07.03.2010

Hommage à Brillante Mendoza: l'intégrale

Le Festival rendra également hommage, en sa présence, à l'un des cinéastes émergents les plus doués et les plus prolifiques du moment : le cinéaste philippin BRILLANTE Ma. MENDOZA.

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Né le 30 juillet 1960 à San Fernando aux Philippines, Brillante Ma. Mendoza étudie la publicité à l'université de Santo Tomas à Manille, puis entame une carrière de décorateur pour le cinéma, la télévision, le théâtre et la publicité. Son travail est particulièrement remarqué sur les films philippins tels que « Flirting with Temptation » (1986), « Private Show » (1986), « Olongapo » (1987), « The Great American Dream » (1987) et bien d'autres. Brillante Ma. Mendoza devient ensuite l'une des figures marquantes de la publicité philippine et travaille comme décorateur sur de nombreux films publicitaires de grandes sociétés internationales telles que San Miguel Brewery, Asia Brewery, McDonald's, Procter & Gamble et Unilever. Il est naturellement amené à rencontrer des responsables politiques et certains grands noms de l'industrie philippine. En 2005, Brillante Ma. Mendoza fonde la société de production indépendante Centerstage Productions et réalise « Masahista », son premier long métrage. Le film traite de l'homosexualité, un sujet sensible aux Philippines, et remporte le Léopard d'Or de la Vidéo au festival de Locarno, le prix du public au festival de Turin et le prix Interfaith au festival de Brisbane en 2006. Ses films suivants seront tous primés dans les festivals internationaux. Son deuxième long métrage, « Kaleldo », un portrait d'une famille philippine après une éruption volcanique, obtient en 2007 le prix Netpac au festival de Jeonju en Corée du Sud et la comédienne Cherry Pie Picache remporte le prix de la meilleure actrice au festival de Durban. « Manoro », un film documentaire sur un enseignant d'une école primaire, remporte en 2006 le prix CinemAvenir au festival de Turin et les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au festival CinéManille. « John John », une plongée émouvante dans les bidonvilles de Manille, est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2007. L'actrice principale Cherry Pie Picache remporte également le prix de la meilleure actrice au festival de New Dehli. « Tirador », entièrement tourné caméra à l'épaule dans les rues de Manille, reçoit notamment le prix du jury au festival de Marrakech 2007, le prix Caliagi au festival de Berlin 2008 et le prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au festival de Singapour 2008. « Serbis », une coproduction entre les Philippines et la France racontant la vie quotidienne des occupants d'un cinéma diffusant des films pornographiques, marque le grand retour du cinéma philippin en compétition au festival de Cannes en 2008 après plus de vingt ans d'absence. Brillante Ma. Mendoza obtient l'année dernière avec « Kinatay », la descente aux enfers d'un jeune étudiant en criminologie, le prix de la mise en  scène au festival de Cannes. « Lola », son dernier film à ce jour, est présenté l'année dernière en compétition au festival de Venise et remporte le prix du Meilleur Film au Festival de Dubaï. « Lola » sortira sur les écrans français le 5 mai 2010.

A l'occasion de cet hommage, le Festival projettera l'intégralité de son oeuvre :

MASAHISTA (The Masseur) (2005)

De Brillante Ma. MENDOZA

Avec Coco Martin, Jaclyn Jose, Alan Paule, Katherine Luna

Iliac travaille comme masseur dans un salon où les soins dispensés se terminent en acte sexuel avec les clients. Alors qu'il se prépare à faire le deuil de son père, il rencontre un écrivain.

KALELDO (Summer Heat) (2006)

De Brillante Ma. MENDOZA

Avec Johnny Delgado, Cherry Pie Picache, Juliana Palermo, Angel Aquino, Alan Paule

Dix ans après l'éruption du Mont Pinatubo, un homme veuf et amer tente d'élever seul ses trois filles avec une main de fer : Grace, Lourdes et Jesusa.

MANORO (The Teacher) (2006)

De Brillante Ma. MENDOZA

Documentaire

A la veille d'une élection présidentielle, Jonalyn, une fillette de treize ans, tente de convaincre son entourage d'aller voter.

FOSTER CHILD (John John) (2007)

De Brillante Ma. MENDOZA

Avec Cherry Pie Picache, Eugene Domingo, Jiro Manio, Dan Manio

Thelma élève des enfants abandonnés avant leur adoption. Lorsqu'elle apprend que John John, le dernier enfant qu'elle garde, va être adopté, chaque moment avec lui devient de plus en plus précieux.

TIRADOR (Slingshot) (2007)

De Brillante Ma. MENDOZA

Avec Jiro Manio, Kristofer King, Coco Martin, Nathan Lopez, Jaclyn Jose

Lors de la Semaine sainte qui marque aussi le début de la campagne pour les élections nationales, un groupe de « tiradors » - de l'argot local pour désigner des voleurs à la petite semaine - essaye de survivre tant bien que mal.

Source: dossier de presse du Festival

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15.09.2009

L'émotion d'Harrison Ford lors de son hommage...

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Avant de vous résumer la conférence de presse et cet hommage et de vous livrer enfin mes impressions sur ce 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, voici les vidéos sur lesquelles vous pourrez constater qu'Harrison Ford a été submergé par l'émotion lors de l'hommage que lui a rendu le Festival de Deauville...



19:09 Ecrit par Sandra.M dans HOMMAGES | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, deauville, harrison ford, festival du cinéma américain | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09.09.2009

L’hommage du 35ème Festival du Cinéma Américain de Deauville à David Zucker, Jim Abrahams, Jerry Zucker

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C'est aujourd'hui que les choses sérieuses commencent avec l'avant-première de « The informant ! » de Steven Soderbergh  à laquelle j'assisterai  évidemment ainsi qu'à la conférence de presse. Je vous résumerai ultérieurement les deux films en compétition d'hier  « Shrink » et « Humpday » mais sachez déjà qu'ils demeurent dans la lignée des films précédemment présentés en compétition cette année. J'attends donc encore le coup de cœur et la révélation de ce festival 2009 même si aujourd'hui je ne verrai qu'un film en compétition « The Messenger » délaissant le second pour la conférence de presse de Steven Soderbergh. Comme l'hommage aux « ZAZ » se passe de commentaires, je vous le livre en images ci-dessous. Dès que j'aurai davantage de facilités pour me connecter (à mon retour lundi), j'y ajouterai la vidéo. Cette journée de mercredi se terminant pour moi par la soirée de gala au Salon des Ambassadeurs du Casino de Deauville, j'aurai sans doute davantage à vous raconter même si le récit risque de tarder pour cause de problèmes de connexion mais je reviendrai évidemment sur ce festival plus longuement à mon retour d'autant que les prochains jours s'annoncent encore plus riches en évènements avec les venues de Robin Wright Penn, Harrison Ford et Andy Garcia, des hommages, des projections et des conférences de presse dont vous pourrez évidemment retrouver les photos et résumés sur inthemoodforcinema.com et inthemoodfordeauville.com.  Je reviendrai également sur mes multiples impressions de ces précédents jours et sur des anecdotes et films que je n'ai pas encore eu le temps d'évoquer. Patience donc !

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09:39 Ecrit par Sandra.M dans HOMMAGES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, deauville, festival du cinéma américian, abrahams, zucker | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09.08.2009

Harrison Ford: invité d'honneur du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2009

Après avoir fait l'ouverture du Festival en 2003 pour "Hollywood Homicide" de Ron Shelton et avoir eu un certain nombre de ses films projetés en avant-première au Festival, Harrison Ford revient cette année en tant qu'invité d'honneur.

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FILMOGRAPHIE D'HARRISON FORD

1965 DEAD HEAT ON A MERRY GO ROUND (Un truand) de Bernard Girard

1967 A TIME FOR KILLING (La poursuite des tuniques bleues) de Phil Karlson

LUV de Clive Donner

1968 JOURNEY TO SHILOH (La brigade des cow-boys) de William Hale

1970 GETTING STRAIGHT (Campus) de Richard Rush

1973 AMERICAN GRAFFITI de George Lucas

1974 THE CONVERSATION (Conversation secrete) de Francis Ford Coppola

1977 STAR WARS (La guerre des etoiles) de George Lucas

HEROES de Jeremy Paul Kagan

1978 FORCE TEN FROM NAVARONE (L’ouragan vient de Navarone) de Guy Hamilton

1979 APOCALYPSE NOW de Francis Ford Coppola

HANOVER STREET (Guerre et passion) de Peter Hyams

THE FRISCO KID (Un rabbin au Far-West) de Robert Aldrich

1980 THE EMPIRE STRIKES BACK (L’empire contre-attaque) de Irvin Kershner

1981 RAIDERS OF THE LOST ARK (Les aventuriers de l’arche perdue) de Steven Spielberg

1982 BLADE RUNNER de Ridley Scott

1983 RETURN OF THE JEDI (Le retour du Jedi) de Richard Marquand

1984 INDIANA JONES AND THE TEMPLE OF DOOM

(Indiana Jones et le temple maudit) de Steven Spielberg

1985 WITNESS de Peter Weir

1986 MOSQUITO COAST de Peter Weir

1987 FRANTIC de Roman Polanski

1988 WORKING GIRL de Mike Nichols

1989 INDIANA JONES AND THE LAST CRUSADE

(Indiana Jones et la derniere croisade) de Steven Spielberg

1990 PRESUMED INNOCENT (Presume innocent) de Alan J. Pakula

1991 REGARDING HENRY (A propos d’Henry) de Mike Nichols

1992 PATRIOT GAMES (Jeux de guerre) de Phillip Noyce

1993 THE FUGITIVE (Le fugitif) de Andrew Davis

1994 CLEAR AND PRESENT DANGER (Danger immediat) de Philip Noyce

JIMMY HOLLYWOOD de Barry Levinson

1995 LES CENT ET UNE NUITS de Agnes Varda

SABRINA de Sydney Pollack

1997 THE DEVIL’S OWN (Ennemis rapproches) de Alan J. Pakula

AIR FORCE ONE de Wolfgang Petersen

1998 SIX DAYS, SEVEN NIGHTS (Six jours, sept nuits) de Ivan Reitman

1999 RANDOM HEARTS (L’ombre d’un soupcon) de Sydney Pollack

2000 WHAT LIES BENEATH (Apparences) de Robert Zemeckis

2002 K-19: THE WIDOWMAKER (K19: le piege des profondeurs) de Kathryn Bigelow

2003 HOLLYWOOD HOMICIDE de Ron Shelton

2006 FIREWALL de Richard Loncraine

2008 INDIANA JONES AND THE KINGDOM OF THE CRYSTAL SKULL

(Indiana Jones et le royaume du crane de cristal) de Steven Spielberg

Les hommages du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2009

Les hommages constituent toujours un temps fort du Festival du Cinéma Américain de Deauville... même si le plus émouvant, le plus marquant restera pour moi celui rendu à Al Pacino il y a quelques années.

Andygarcia.jpgCette année le Festival a choisi de rendre hommage  au réalisateur et producteur Robert Aldrich (en collaboration avec la Cinémathèque Française); aux réalisateurs, scénaristes et producteurs David Zucker, Jim Abrahams, Jerry Zucker; à la comédienne Robin Wright Penn, au comédien, réalisateur et producteur Andy Garcia.

Cliquez sur "lire la suite" pour consulter les filmographies des personnalités auxquelles le Festival rendra hommage et pour voir les films que le Festival a choisi de projeter.

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23.02.2009

Hommage à Lee Chang-dong

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Après avoir rendu hommage à Amitabh Bachchan (en 2003), Takashi Miike (en 2005), Park Chanwook (en 2007), ou encore Jiang Wen et Im Kwon-taek (en 2008), le Festival du Film Asiatique de Deauville rendra hommage, pour cette 11e édition, au réalisateur et scénariste sud-coréen, LEE Chang-dong.

 

BIOGRAPHIE

Né le 1er avril 1954 à Daegu en Corée du Sud, Lee Chang-dong obtient un diplôme de littérature coréenne à l'université Kyungbuk de Daegu en 1980. La Corée du Sud subit à cette époque une dictature militaire et Lee Chang-dong prend part aux manifestations étudiantes contre le régime. Il se consacre parallèlement à l’écriture et à la mise en scène de pièces de théâtre et, après avoir  enseigné brièvement le coréen au lycée, écrit son premier roman, Chonri (1983), qui évoque les émeutes sanglantes de 1980 à Kwangju. Lee Chang-dong se place dans un registre polémique qu'il conservera dans toutes ses oeuvres futures et devient l'un des auteurs les plus reconnus dans son pays avec Burning Papers (1987) et Nokcheon (1992). Son entrée dans le milieu du cinéma se fait par l'entremise de Park Kwang-su, considéré comme le leader du Nouveau Cinéma coréen, qui lui propose l'écriture de deux scénarios : « To the Starry Island » (1993) et « A Single Park » (1995). Lee Chang-dong décide de passer derrière la caméra en 1997 avec « Green Fish », dont il est également le scénariste. Cette critique de la société sud-coréenne, qui raconte l'ascension d'unjeune homme dans l'univers du crime, est un succès et son film est présenté dans de nombreux festivals internationaux. Son deuxième long métrage, « Peppermint Candy » (1999), est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Le film met une nouvelle fois en exergue les séquelles de la dictature militaire (le massacre de Kwangju, la torture dans les commissariats, la crise économique de 1997…). Son troisième film, « Oasis », l'histoire d’amour atypique entre un jeune homme attardé souffredouleur et une handicapée physique, le consacre définitivement avec près d'un million et demi d'entrées en Corée du Sud et trois prix obtenus lors du festival de Venise en 2002, dont le Prix de la mise en scène. Début 2003, Lee Chang-dong est nommé ministre de la Culture de la Corée du Sud au gouvernement du président Roh Moo-hyun et doit faire face à l'imposition de quotas sur les productions américaines, permettant ainsi un développement des productions locales. Il quitte son poste l’année suivante, éreinté par cette expérience dans un monde qui lui est étranger. En octobre 2006 Lee Chang-dong est fait Chevalier de la Légion d'honneur pour « sa contribution au maintien des quotas afin de promouvoir la diversité culturelle en tant que ministre de la Culture ». En 2007, il présente son dernier film, « Secret Sunshine », en compétition officielle au Festival de Cannes. Jeon Do-yeon, la comédienne principale de ce mélodrame, obtient le prix d’interprétation féminine.

FILMOGRAPHIE

Réalisateur et scénariste

1997 CHOROK MULKOGI (Green Fish)

1999 BAKHA SATANG (Peppermint Candy)

2002 OASIS

2007 MILYANG (Secret Sunshine)

17:23 Ecrit par Sandra.M dans HOMMAGES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, lee chang-dong, deauville, festival, asie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12.09.2008

Hommage à Spike Lee (suite): extrait vidéo

Ci-dessous un extrait de l'hommage à Spike Lee (voir critique du film et photos dans l'article en dessous de celui-ci):

Hommage à Spike Lee et présentation en Première de « Miracle à Santa Anna »

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Les hommages constituent toujours un temps fort de ce Festival du Cinéma Américain. L’hommage à Spike Lee, riche en émotions, pour le cinéaste et le public du CID, n’a pas dérogé à la règle. A travers lui, c’est aussi à un cinéma engagé que le Festival rendait hommage et qui sait, si ce n’est pas aussi là le témoignage  du soutien implicite de Deauville à l’un des candidats à l’élection américaine, décidément très présente dans ce festival, Spike Lee arborant constamment un tshirt ou une casquette Obama ou précisant lors de la conférence de presse « On va s’occuper de ça le 4 novembre », évoquant la cause de la communauté noire américaine, lequel Spike Lee a d’ailleurs aussi profité de son passage à Deauville pour se rendre sur les tombes du cimetière américain d’Omaha Beach.

 

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 Mais revenons au cinéma, et au film que Spike Lee présentait en Première,  « Miracle à Santa Anna », à l’origine un roman de James McBride (également auteur du scénario)  qui se déroule en Italie durant la Seconde Guerre Mondiale. Quatre soldats afro-américains s’y retrouvent derrière les lignes ennemies lorsque l’un d’eux risque sa vie pour sauver un jeune garçon italien.

 Ce film de 2H40, très riche, est avant tout un hommage aux G.I’s afro-américains de la Seconde Guerre Mondiale, 1, 1 million de soldats auxquels aucun film n’avait rendu hommage jusqu’alors. Evidemment on établit tout de suite la similitude avec « Indigènes » dans lequel Rachid Bouchareb rendait hommage aux soldats d’Afrique du Nord venus libérer la France, avec lequel il a notamment  en commun son humanité et cette solidarité qu’il met en exergue.

 Malgré (et peut-être aussi à cause de) un dénouement particulièrement mélodramatique et prévisible, Spike Lee réussit son récit « mystique et lyrique de compassion », comme il aime le définir. Au milieu des batailles sanglantes, d’un massacre inhumain, celui de Santa Anna, une Eglise à côté de laquelle des civils ont été massacrés par les Allemands, Spike Lee nous emporte dans un tourbillon aussi dévastateur que salvateur : une histoire d’amitié, d’amour, d’aventure, de lâchetés, de courage, de trahisons, d’héroïsme, et évidemment comme souvent chez Spike Lee, le plus convaincant des plaidoyers pour la tolérance et contre le racisme.   Loin des préjugés raciaux des Etats-Unis, ces 4 soldats se sentent en effet enfin eux-mêmes.

  Au-delà de l’horreur ce qui transparait c’est la profonde humanité, solidarité entre des personnes qui auraient pu se haïr : des personnes âgées et des enfants, des Américains, des Italiens et des Allemands. Dans le film de Spike Lee, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre : juste des hommes parfois impliqués dans un conflit qui les dépasse ou les broie, qu’ils soient Allemands, Américains, Italiens, adultes ou enfants, Noirs ou Blancs.

 L’histoire, habilement construite débute par le meurtre d’un homme dans un bureau de poste New Yorkais, par la découverte d’une statue italienne que détenait le meurtrier, puis par un flash back expliquant comment cet homme en est arrivé là et détenait cette statue. Entretemps, en Italie, à l’époque contemporaine, nous découvrons un homme bouleversé par cette nouvelle dont nous devinons que cette histoire n’est pas étrangère à la sienne.

 Si la construction peut paraître artificielle, elle fonctionne néanmoins et puis surtout ce n’est pas là que réside l’intérêt et la richesse de ce film : c’est dans la caractérisation de ses 4 soldats, aussi différents que complémentaires (le doux « géant en chocolat » Sam Train, illettré et superstitieux qui va sauver le petit garçon avec lequel il apprendra à communiquer, le sergent-chef Aubrey Stamps, cultivé et déçu par le système américain,  le sergent Bishop Cummings, l’opposé de Stamps, arnaqueur, tchatcheur et séducteur, et l’opérateur radio Hector Negron, le meurtrier de New York) mais aussi dans la profonde humanité de ses personnages.

Une histoire poignante dépourvue de manichéisme. Un vibrant hommage à ces soldats qui ont combattu au nom d’un pays qui les ignorait ou les méprisait pourtant. Un film lyrique dans le fond comme dans la forme.

  De l’horreur surgit un miracle : celui de la solidarité, de l’humanité, celui aussi où photographie, sons, interprétation, scénario, contribuent à un film d’une grande intensité, d’une grande conviction, à nous faire croire aux miracles , que l’on peut survivre à de tels drames, que le racisme devienne un terme désuet, inusité mais malheureusement à entendre certaines réflexions, ne seraient-ce que de spectateurs deauvillais, il reste encore beaucoup à accomplir et Spike Lee n’est pas au bout de ses peines et de son combat. Espérons que le résultat de l’élection américaine, le 4 novembre, contribuera également à le faire avancer…

 Le contraste est évidemment saisissant avec la soirée qui succède au film, le Dîner des Deauvillais, sous les lambris du Salon des Ambassadeurs du Casino de Deauville, en présence du jury, d’un Edouard Baer plus joyeusement décalé que jamais, mais aussi de Spike Lee.  Le Maire fait le tour des tables avec un sourire contrit et contraint posant à chaque table la même question et n’écoutant la réponse à aucune. Mon regard un peu désarçonné par ces contrastes, ces émotions contradictoires où cinéma et réalité se font un écho parfois ironique, ce dont Deauville n’est jamais avare, se pose sur le nom de ma table, celui d’un cinéaste auquel la cérémonie d’ouverture était dédié, celui d’un de mes cinéastes favoris et si certains croient aux miracles, j’avais soudain un souhait féroce de croire aux signes du destin. Et tandis que les voix se perdaient dans le brouhaha, dans la musique agréablement assourdissante, je souriais à l’immortel Sidney Pollack, à la magie du cinéma et des hasards et coïncidences de l’existence…

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 Sortie en France : le 22 octobre 2008. Je vous le recommande. Je vous en reparlerai à cette occasion sur http://www.inthemoodforcinema.com .

 A suivre sur « In the mood for Deauville » : mon bilan de la compétition (j’aurai vu 9 films sur 10), la critique et le résumé de la conférence de presse de Maria Bello, William Hurt et Arthur Cohn pour « The Yellow Handkerchief » et  « Dan in real life » de Peter Hedges avec et en présence de Juliette Binoche…

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 Ci-dessus, ma pause désormais quotidienne au cosy lounge Orange situé devant l’hôtel Royal, rendez-vous incontournable des professionnels de cette 34ème édition,  comment ferions-nous sans…

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14.08.2008

Les hommages du 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

Pour la 34ème édition de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville, 4 hommages sont programmés:

-Une intégrale du réalisateur, scénariste, producteur, comédien Spike Lee (La Cinémathèque française rendra également hommage à Spike Lee du 3 au 28 septembre 2008)

-Un hommage à la comédienne Parker Posey

-Un hommage au comédien, réalisateur, producteur, scénariste Ed Harris

-Un hommage au réalisateur Mitchell Leisen (Une rétrospective Mitchell Leisen aura lieu à la Cinémathèque française du 27 août au 2 novembre 2008)

Filmographie sélective de Spike Lee

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Réalisateur

1986 SHE’S GOTTA HAVE IT (Nola Darling n’en fait qu’à sa tête)*

1988 SCHOOL DAZE *

1989 DO THE RIGHT THING *

1990 MO’ BETTER BLUES *

1991 JUNGLE FEVER *

1992 MALCOLM X *

1994 CROOKLYN *

1995 CLOCKERS *

1996 GIRL 6

GET ON THE BUS

1997 4 LITTLE GIRLS (documentaire)

1998 HE GOT GAME *

1999 SUMMER OF SAM *

2000 BAMBOOZLED (The Very Black Show) *

THE ORIGINAL KINGS OF COMEDY (documentaire)

2002 25TH HOUR (la 25ème heure)

JIM BROWN: ALL AMERICAN (documentaire)

2004 SHE HATE ME *

2005 ALL THE INVISIBLE CHILDREN (Segment JESUS CHILDREN OF AMERICA)

2006 INSIDE MAN (Inside Man, l’homme de l’intérieur)

WHEN THE LEVEES BROKE : A REQUIEM IN FOUR ACTS (documentaire télévision)

2007 MIRACLE AT ST. ANNA (Miracle à Santa Anna)

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* également scénariste

Filmographie sélective de Parker Posey

Comédienne

1993 CONEHEADS de Steve Barron

DAZED AND CONFUSED (Génération Rebelle) de Richard Linklater

1994 AMATEUR de Hal Hartley

SLEEP WITH ME de Rory Kelly

MIXED NUTS de Nora Ephron

1995 PARTY GIRL de Daisy Von Scherler Mayer

DRUNKS de Peter Cohn

FLIRT de Hal Hartley

KICKING AND SCREAMING de Noah Baumbach

THE DOOM GENERATION (Doom Generation) de Greg Araki

1996 THE DAYTRIPPERS (En route vers Manhattan) de Greg Mottola

BASQUIAT de Julian Schnabel

WAITING FOR GUFFMAN de Christopher Guest

SUBURBIA de Richard Linklater

1997 THE HOUSE OF YES de Mark Waters

CLOCKWATCHERS de Jill Sprecher

HENRY FOOL de Hal Hartley

1998 WHAT RATS DON’T DO de Alastair Reid

YOU’VE GOT MAIL (Vous avez un mess@ge) de Nora Ephron

THE MISADVENTURES OF MARGARET (Les folies de Margaret) de Brian Skeet

1999 THE VENICE PROJECT de Robert Dornhelm

2000 SCREAM 3 de Wes Craven

BEST IN SHOW (Bêtes de Scène) de Christopher Guest

2001 JOSIE AND THE PUSSYCATS (Josie et les Pussycats) de Henry Elfont & Deborah Kaplan

THE ANNIVERSARY PARTY de Alan Cumming & Jennifer Jason Leigh

2001 PERSONAL VELOCITY : THREE PORTRAITS de Rebecca Miller

THE SWEETEST THING (Allumeuses!) de Roger Krumble

2002 THE EVENT de Thom Fitzgerald

A MIGHTY WIND de Christopher Guest

2004 LAWS OF ATTRACTION (Une affaire de Coeur) de Peter Howitt

BLADE: TRINITY de David S. Goyer

2005 ADAM & STEEVE de Craig Chester

2006 THE OH IN OHIO de Billy Kent

SUPERMAN RETURNS de Bryan Singer

FOR YOUR CONSIDERATION de Christopher Guest

FAY GRIM de Hal Hartley

2007 BROKEN ENGLISH de Zoe Cassavetes

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2008 THE EYE de David Moreau & Xavier Palud

Filmographie sélective de Ed Harris

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Comédien

1978 COMA (Morts suspectes) de Michael Crichton

1980 BORDERLINE (Chicanos, chasseur de têtes) de Jerrold Freedman

1981 DREAM ON de Ed Harker

KNIGHTRIDERS de George A.Romero

1982 CREEPSHOW de George A.Romero

1983 UNDER FIRE de Roger Spottiswoode

THE RIGHT STUFF (L’étoffe des héros) de Philip Kaufman

1984 SWING SHIFT de Jonathan Demme

PLACES IN THE HEART (Les saisons du coeur) de Robert Benton

A FLASH OF GREEN de Victor Nunez

1985 ALAMO BAY de Louis Malle

CODE NAME: EMERALD de Jonathan Sanger

SWEET DREAMS de Karel Reisz

1987 WALKER de Alex Cox

1988 TO KILL A PRIEST (Le complot) de Agnieszka Holland

1989 JACKNIFE de David Hugh Jones

THE ABYSS (Abyss) de James Cameron

1990 STATE OF GRACE (Les anges de la nuit) de Phil Joanou

1991 PARIS TROUT (Rage) de Stephen Gyllenhaal

1992 GLENGARRY GLEN ROSS (Glengarry) de James Foley

1993 THE FIRM (La firme) de Sydney Pollack

NEEDFUL THINGS (Le bazar de l’épouvante) de Fraser Clarke Heston

1994 CHINA MOON (Lune rouge) de John Bailey

MILK MONEY (La surprise) de Richard Benjamin

1995 JUST CAUSE (Juste cause) de Arne Glimcher

APOLLO 13 de Ron Howard

1995 NIXON de Oliver Stone

1996 EYE FOR AN EYE (Au-delà des lois) de John Schlesinger

THE ROCK (Rock) de Michael Bay

1997 ABSOLUTE POWER (Les pleins pouvoirs) de Clint Eastwood

1998 THE TRUMAN SHOW de Peter Weir

STEPMOM (Ma meilleure ennemie) de Chris Columbus

1999 THE THIRD MIRACLE (Au coeur du miracle) de Agnieszka Holland

2000 WAKING THE DEAD (Le fantôme de Sarah Williams) de Keith Gordon

THE PRIME GIG (Coup monté) de Gregory Mosher

POLLOCK de Ed Harris

2001 ENEMY AT THE GATES (Stalingrad) de Jean-Jacques Annaud

BUFFALO SOLDIERS de Gregor Jordan

A BEAUTIFUL MIND (Un homme d’exception) de Ron Howard

2002 THE HOURS de Stephen Daldry

2003 MASKED AND ANONYMOUS de Larry Charles

THE HUMAN STAIN (La couleur du mensonge) de Robert Benton

RADIO de Michael Tollin

2005 A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg

WINTER PASSING de Adam Rapp

2006 COPYING BEETHOVEN d’Agnieszka Holland

2007 GONE BABY GONE de Ben Affleck

CLEANER de Renny Harlin

NATIONAL TREASURE: BOOK OF SECRETS (Benjamin Gates et le livre des secrets)

de Jon Turteltaub

2008 TOUCHING HOME de Logan Miller

APPALOOSA de Ed Harris

Filmographie sélective de Mitchell Leisen:

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photo ci-dessus:  Dorothy Lamour, Martha Raye et Shirley Ross ("The big broadcast of 1938)

Réalisateur

1933 CRADLE SONG

1934 DEATH TAKES A HOLIDAY (Trois jours chez les vivants)

MURDER AT THE VANITIES

BEHOLD MY WIFE

1935 FOUR HOURS TO KILL!

HANDS ACROSS THE TABLE (Jeux de mains)

1936 THIRTEEN HOURS BY AIR

THE BIG BROADCAST OF 1937

1937 SWING HIGH, SWING LOW

EASY LIVING

1938 THE BIG BROADCAST OF 1938

ARTISTS AND MODELS ABROAD

1939 MIDNIGHT

1940 REMEMBER THE NIGHT

ARISE MY LOVE

1941 I WANTED WINGS

HOLD BACK THE DAWN (Par la porte d’or)

1942 THE LADY IS WILLING (Madame veut un bébé)

TAKE A LETTER, DARLING (Mon secrétaire travaille la nuit)

1943 NO TIME FOR LOVE (La Dangereuse aventure)

1944 LADY IN THE DARK (Les Nuits ensorcelées)

FRENCHMAN’S CREEK (L’Aventure vient de la mer)

PRACTICALLY YOURS

1945 KITTY (La Duchesse des bas-fonds)

MASQUERADE IN MEXICO

1946 TO EACH HIS OWN (A chacun son destin)

1947 SUDDENLY, IT’S SPRING

GOLDEN EARRINGS (Les Anneaux d’or)

1948 DREAM GIRL

1949 BRIDE OF VENGEANCE

SONG OF SURRENDER

1950 NO MAN OF HER OWN (Chaînes du destin)

CAPTAIN CAREY, U.S.A. (Le Dénonciateur)

1951 THE MATING SEASON

DARLING, HOW COULD YOU!

1952 YOUNG MAN WITH IDEAS

1953 TONIGHT WE SING (Les Plus grandes vedettes du monde)

1955 BEDEVILLED

1957 THE GIRL MOST LIKE

22.02.2008

Intégrale Jia Zhang Ke: "Still life" ou à la recherche du temps perdu

Parmi les 5 hommages de ce Festival du Film Asiatique de Deauville 2008: une intégrale Jia Zhang-Ke. Retrouvez ci-dessous ma critique de son dernier film "Still life"'.

medium_Still.JPGDès l’admirable plan séquence du début,  ensorcelés et emportés déjà par une mélodieuse complainte, nous sommes immergés dans le cadre paradoxal du barrage des 3 Gorges situé dans une région montagneuse du cœur de la Chine :  cadre fascinant et apocalyptique, sublime et chaotique. En 1996, les autorités chinoises ont en effet entrepris la construction du plus grand barrage hydroélectrique du monde. De nombreux villages ont été sacrifiés pour rendre possible ce projet.

Là, dans la ville de Fengjie nous suivons le nonchalant, morne et taciturne  San Ming courbé par le poids du passé  et des années, parti à la recherche du temps perdu. Il voyage en effet à bord du ferry The World (du nom du précèdent film du réalisateur, référence loin d’être anodine, témoignage d’une filiation évidente entre les deux films)  pour retrouver son ex-femme et sa fille qu’il n’a pas vues depuis 16 ans.

Pendant ce temps Shen Hong, dans la même ville cherche son mari  qu’elle n’a pas vu depuis deux ans. Leurs déambulations mélancoliques se succèdent puis alternent et se croisent le temps d’un plan  dans un univers tantôt désespérant tantôt d’une beauté indicible mis en valeur par des panoramiques étourdissants.  

Tandis que les ouvriers oeuvrent à la déconstruction, de part et d’autre de la rivière, ces  deux personnages essaient de reconstruire leur passé, d’accomplir leur quête identitaire au milieu des déplacements de population et des destructions de villages. Engloutis comme le passé de ses habitants.

Ce film présenté en dernière minute dans la catégorie film surprise de la 63ème Mostra de Venise a obtenu le lion d’or et a ainsi succédé à Brokeback  Mountain.

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The World  était le premier film du réalisateur à être autorisé par le gouvernement chinois. Jusqu’ici ils étaient diffusés illégalement sur le territoire, dans des cafés ou des universités. Dans  The World Jia Zhang Ke traitait déjà du spectacle triomphant de la mondialisation et de l’urbanisation accélérée que subit la Chine.

A l’étranger, ses films étaient même présentés dans des festivals comme Cannes en 2002 avec Plaisirs inconnus. Son parcours témoigne avant tout de son indépendance et de sa liberté artistique.

Ancien élève de l’école des Beaux-Arts de sa province, il étudie le cinéma à l’Académie du film de Pékin, avant de fonder sa structure de production le Youth Experimental Film Group. Son œuvre entend révéler la réalité de la Chine contemporaine.

En 2006, Jia Zhang-Ke réalise Dong, un documentaire autour de la construction du barrage des Trois Gorges à travers les peintures de son ami, le peintre Liu Xiaodong, présenté dans la section Horizons lors de la 63e Mostra de Venise.

 

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Entre brumes et pluies, d’emblée, le décor nous ensorcelle et nous envoûte. Qu’il présente la nature, morte ou resplendissante, ou la destruction Jia Zhang Ke met en scène des plans d’une beauté sidérante. Le décor est dévasté comme ceux qui l’habitent. La lenteur et la langueur reflètent la nostalgie des personnages et le temps d’une caresse de ventilateur, la grâce surgit de la torpeur dans cet univers âpre.

Jia Zhang Ke se fait peintre des corps, en réalisant une véritable esthétisation de ceux-ci mais aussi de la réalité et si son tableau est apocalyptique, il n’en est pas moins envoûtant. Le film est d’ailleurs inspiré de peintures, celles du peintre Liu Xiaodong qui a peint le barrage des 3 Gorges à plusieurs reprises dont Jia Zhang Ke avoue s’être inspiré.

Ces personnages sont « encore en vie » malgré la dureté de leurs existences et le poids des années, du silence, des non dits. C’est un cinéma à l’image de la vie, l’ennui est entrecoupé d’instants de beauté fulgurante et fugace.

 Still life, malgré son aspect et son inspiration documentaires n’en est pas moins un film éminemment cinématographique : par l’importance accordée au hors champ (comme ces marins qui mangent leur bol de nouilles tandis que San Ming leur parle, hors champ), par des plans séquences langoureux et impressionnants, et puis  par des références cinématographiques notamment au néoréalisme et  à Rossellini et Rome, ville ouverte ou à John Woo avec cet enfant qui imite Chow Yun Fat ou encore celui qui regarde le Syndicat du crime de John Woo

C’est un film polysémique qui, comme dans The World, nous parle des rapports entre tradition et modernité comme  avec cet enfant qui chante des musiques sentimentales surannées ou ces portables qui jouent des musiques sentimentales ou ces comédiens en costumes traditionnelles qui s’amusent avec leurs portables.

Jia Zhang Ke ausculte subtilement les contradictions de son pays en pleine mutation. Le barrage des 3 Gorges, c’est la Chine en concentré, la Chine d’hier avec ces immeubles que l’on détruit, la Chine intemporelle avec ses décors majestueux, pluvieux et embrumés et la Chine de demain. La Chine écartelée entre son passé et son présent comme le sont les deux personnages principaux dans leur errance. Les ruines qui contrastent avec le barrage scintillant allumé par les promoteurs comme un gadget symbolisent cette Chine clinquante, en voie de libéralisme à défaut d’être réellement sur la voie de la liberté.

Jia Zhang Ke a ainsi voulu signer une œuvre ouvertement politique avec « le sentiment d’exil permanent des ouvriers, tous plus ou moins au chômage, tous plus ou moins sans domicile fixe », « les ouvriers détruisent ce qu’ils ont peut-être eux-mêmes construits ».

Un plan nous montre une collection d’horloges et de montres. Comme le cinéma. Dans une sorte de mise en abyme, il immortalise doublement le temps qui passe. C’est donc aussi un film sur le temps. Celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui. Celui de ces deux ou seize années écoulées. Ce n’est pas pour rien que Jia Zhang Ke a étudié les Beaux-Arts et la peinture classique. Il dit lui-même avoir choisi le cinéma « parce qu’il permet de saisir et de montrer le temps qui passe ». C’est l’idée bouddhiste qui  « si le destin est écrit, le chemin importe d’autant plus ».

Comme dans J’attends quelqu’un dont je vous parlais récemment , ici aussi on prend le temps (ce n'est d'ailleurs pas leur seul point commun comme évoqué plus haut). De s’ennuyer. Un ennui nécessaire et salutaire. Pour se dire qu’on est « encore en vie » ou pour déceler la beauté derrière et malgré la destruction car Still life (=Encore en vie )  est un film de contrastes et paradoxes judicieux : à l’image de son titre, il sont  encore en vie malgré les années, malgré la destruction, malgré tout. Prendre le temps de voir aussi : l’histoire devant l’Histoire et l’Histoire derrière l’Histoire, les plans de Jia Zhang Ke mettant souvent l’intime au premier plan et le gigantisme (des constructions ou déconstructions) au second plan.

C’est aussi un hommage à la culture chinoise du double, des opposés yin et yang, entre féminin et masculin, intérieur et extérieur, construction-destruction et nature, formes sombres et claires, le tout séparé par la rivière, frontière emblématique de ce film intelligemment dichotomique.

C’est un film en équilibre et équilibré à l’image de son magnifique plan final du funambule suspendu entre deux immeubles. Parce que, ce qu’il faut souligner c’est que ce film plaira forcément à ceux qui ont aimé The World mais qu’il pourra aussi plaire à ceux qui ne l’ont pas aimé, notamment par son aspect surréaliste, ses plans imaginaires qui instillent de la légèreté et un décalage salutaire comme ce plan de l’immeuble qui s’écroule ou ces plans poétiques de ces couples qui dansent sur une passerelle aérienne contrebalançant la dureté des paroles échangées ou la douleur du silence, l’impossibilité de trouver les mots.

Enfin il faut souligner la non performance et le talent éclatant de ses acteurs principaux Han Sanming et Zhao Thao qui ont d’ailleurs joué dans presque tous les films de Jia Zhang Ke. C’est en effet leur quatrième collaboration commune.

Je vous invite donc à partir dans cette errance poétique à la recherche du temps perdu au rythme d'une complainte nostalgique et mélancolique…

Sandra.M

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