Le prix Michel d’Ornano a été créé en 1991 par les compagnies membres de la Motion Picture Association, ce prix est dédié à la mémoire de Michel d’Ornano (ancien ministre, ancien maire de Deauville, et un des initiateurs du Festival du Cinéma Américain).
Depuis 1992, ce prix récompense le meilleur traitement de scénario de long métrage d’un jeune scénariste français.
En 1998, ce prix a pris une nouvelle orientation, le concours portant sur des premiers scénarios français adaptés à l’écran.
Liste des prix Michel d'Ornano depuis 1992:
1992 : Claire Aziza
1993 : Hélène Woillot
1994 : Marie-Hélène Saller
1995 : Gilles Maençon
1996 : Christophe Mardellet et Eric Verhnes
1997 : Gilles Malençon
1998 : Siegfried pour « Louise (take2) » de Siegfried
1999 : Florence Vignon et Stéphane Brizé pour « Le bleu des villes » de Stéphane Brizé
2000 : Virginie Wagon et Eric Zonca pour « Le secret » de Virginie Wagon
2001 : Gilles Paquet-Brenner pour « Les jolies choses » de Gilles Paquet-Brenner
2002 : Claude Duty, Jean-Philippe Barrau et Pascale Faure pour « Filles perdues, cheveux gras » de Claude Duty
2003 : Julie Bertucelli et Bernard Renucci pour « Depuis qu’Otar est parti » de Julie Bertucelli
2004 : Eléonore Faucher et Gaëlle Macé pour « Brodeuses » de Eléonore Faucher
2005 : Karin Albou pour « La petite Jérusalem » de Karin Albou
2006 : « La faute à Fidel » co-écrit et réalisé par Julie Gavras
2007 : ?
Je vous propose ci-dessous les critiques de deux très beaux films emblématiques de ce prix :
« La petite Jérusalem » de Karin Albou : prix Michel d’Ornano 2006
La petite Jérusalem est un quartier de Sarcelles, en banlieue parisienne où de nombreux juifs ont émigré. Laura (Fanny Valette), 18 ans, est tiraillée entre son éducation religieuse et ses études de philosophie qui la passionnent et lui offrent une autre vision du monde. Alors que sa sœur Mathilde (Elsa Zylberstein) tente de redonner vie à son couple, Laura succombe à ses premières émotions amoureuses. Karin Albou « esquive », avec la même subtilité que le film éponyme, ce qui aurait pu être une caricature sur la banlieue, nous livrant un film au discours et aux questionnements identitaires et philosophiques universels. Le titre renvoie autant à la judéité qu’à la féminité, au fond les deux sources d’atermoiement du personnage principal. Est-on libre en enfreignant la loi ou en la respectant ? Loi du désir ou loi religieuse ? Loi philosophique ou Torah ? Laura oscille entre l’un et l’autre, entre ses désirs et la raison, sa liberté et la loi, le choix de sa propre loi ou l’obéissance à la loi -religieuse- pour finalement trouver le chemin de sa propre liberté. Je vous laisse découvrir l’itinéraire tortueux et passionnant, passionné aussi, qu’elle aura emprunté pour y parvenir. Karin Albou nous fait cheminer dans sa conscience fiévreuse, sans jamais juger, nous laissant parfois choisir, douter avec elle, nous renvoyant habilement et constamment à nos propres questionnements. Un film sur le doute amoureux, philosophique, religieux qui n’en laisse planer aucun quant au talent de sa réalisatrice et de son interprète principale. Les dialogues sont aussi bien écrits que les silences, admirablement filmés, plongés dans une obscurité métaphorique. Un film intense sur la liberté. Libre. Mon coup de cœur du festival 2006…du film américain, aussi français soit-il.
« La faute à Fidel » de Julie Gavras : prix Michel d’Ornano 2007
Film écrit par Julie Gavras avec Arnaud Cathrine d’après le roman « Tutta Colpa di Fidel » de Domitilla Calamai, produit par la veuve de Pialat, Sylvie Pialat. Anna a neuf ans. Pour elle, la vie est simple, faite d’ordres et d’habitudes. Une vie qui se déroule confortablement entre Paris et Bordeaux. Sur une période d’un an, entre 1970 et 1971, Anna voit sa vie bouleversée par l’engagement politique de ses parents. Le film commence par un mariage, dans un cadre bourgeois, autour d’une table d’enfants sagement assis, bien droits, bien coiffés, respectueux des convenances, séparés les uns des autres par un silence assourdissant. Il s’achève dans une cour d’école. Les enfants portent des vêtements colorés, dansent en rond et se tiennent la main. Une année sépare ces deux scènes, une année de bouleversements pour cette petite fille qui assiste, incrédule puis furieuse puis révoltée puis complice aux bouleversements de son existence. Des espoirs, une révolte aussi, naissent pour ses parents, le monde change pour eux, le monde s’écroule pour elle. A travers son regard à la fois clairvoyant et d’une touchante naïveté pour qui tout ça c’est « la faute à Fidel », défile toute une époque : le franquisme, l’émancipation féminine, la prise de pouvoir par Allende au Chili etc. Un film qui évolue peu à peu vers la lumière portée par une musique elle aussi très lumineuse. Une cinéaste très prometteuse. Un film émouvant, intelligent, drôle aussi, aux dialogues incisifs et jamais « enfantins ». A voir absolument !
Sandra.M



Les Journées Romantiques du Festival de Cabourg
Ce Festival du Cinéma Américain de Deauville, le premier auquel j’ai assisté, je le connais plus que bien, depuis ce jour de 1994 où je me retrouvai à Deauville, un jour de Festival du Cinéma Américain évidemment. Un beau jour de 1994… Hasards et coïncidences comme les affectionne un célèbre inconditionnel de Deauville dont une place, inaugurée l’an passé, porte enfin le nom. Hasards et coïncidences, comme je les affectionne aussi.
jury de cinéphiles de son Festival du Film
Asiatique en 2005, son petit frère du mois de mars qui grandit magnifiquement et attire chaque année davantage de cinéphiles.
Américain de Deauville, de l’ouverture à la clôture. Rendez-vous délicieusement immuable. Malgré la tentation vénitienne. (
nostalgique. Terre de contrastes et paradoxes. C’est Al Gore qui vient présenter son sidérant documentaire contre le
réchauffement climatique et dire des "vérités qui dérangent". Ce sont aussi les films au dénouement desquels flotte glorieusement et insolemment la bannière étoilée. Deauville, c’est la discrétion et la tonitruance. C’est Cannes sans l’exubérance. C’est le luxe avec la convivialité. Ce sont les premiers balbutiements de jeunes cinéastes et la consécration de leurs aînés. C’est Kirk Douglas qui marche difficilement mais non moins majestueusement sur la scène
ainsi Gus Van Sant qui vient présenter Gerry, la quintessence du film indépendant, non moins sublime. C’est aussi Sylvester Stallone qui vient présenter son dernier film. C’est un festival qui satisfait à la fois les amateurs de cinéma d’action et les cinéphiles les plus exigeants, les spectateurs et les "professionnels de la profession". Ce sont James Ellroy, Meryl Streep, Geena Rowlands ou tant d’autres qui stupéfient l’assistance lors de mémorables conférences de presse. C’est Cyd Charisse qui esquisse quelques pas de danse sur la scène du CID. Ce sont des soirées interminables à refaire le monde du cinéma sous les
étoiles dans la villa Canal plus-Orange-Cartier, selon les époques et les sponsors, et pas seulement les étoiles de la bannière. C’est Paul Haggis qui y gagne ses premiers galons de réalisateur en remportant le grand prix du festival avec Collision, qui sera ensuite couronné par les Oscars. Ce sont Steve Buscemi ou Charlie Kaufman qui y donnent de passionnantes leçons de cinéma. C’est Joel Grey qui entonne avec grâce quelques notes dans un CID silencieusement 
inoubliable et inégalable : Spielberg-Lucas-Coppola. Ce sont Tom Di Cillo, Jonathan Nossiter, Karyn Kusama, John Cameron Mitchell… qui ont vu leurs films présentés en compétition officielle, couronnés.
Planches d’une luminosité incomparable comme sortie d’un songe d’une nuit d’été. Des feux de couleurs bleu blanc
rouge. Comme un film de Kieslowski. A Deauville, le cinéma américain se met en effet à l’heure européenne. Deauville, c’est ainsi aussi le prix Michel d’Ornano qui récompense le meilleur traitement de scénario de long métrage d’un jeune scénariste français. C’est encore le Panorama, et le prix littéraire. Ce sont aussi les hommages qui ont amené à Deauville les plus grands noms du cinéma américain. C’étaient auparavant des courts métrages de grande qualité dont on peut regretter
la disparition de la compétition il y a quelques années et dont nous espérons le retour pour cette édition 2007. Ce sont enfin et surtout tous ces souvenirs indicibles amoncelés qu’un édito ne pourrait retranscrire… Deauville ne ressemble à aucun autre festival.
J’espère donc vous faire partager cette passion, vous donner à votre tour envie d’arpenter
nonchalamment et rêveusement les planches sur lesquelles s’égrènent les noms de tous ceux qui ont laissé une empreinte et un souvenir vivace dans la mémoire de ce festival, vous donner envie de vous laisser conquérir par un cinéma différent, vous donner envie de faire les Christophe Colomb du septième art, découvreurs de l’Amérique, d’une autre Amérique parfois, blessée et moins insolente, ou à défaut vous faire vivre ce festival comme si vous y étiez.
Ce blog sera dans le même esprit que
interviews, des vidéos, des sondages, toutes les informations pratiques pour venir au festival, le programme détaillé, des reportages sur l’atmosphère du festival, et bien entendu de très nombreuses critiques de films.
Je vous invite également à laisser vos souhaits concernant ce blog et vos éventuelles suggestions,
dans les commentaires ci-dessous.
