    Xavier LEGRAND

    Réalisateur, scénariste & comédien

    Pierre SALVADORI

    Réalisateur, scénariste & comédien

    Leïla SLIMANI

    Romancière

    Jury Révélation Festival du cinéma Américain de Deauville 2018.jpg

    Le jury révélation sera présidé par Cédric Kahn, il sera constitué de :

    -Hubert CHARUEL

    Réalisateur & scénariste

    -François CIVIL

    Comédien

    -Karim LEKLOU

    Comédien

    -Kate MORAN

    Comédienne

    Depuis 2006, le Prix de la Révélation du Festival du Cinéma Américain de Deauville récompense une œuvre originale qui révèle un auteur prometteur. Cette année, pour la première fois, la Fondation Louis Roederer s’associe à ce prix.

     Compétition 2018

    Ci-dessous la liste des films en compétition

    AMERICAN ANIMALS

    AMERICAN ANIMALS de Bart Layton

    BLINDSPOTTING

    BLINDSPOTTING de Carlos López Estrada

    DEAD WOMEN WALKING

    DEAD WOMEN WALKING de Hagar Ben-asher

    DIANE

    DIANE de Kent Jones

    FRIDAY’S CHILD

    FRIDAY’S CHILD de A.j. Edwards

    LEAVE NO TRACE

    LEAVE NO TRACE de Debra Granik

    MONSTERS AND MEN

    MONSTERS AND MEN de Reinaldo Marcus Green  | Kris Bowers

    NANCY

    NANCY de Christina Choe

    NIGHT COMES ON

    NIGHT COMES ON de Jordana Spiro

    PUZZLE

    PUZZLE de Marc Turtletaub

    THE KINDERGARTEN TEACHER

    THE KINDERGARTEN TEACHER de Sara Colangelo

    THE TALE

    THE TALE de Jennifer Fox

    THUNDER ROAD

    THUNDER ROAD de Jim Cummings

    WE THE ANIMALS

    WE THE ANIMALS de Jeremiah Zagar

    PREMIERES 2018

    Ci-dessous la liste des Premières 2018.

    ARCTIC

    ARCTIC de Joe Penna

    GALVESTON

    GALVESTON de Mélanie Laurent  | Eugénie Jacobson

    Harry Potter and the Sorcerer’s Stone

    HARRY POTTER À L’ÉCOLE DES SORCIERS de Chris Columbus

    HERE AND NOW de Malcom Jamieson  | Javier Aguirresarobe  | Fabien Constant  | Amie DohertyHOT SUMMER NIGHTS

    HOT SUMMER NIGHTS de Elijah Bynum

    Chappaquiddick

    LE SECRET DES KENNEDY de John Curran

    The Sisters Brothers

    LES FRÈRES SISTERS de Jacques Audiard

    LINE OF FIRE de Joseph Kosinski

    OPERATION FINALE

    OPERATION FINALE de Chris Weitz

     

    OPHELIA de Claire McCarthy

     

    PEPPERMINT de Pierre Morel

    Searching

    SEARCHING : PORTÉE DISPARUE de Aneesh Chaganty

    LES DOCS DE L’ONCLE SAM

    Ci-dessous, la liste des documentaires projetés cette année.

     

    ELVIS PRESLEY: THE SEARCHER

    ELVIS PRESLEY: THE SEARCHER de Thom Zimny

     

    HAL de Amy Scott

     

    NICE GIRLS DON’T STAY FOR BREAKFAST

     

    NICE GIRLS DON’T STAY FOR BREAKFAST de Bruce Weber

     

    RBG – RUTH BADER GINSBURG

    RBG – RUTH BADER GINSBURG de Betsy West  | Julie Cohen

    SOYEZ NATUREL : L’HISTOIRE INEDITE D’ALICE GUYBLACHE de Pamela B. Green

    THE GREAT BUSTER: A CELEBRATION de Peter Bogdanovitch

    WHITNEY de Kevin Macdonald

     

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    FLASHBACK SUR LE FESTIVAL DE DEAUVILLE 2017

    Comme chaque année, l’an passé, la compétition (14 films étaient en lice) nous permettait de dresser un état des lieux de l’Amérique contemporaine. En 2016, le festival avait récompensé du Grand Prix Brooklyn Village, huitième film d’Ira Sachs. En VO, le film s’intitule Little Men, et s’il désigne les enfants, ces « petits hommes » désignent aussi les adultes du film, tels qu’ils sont dans le regard de leurs enfants, ou tels que chaque adulte reste finalement à jamais, portant simplement le masque de l’adulte mais demeurant aussi perdu, écartelé, et parfois démuni devant les difficultés de l’existence. Un film pudique, délicat, sensible avec des personnages humains, pas des super-héros mais des êtres faillibles et attachants écrits avec une extrême délicatesse, nuancés comme la vie. Je pourrais en dire tout autant du magnifique The Rider de Chloé Zhao couronné du Grand Prix 2017 qui illustrait une des thématiques récurrentes de cette édition : la difficulté de remonter en selle après un drame. La plupart des personnages des films en compétition de l’an passé étaient en effet hantés par un drame ou la mort, au propre comme au figuré, et en quête : de leur identité, d’un ailleurs, d’un sursaut. Des personnages en quête de repères.  Ce sont d’ailleurs davantage les personnages de cette édition 2017 qui nous restent en mémoire que les scénarii des films, des personnages qui semblent  reliés par le fil invisible d’une douleur et d’une perte indicibles : l’inconsolable fantôme C (A ghost story), les pères et fils Bill et Wes Palet (The Bachelors) et leur deuil difficilement surmontable, le jeune Frankie (Beach Rats) en quête d’identité alors que son père est à l’agonie, Jerod ( Blueprint) lui aussi en quête d’identité après le décès de son meilleur ami, la naïve et bienveillante Katie (Katie says Goodbye ), la jeune orpheline Mary de Marc Webb, Dayveon dans Stupid things de Amman Abbasi, sans oublier les deux frères de Gook, Eli et Daniel eux aussi rudement éprouvés… Des personnages attachants broyés par la vie qui, au dénouement des films, bien souvent partiront pour prendre un nouveau départ. Comme si la solution était ailleurs. Loin de cette Amérique blessée portant les plaies béantes de la violence, de l’intolérance, du racisme.

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    Plus que des fictions, les films en lice étaient souvent le témoignage d’une réalité âpre. Ainsi, lors de la présentation de Blueprint, le réalisateur nous a expliqué que le film était dédié à Curtis Posey, un des acteurs présent dans le film et décédé quelques mois plus tôt lors d’un règlement de compte entre gangs. «Nous avons tourné ce film dans le South Side de Chicago qui fait aujourd’hui les gros titres à cause du nombre de meurtres. On compte aujourd’hui soixante meurtres par mois. Nous avons tourné dans le ventre de la bête. Et pour vous donner une idée de la situation tragique dans laquelle nous sommes actuellement, depuis que le film a été tourné, nous avons perdu un des acteurs du film», avait-il ainsi déclaré.

    Ce Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017 nous dressait ainsi le portrait d’une Amérique déboussolée, sans doute a fortiori après l’élection à sa tête d’un personnage déroutant (euphémisme). Au programme, ainsi, l’an passé, la violence subie par les différentes communautés ou entre communautés qui se replient sur elles-mêmes. Une Amérique communautaire en proie à la violence.

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    Le Festival de Deauville plus que jamais se revendique et se différencie comme le révélateur et l’éclaireur du cinéma indépendant et des jeunes artistes, nous donnant à voir une autre Amérique, moins flamboyante que ce que laissaient autrefois voir les blockbusters qui y étaient projetés, avec la bannière étoilée flottant fièrement dans l’air au dénouement. Plus que jamais, en 2017, le cinéma nous dévoilait l’envers du décor de l’American dream, et même son échec. Une Amérique qui n’est pas un Eldorado mais au contraire une prison de violence dont les personnages (souvent attachants mais broyés par l’existence) ne rêvent que de s’échapper. Une Amérique pétrie de contrastes et contradictions dont les enfants doivent bien souvent renoncer à leurs rêves pour continuer à avancer. Des enfants confrontés très tôt à des responsabilités d’adultes, délaissés par des parents immatures, à l’image de cette Amérique qui abandonne ceux qu’elle a enfantés, ces rêveurs d’hier confrontés à la rude réalité, à leurs châteaux de verre qui ne sont que mirages ou qui s’écroulent pour reprendre le titre du splendide film de clôture. Si les films présentés en avant-première se distinguaient par leur diversité (de thèmes, de décors, d’époques), ils mettaient souvent en avant le courage face à l’adversité, des destins hors du commun.

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    Cliquez ici pour lire mon compte rendu complet du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017 avec le compte rendu de tous les films en compétition, des avant-premières et des hommages dont vous trouverez quelques-uns de mes clichés ci-dessous.

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    Photos ci-dessus ©  Sandra Mézière

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    Photo ci-dessus © Dominique Saint

    L’édition 2017 du festival avait aussi une saveur toute particulière pour moi puisque j’ai eu le plaisir d’y dédicacer mon premier roman L’amor dans l’âme (dont un chapitre se déroule d’ailleurs dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville) et mon recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma Les illusions parallèles (dont deux nouvelles se déroulent dans le cadre du festival en question), une dédicace qui a eu lieu à l’hôtel Barrière Le Normandy, là où furent tourner de mémorables scènes du chef-d’œuvre de Claude Lelouch Un homme et une femme, un lieu et un film dont je parle d’ailleurs aussi dans les livres en question. La mise en abyme était donc parfaite. Etrange, déroutante, réjouissante aussi. L’occasion de belles rencontres (au premier rang desquelles Caroline la libraire de l’incontournable librairie deauvillaise Jusqu’aux lueurs de l’aube,  cet article est pour moi l’occasion de la remercier à nouveau pour son soutien -vous pouvez d’ailleurs toujours y trouver les livres en question-, de même que le CID et la Mairie de Deauville pour l’écho donné à cette dédicace).

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    NOUVEAUTE 2018 POUR LES SEANCES DU SOIR 

    Nouveauté de cette édition mise en place par le CID : vous pourrez désormais acheter vos cartes d’accès et ainsi être assurés d’assister aux séances du tapis rouge le soir. Tout est très bien expliqué dans ce schéma ci-dessous. Ainsi, vous n’aurez plus à attendre pour récupérer vos places comme c’était le cas les années précédentes. Vous ne manquerez ainsi plus les séances pendant l’heure de retrait des places. Pour en savoir plus, rendez-vous sur cette page sur laquelle vous pourrez également réserver vos pass.

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    EN COMPLEMENT – BONNES ADRESSES :

    Si vous voulez venir à Deauville, retrouvez également, ici, toutes mes bonnes adresses d’hôtels et restaurants.

    Vous en trouverez également de nombreuses sur mes comptes Instagram @sandra_meziere et @leshotelsdeluxe avec, également, de nombreux clichés de Deauville qui devraient vous inciter à venir découvrir le festival et la ville si vous ne les connaissez pas encore.

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    Dans ma rubrique « bonnes adresses » sur http://inthemoodfordeauville.com, retrouvez notamment, le compte rendu de mon séjour au Royal Barrière pendant le Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017, hôtel partenaire officiel du festival.

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    Dans la rubrique « bonnes adresses », vous trouverez également de nombreux restaurants comme La Cantine de Deauville, meilleure brasserie de Deauville au sujet de laquelle vous pourrez retrouver mon article détaillé, ici.

    Je vous donne rendez-vous dès le 30 août en direct de Deauville… A très bientôt et bon festival à tous !

    Retrouvez également cet article sur Inthemoodforfilmfestivals.com et Inthemoodforcinema.com.