Trois nouveaux films en compétition étaient projetés aujourd’hui mais comme le temps me manque, j’ai choisi d’évoquer les deux films les plus marquants de cette journée qui s’inscrivent d’ailleurs de nouveau dans la thématique leitmotiv évoquée ces deux précédents jours, un des deux films en question, s’intitulant même « Claustrophobia ». Depuis le début de la sélection, sont en effet projetés des films qui témoignent d’une Asie (d’un monde ?) suffocant, claustrophobe, épris d’une inaccessible liberté, et souffrant d’une douleur sourde. Si ces films témoignent d’une noirceur incontestable, ils témoignent aussi, une nouvelle fois de la richesse et la diversité du cinéma asiatique même s’il m’a semblé cette année moins inventif, et en tout cas moins poétique et lyrique, plus réaliste et brutal, cherchant lui aussi, peut-être, son nouveau souffle.
« Claustrophobia » de Ivy Ho (Hong Kong)
Synopsis : Pearl, la vingtaine, travaille au sein du département marketing d'une entreprise. Elle se sent de plus en plus attirée par son supérieur, Tom, marié et père de famille. Elle est à son service depuis quelques temps déjà. Tom est un patron agréable, aimable et tolérant autant que faire se peut mais personne ne sait vraiment qui se cache derrière ce visage avenant.
Dès les premiers plans, dans l’habitacle étouffant de la voiture (où se déroulera une grande partie du film sans que ce ne soit jamais lénifiant ou répétitif), la tension est palpable. A l’arrière, une jeune femme, tristement rêveuse attire notre attention. En sept scènes rétrospectives nous allons comprendre la raison de sa tristesse. Là où la construction (comme souvent) aurait pu concentrer toute l’attention de la réalisatrice et être le seul intérêt du film, c’est ici un véritable outil scénaristique qui renforce l’impression de claustrophobie, également temporelle puisque nous connaissons l’inéluctable issue. L’enfermement (que tout concourt à évoquer : la tentaculaire métropole hongkongaise, un aquarium etc) est autant celui d’un amour insoluble que celui de l’entreprise dans laquelle travaillent Pearl et Tom. Ce qui aurait pu être une banale histoire d’amour, par cette habile construction, devient une histoire palpitante dans laquelle la réalisatrice ausculte le moindre geste, le moindre regard, la moindre parole qui, pris à rebours, révèlent leur double et terrible sens. La réalisation se met évidemment subtilement au service de cette claustrophobie pour enfermer les visages dans le cadre. Ce qui aurait été simplement touchant, avec une banale chronologie devient alors poignant. Le tout est nimbé d’une lumière bleutée, d’une mélancolie qui révèle ainsi sa violence sans un bruit, sans un coup. Si ce n’est celui que nous porte ce film. Droit au cœur. « Claustrophobia » est le premier film en tant que réalisatrice de Ivy Ho, très reconnue en tant que scénariste et son talent d’écriture se ressent dans chacun de ses plans ou de ses mots auxquels notre attention qu’elle parvient à capturer et captiver ne cesse d’être suspendue du premier au dernier plan.
« The Shaft » de Zhang Chi (Chine)
Synopsis : Trois histoires racontent la vie d'une famille de mineurs dans les montagnes de la chine occidentale. La fille veut démarrer une nouvelle vie mais doit choisir entre l'amour ou la réalisation de ses rêves. Son frère veut devenir chanteur plutôt que mineur. Enfin, le père, tout juste retraité, essaie de retrouver sa femme disparue.
Il y a des films qui, par la grâce de leur mise en scène, vous happent dès leurs premiers plans, empreints comme ici d’un silence aussi profond et lourd de sens que monotone, et d’une tragique beauté. Les paysages, de désolation, de déconstruction, saisissants de tristesse, reflètent savamment celle des personnages, et leur avenir déjà en ruines. Zhang Chi ne juge jamais ses personnages mais les accompagne dans leur morne quotidien, mais aussi dans leurs relations empreintes de pudeur, avec beaucoup de finesse et de tact. Si cette histoire est profondément ancrée dans un cadre spatiotemporel bien précis, elle rejoint l’universel en nous parlant de rêves qui achoppent ou qui renaissent, de rêves d’un ailleurs et d’un avenir inaccessibles, et d’un espoir qui surgit de celui dont on l’attendait le moins, et nous porte et nous emporte sur cette magnifique route qui serpente, certes, mais qui monte malgré tout, chemine vers un avenir peut-être meilleur. Un film qui nous bouleverse en silence. Probablement un des lauréats de cette 11ème édition qui porte les germes d’un grand réalisateur et fait beaucoup songer à Jia Zhang Ke dont il évoque d’ailleurs un des thèmes fétiches :celui des disparités et des contradictions d’un pays en pleine mutation.
A suivre demain soir sur « In the mood for Deauville » : l’intégralité du palmarès en vidéos et images, un palmarès que je commenterai évidemment ayant vu tous les films de la compétition (je verrai « All around us » demain). Suite à un petit problème de mise en ligne des vidéos, pas de vidéos aujourd’hui mais vous pourrez prochainement retrouver ici toutes les vidéos de présentation des films ainsi que celles de l’hommage à Lee Chang-dong. Je vous reparlerai également ultérieurement de ces films qui le méritent, réellement. Demain matin sera projeté le dernier film de cette compétition officielle. Ceux que je vous recommande pour le moment : « Claustrophobia », « L’enfant de Kaboul », « Firaaq », « Naked of defenses », « Trivial matters » et évidemment « The shaft . »
Sandra.M


















Le premier de ces 4 films, déjà primé à Sundance et signé Jeffrey Blitz, est un film sur l’adolescence, thème que le festival de Deauville affectionne chaque année tout particulièrement pour sa compétition officielle. "Rocket science" se démarque des films sur ce même thème par son écriture, singulière, précise, mélodieuse et poétique, voire surréaliste, par le talent de ses jeunes interprètes, par l’universalité des sentiments qu’il retranscrit, par l’ingratitude de l’adolescence qu’il traduit. Blitz s’est inspiré de son expérience personnelle (lui-même bégayait et excellait dans les concours de débats). Contrairement à nombre de films américains sur ce même thème, il ne fait pas l’apologie de l’excellence, n’est pas moralisateur et ne nous endort pas par une naïveté confondante. Il prône plutôt le dépassement de soi, l’apprentissage de la confiance en soi malgré les difficultés de l’existence qu’il n’élude pas (parents divorcés, un bégaiement qui ne se guérira pas miraculeusement). Blitz avait déjà été nommé aux Oscars pour « Spellbound » un documentaire sur les concours d’épellation nationaux. « Rocket science » a également été primée à Sundance. Le jury de la révélation Cartier présidé par Gaël Morel lui a décerné son prix.
beaucoup de pudeur et de sensibilité, Gina Kim filme le malaise qui se transforme en désir puis en amour et dresse un magnifique portrait de femme amoureuse guidée par ses sentiments et en proie aux affres de la passion irrépressible. Dans un cinéma qui filme de plus en plus la vie en noir et blanc, ou simplement en rose, ce film d’un rouge éclatant est bouleversant, malgré (et à cause de ) sa lumière crépusculaire, il dépasse de loin les autres films la compétition. Gina Kim filme l’ambiguïté des sentiments, le désir amoureux -et le désir d’enfant-, avec en toile de fond l’immigration clandestine. Son film est un « thriller amoureux ». Gina Kim c’est le mariage de Truffaut et Wong Kar Wai. Je vous invite donc à voir ce « Never forever » qui nous immerge dans la fragilité des sentiments. A jamais ou pour toujours. Never ou forever. Si on ne peut jamais dire toujours, l’important c’est d’aimer… « Never forever » a reçu le prix du jury de ce 33ème Festival du Cinéma Américain pour son « mystère » et son « audace » qui a « touché » le jury comme l’a souligné André Téchiné.


