Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

HOMMAGES - Page 5

  • Critique de "The land of hope" de Sono Sion et hommage à Sono Sion (Festival du Film Asiatique de Deauville 2013)

    deauville2013asia2 030.JPG

    deauville2013asia2 032.JPG

    deauville2013asia2 007.JPG

    Je vous parlerai ultérieurement des films vus en compétition hier et desquels se dégage une thématique commune et un désespoir commun…dont ne s’éloigne d’ailleurs pas vraiment le film dont je vais vous parler aujourd’hui (qui n’est pas en compétition) même s’il surpasse, et de loin, les autres films vus, et pour cause puisque c’est l’œuvre d’un cinéaste confirmé à qui le festival rendait hier hommage : Sono Sion (cf ma vidéo de l'hommage à suivre, en ligne dans la journée). A son hommage a succédé la projection de « The land of hope », un film de ce dernier datant de 2012 et qui sortira en France en avril prochain.

    L’an passé, en compétition, le festival avait projeté « Himizu » du même Sono Sion, film que je qualifiais alors d’une rageuse, fascinante, exaspérante et terrifiante beauté. Les premiers plans, effroyables, nous plongeaient dans le décor apocalyptique de l’après tsunami exploré par de longs travellings, mais le chaos n’était alors pas seulement visuel, c’était surtout celui qui rongeait, détruisait, étouffait les êtres ayant perdu leur identité et tout espoir.

    deauville2013asia2 033.JPG

    Ce nouveau long-métrage de Sono Sion commence de manière plutôt inattendu : d’abord par son classicisme (relatif, mais du moins pour Sono Sion, moins dans la folie et l’explosion visuelles, ici) et ensuite parce qu’il met en scène un cadre bucolique, des couleurs chatoyantes et des personnages heureux. Evidemment, cela ne va pas durer et la réalité, tragique, terrible, celle du Japon que Sono Sion, films après films, dissèque et dénonce, va ressurgir avec un tremblement de terre qui frappe alors le Japon. Il entraîne l’explosion d’une centrale nucléaire. Sans vraiment en donner la raison, le gouvernement fait évacuer les habitants à proximité de la catastrophe. La famille Ono dont la ferme est située à cheval entre la zone de danger et le périmètre de sécurité, doit choisir entre fuir et rester. Sono sion va alors suivre trois couples : un couple de vieux paysans dont la femme est malade, vraisemblablement atteinte d’Alzheimer, un jeune couple qui s’apprête à avoir un enfant et un autre couple en quête des parents de la jeune femme mais aussi d’un avenir.

    Aux scènes joyeuses du début succède un bref et effroyable vacarme puis un silence retentissant avant que la vie et l’image ne deviennent grisâtres puis avant que les couleurs « normales » ne reviennent, plus terrifiantes encore que ces couleurs grisâtres qui les ont précédées car si tout semble banal et quotidien, la menace et le danger sont là, constants, une guerre invisible. Les « autorités » (ici traitées au début comme une dictature par définition inique et intolérante) qui ne se contentent d’être que cela ne sont d’abord que des sortes de combinaisons inhumaines et sans identité. Tout est à la fois banal et singulier, paisible et agité. Comme le titre résonne (déraisonne aussi) alors comme une ironie tragique.

    Dans la beauté éclatante de chaque plan (qui n’en est alors que plus redoutablement tragique puisqu’elle n’est que le masque de cet ennemi invisible), dans son humour désenchanté (l’absurdité de cette ligne qui sépare un jardin que Tati n’aurait osé inventer et pourtant terriblement réaliste ou de ces combinaisons de protection et la paranoïa qui seraient risibles si leur existence n’était malheureusement fondée), dans sa poésie d’une beauté et d’une tristesse ravageuses, Sono Sion nous livre son cri de révolte, d’une mélancolie déchirante : révolte contre les autorités (qu’il ne cesse de dénoncer tout au long du film), révolte contre cette centrale qu’« ils » ont malgré tout construite, une telle absurdité là aussi que c’est finalement celle qui a perdu la raison qui ne cesse de la souligner.

    Sans doute Sono sion décontenancera-t-il ici ses admirateurs avec ce film plus classique que ses précédents mais, comme ses autres films, d’une beauté désenchantée, d’un romantisme désespéré (cette scène où le couple de vieux paysans danse au milieu du chaos est à la fois terriblement douce et violente, sublime et horrible, en tout cas bouleversante), d’un lyrisme et d’une poésie tragiques avec des paraboles magnifiquement dramatiques comme cet arbre -et donc la vie- qui s'embrasent mais aussi un travail sur le son d’une précision et efficacité redoutables.

    Un film porté par un cri de révolte et l’énergie du désespoir, plus efficace que n’importe quelle campagne anti-nucléaire et surtout l’œuvre d’un poète, un nouveau cri d’espoir vibrant et déchirant qui s’achève sur un seul espoir, l’amour entre deux êtres, et une lancinante litanie d’un pas, qui, comme l’Histoire, les erreurs et la détermination de l’Homme, se répètent, inlassablement. Et à nouveau, pourtant, la possibilité d’un lendemain. Malgré tout, malgré l’horreur encore là et invisible. Et Fukushima délaissée par les médias, autre fatalité qui se répète, peut-être plus terrible encore : l’oubli.

    Quelques lignes trop courtes et rapides pour parler de ce film qui m’a bouleversée et sur lequel je reviendrai. Aujourd’hui, pour moi, au programme, trois films en compétition mais, surtout, l’hommage à Wong Kar Wai et l’avant-première de « The Grandmaster ».

    Et après la beauté mélancolique du cinéma de Sono Sion, quelques images qui reflètent celle de Deauville:

    deauville2013asia2 017.JPG

    deauville2013asia2 001.JPG

    deauville2013asia2 005.JPG

    deauville2013asia2 013.JPG

    Lien permanent Catégories : HOMMAGES 0 commentaire Imprimer Pin it!
  • Vidéo- L'hommage du Festival de Deauville 2012 à Liam Neeson

    liam 013.JPG

    liam 015.JPG

    deauv 029.JPG

    En attendant ma critique de "Taken 2" et mon compte-rendu du festival, je vous propose ma vidéo de l'évènement de ce soir: l'hommage à Liam Neeson. Vous pouvez aussi retrouver ma critique de "La Liste de Schindler", ici (au passage, et à juste titre, le film le plus applaudi lors de la rétrospective en images de sa carrière).

    schindler1.jpg

    Je peux néanmoins d'ores et déjà vous dire qu'il s'agit d'une édition réussie et que mes deux coups de coeur sont "Elle s'appelle Ruby" et "Les bêtes du sud sauvage" (il est impossible que ce dernier ne figure pas au palmarès).

    Découvrez les 6 blogs inthemood : http://inthemoodlemag.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com , http://www.inthemoodforcinema.com , http://www.inthemoodforcannes.com , http://www.inthemoodfordeauville.com , http://www.inthemoodforluxe.com .

    Suivez-moi aussi en direct de Deauville sur twitter (@moodfdeauville ) et Facebook (http://facebook.com/inthemoodfordeauville ).

     

    Lien permanent Catégories : HOMMAGES 2 commentaires Imprimer Pin it!
  • L'hommage du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012 à Melvin van Peebles

    Depuis 1995 et sa compétition de films indépendants américains, Deauville n'est plus seulement la vitrine des grosses productions américaines mais surtout et avant tout le symbole du cinéma indépendant américain. Nombreux sont les films et cinéastes que j'ai (re)découverts dans le cadre du festival.  C'est dans cette optique que le festival rendra cette année hommage ) Melvin van Peebles. Je vous invite à découvrir le communiqué de presse du festival à ce sujet, ci-dessous.

    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville continue son travail de redécouverte du patrimoine du cinéma américain en accueillant ce grand cinéaste. Melvin Van Peebles a pratiquement toujours travaillé en dehors du circuit traditionnel des studios américains. Et malgré cela, il est reconnu aujourd’hui comme l’un des cinéastes les plus importants de l’histoire du cinéma américain, ayant influencé et ouvert la voie pour toute une génération.

    Né à Chicago en 1932, Melvin Van Peebles s’engage, après de brillantes études, dans l’armée de l’Air. Après un passage par le Mexique et des activités de peintre, il réside à San Francisco où il réalise quelques courts-métrages et publie un livre de photos, inspiré par son emploi de conducteur de tramway.

    Voulant proposer ses talents à Hollywood, il frappe à la porte des studios, qui reste close…

    Nous sommes dans l’Amérique des années 60…

    L’industrie cinématographique se résume encore à des films pour les blancs, faits par des blancs, à de rares exceptions près (Sydney Poitier, Oscar du Meilleur Acteur en 1964, premier acteur noir à remporter ce prix). 5

    Melvin Van Peebles part en Europe, et finit par s’installer à Paris, où La Cinémathèque Française l’invite à présenter ses courts-métrages.

    Il collabore à la célèbre revue Hara Kiri, pour laquelle il rédige des articles et des interviews et y rencontre notamment Wolinski, avec lequel il adaptera, pour l’anecdote, l’oeuvre « La Reine des Pommes », du célèbre auteur de série noire Chester Himes.

    En France, il écrit cinq romans, dont « La Permission », qui lui permet de bénéficier d’une aide au financement de son premier long métrage : THE STORY OF A THREE-DAY PASS (1968), la subversive histoire d’amour d’un soldat Afro-Américain et d’une Française.

    Le succès critique du film conduit alors Van Peebles à retourner aux Etats-Unis où la Columbia Pictures lui offre sa seule réalisation hollywoodienne : WATERMELON MAN (1969), une comédie mettant en scène Godfrey Cambridge dans le rôle d’un bigot blanc qui se réveille un matin dans la peau d’un noir.

    Mais c’est surtout SWEET SWEETBACK’S BAADASSSSS SONG (1971)- un running movie prenant pour héros un petit gigolo qui tente d’échapper à la police en traversant des ghettos en proie à l’émeute raciale- qui marquera la carrière de Melvin Van Peebles et l’histoire du cinéma Américain.

    Ecrit, produit, réalisé, incarné et monté par Melvin Van Peebles lui-même, qui en a également composé la musique (avec le groupe Earth Wind and Fire, inconnu à l’époque), SWEET SWEETBACK’S BAADASSSSS SONG est considéré comme Le film à l’origine de la black exploitation, genre qui explosa dans les années 70 en rencontrant un succès phénoménal.

    Avec Charles Burnett (KILLER OF SHEEP, 1973) et dans un autre registre Gordon Park (LES NUITS ROUGES DE HARLEM, 1971 - LES NOUVEAUX EXPLOITS DE SHAFT, 1972) puis Michael Schultz (CAR WASH, 1976), Melvin Van Peebles allait définitivement donner une place au black power à Hollywood et ouvrir la voie à de nombreux réalisateurs, producteurs et comédiens (Spike Lee, Eddie Murphy, Morgan Freeman, Denzel Washington, Halle Berry, Samuel L. Jackson, Whoopi Goldberg, Forest Whitaker, Will Smith, etc…) qui feront la fortune de l’usine à rêves.

    La France a souvent porté chance à Melvin Van Peebles, qui après une carrière d’acteur prolifique en Amérique, revient y tourner un film : LE CONTE DU VENTRE PLEIN (2000) et y recevoir la Légion d’Honneur.

    Aujourd’hui le Festival du Cinéma Américain de Deauville est honoré d’accueillir un homme insaisissable, inclassable, et libre.

    Lien permanent Catégories : HOMMAGES 0 commentaire Imprimer Pin it!
  • L'hommage du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012 à William Friedkin

    Killer Joe : photo Emile Hirsch, William Friedkin

    Ci-dessus: photo de William Friedkin avec Emile Hirsch sur le tournage de "Killer Joe" ( © Pyramide Distribution )

    Les hommages deauvillais ont laissé beaucoup d'empreintes, sur les célèbres planches mais aussi dans les mémoires des festivaliers. Le plus mémorable restera sans doute pour moi celui décerné à Al Pacino. Que d'émotions et quel beau souvenir. Cette année, c'est d'abord à William Friedkin que le festival a décidé de rendre hommage. Ci-dessous, le communiqué de presse du festival à ce sujet. A noter que William Friedkin donnera également une master class.

    Pour sa 38è édition, le Festival du Cinéma Américain de Deauville rendra hommage, en sa présence, au cinéaste américain WILLIAM FRIEDKIN.

    Né en 1935 à Chicago, William Friedkin découvre son amour du cinéma grâce à « Citizen Kane » d’Orson Welles et débute sa carrière à la télévision. Il fait ses débuts de réalisateur pour le grand écran en 1967 avec la comédie musicale GOOD TIMES, puis avec L’ANNIVERSAIRE (The Birthday Party) d’après la pièce d’Harold Pinter.

    En 1971, FRENCH CONNECTION (The French Connection) consacre William Friedkin auprès de la critique et du public: ce polar inspiré de la véritable histoire de la French Connection, organisation criminelle qui importait depuis la France de l’héroïne jusqu’aux Etats-Unis, remporte 5 Oscars dont celui du Meilleur Film, du Meilleur Acteur pour Gene Hackman et du Meilleur Réalisateur pour William Friedkin. L’énergie de la mise en scène et les scènes anthologiques de courses-poursuites font du film une référence incontournable du film policier. En 1973, il réalise à nouveau un film qui marque durablement le cinéma américain ainsi que l’imaginaire des cinéphiles : avec L’EXORCISTE (The Exorcist) d’après le roman de William Peter Blatty, William Friedkin réalise ce qui reste encore pour beaucoup le film d’horreur absolu. Nommé 10 fois aux Oscars, le film remporte notamment celui du Meilleur Scénario. Ces deux immenses succès coup sur coup font de William Friedkin l’un des auteurs phares du Nouvel Hollywood. Les années suivantes, William Friedkin réalise LE CONVOI DE LA PEUR (Sorcerer), une version américaine du « Salaire de la Peur » d’Henri-Georges Clouzot, qu’il considère comme l’un de ses meilleurs films. Suivent la comédie criminelle TETES VIDES CHERCHENT COFFRES PLEINS (The Brink’s Job) avec Peter Falk en 1978, et LA CHASSE (Cruising) avec Al Pacino en 1980.

    Dans les années 1980 et 1990, William Friedkin réalise LE COUP DU SIECLE (Deal of the Century) avec Sigourney Weaver, le film d’action POLICE FEDERALE LOS ANGELES (To Live and Die in L.A.) avec Willem Defoe, qui lui permet de poursuivre son exploration des frontières entre le bien et le mal, ainsi que les thrillers LE SANG DU CHATIMENT (Rampage) et JADE avec Linda Fiorentino.

    En 2000, alors qu’une version longue de L’EXORCISTE ressort en salles et rapporte 40 millions de dollars au box-office américain, L’ENFER DU DEVOIR (Rules of Engagement) avec Tommy Lee Jones et Samuel L. Jackson sort sur les écrans et est chaleureusement accueilli par le public.

    William Friedkin retrouve Tommy Lee Jones en 2003 grâce au thriller TRAQUÉ (The Hunted) avant de mettre en scène BUG, thriller paranoïaque et claustrophobe avec Ashley Judd et Michael Shannon, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes.

    L’hommage que lui rend le Festival cette année sera l’occasion de découvrir en avant-première son dernier film, KILLER JOE, thriller crépusculaire où Matthew McConaughey, Emile Hirsch et Juno Temple viennent agrandir la galerie de personnages complexes et amoraux de William Friedkin.

    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville est heureux de rendre hommage à ce grand maître du film de genre, qui a su bouleverser les codes et investir tant d’univers cinématographiques différents.

    A l’occasion de son Hommage, William Friedkin donnera une MASTER CLASS ouverte aux festivaliers le dimanche 2 septembre.

     

    Lien permanent Catégories : HOMMAGES 0 commentaire Imprimer Pin it!
  • Vidéo - Tony Kaye présente "Detachment" en musique...

    L'effervescence était de retour aujourd'hui à Deauville avec la présence de Naomi Watts à qui le festival rendait hommage ce soir (la semaine prochaine, vous pourrez retrouver mon compte rendu de sa conférence de presse et mes vidéos de son hommage), la présence d'Abel Ferrara, l'avant-première de "Crazy, stupid, love.", comédie réjouissante après une semaine de films en compétition particulièrement sombres et néanmoins de qualité à l'image de "Detachment" dont je vous parlerai ultérieurement mais dont vous pouvez découvrir ci-dessus la présentation inédite par son réalisateur Tony Kaye.

    watts 013.JPG

  • Quatrième et cinquième journées « in the mood for Deauville » : compétition, hommages, premières…

    Maclaine 027.JPG

    Maclaine 017.JPG

    Maclaine 042.JPG

    Maclaine 038.JPG

    dovil5.JPG

     

    C’est déjà mon sixième jour de présence à Deauville et le temps et les séances et les souvenirs s’égrènent si vite que je n’ai pas eu le temps de vous résumer ces deux derniers jours.

    drive 020.JPG

    drive 023.JPG

     Pas encore d’énorme coup de cœur cinématographique mais une compétition qui révèle un niveau élevé et des premiers films de qualité…mais Deauville ce sont aussi les Premières à commencer par celle de « Drive » de Nicolas Winding Refn, prix de la mise en scène du dernier Festival de Cannes qui avait créé l’évènement sur la Croisette où je l’avais manqué. Drive est l'adaptation du livre éponyme écrit par James Sallis et c’est  le scénariste Hossein Amini qui a  transformé le roman en scénario. C’est l’histoire d’un jeune homme solitaire, "The Driver",  qui conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Il a pour « principe » de ne pas participer aux crimes de ses employeurs qu’en conduisant et de n’être jamais armé. Sa  route croise celle d’Irene et de son jeune fils, ses voisins, et il succombe rapidement au charme de l’un et l’autre, et réciproquement. Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal… Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…

    Cela commence sur les chapeaux de roue : une mise en scène époustouflante, flamboyante et crépusculaire, qui nous fait ressentir les sensations trépidantes, périlleuses et vertigineuses de ce chauffeur hors pair et  mutique, au sourire retenu, dans une ville de Los Angeles tentaculaire, éblouissante et menaçante. Mais « The Driver » porte un masque, au propre comme au figuré (symbolisme un peu simpliste) et derrière ce chauffeur mutique d’allure plutôt sympathique va se révéler un vengeur impitoyable pour protéger ceux qu’il « aime ». La violence psychologique s’annonce palpitante : pris dans un étau, il n’a d’autre solution que de commettre un méfait pour le mari d’Irène, pour sauver celle-ci … malheureusement ce qui dans la première partie s’annonçait comme un film à suspense se transforme en règlement de compte sanguinolent dans lequel l’intrigue devient inexistante et simple prétexte à une suite de scènes sanglantes, invraisemblables et vaines. Là où un cinéaste comme James Gray (qui lui aussi sublime une ville, en l’occurrence New York, traite de vengeance et d’amour, sans jamais mettre le scénario de côté, ou sans qu’un de ces aspects prennent le pas sur les autres), Nicolas Winding Refn se laisse entraîner par une sorte de fascination pour la violence (me rappelant ainsi la phrase de Coppola lors de sa master class samedi « Montrer la guerre c’est déjà faire l’éloge de la guerre »), montrant pourtant le temps d’un meurtre sur la plage qu’il savait très bien filmer la mort, avec une force prenante, sans que cela tourne à la boucherie ridicule. Ryan Gosling est époustouflant et derrière sa gueule d’ange dissimule une violence froide, il se transforme en un vengeur impitoyable qu’il est pourtant difficile de prendre en sympathie ou même en empathie. Dommage, cette bo remarquable alliée à des scènes plus calmes d’une beauté saisissante (face-à-face dans son appartement entre Irène et The Driver dans laquelle le temps est suspendu et dans laquelle les échanges évasifs de regards et les silences d’une douce sensualité en disent tellement). Nicolas Winding Refn a ravi le prix de la mise en scène à Pedro Almodovar à Cannes qui, à mon avis, l’aurait davantage mérité, ne serait-ce parce qu’il a brillamment raconté une histoire cruelle, terrible, effroyable où toute la finesse de la mise en scène réside justement dans ce qui n’est pas montré et qui n’en a que plus de force…

    Deauville, depuis 1995, c’est aussi et avant tout la compétition. Si les spectateurs sont moins nombreux sans doute déçus de l’absence de ceux qui étaient les incontournables de Deauville (stars et blockbusters même si le générique reste prestigieux cette année avec, comme toujours des mythes du cinéma américain, des grands cinéastes et les figures montantes du cinéma américian) , le festival continue de ravir les cinéphiles avec une compétition qui, chaque année, révèle de nouveaux talents, mais aussi une facette de l’Amérique, souvent plus sombre et réaliste. Pour ces différents aspects, cette édition ne devrait pas déroger à la règle, les quatre films de la compétition auxquels j’ai assisté pour l’instant, d’ailleurs tous des premiers films, ayant de nombreux points communs, à commencer par une qualité notable.

    Maclaine 006.JPG

    « Another happy day » de Sam Levinson –fils d’un certain Barry-  (avec Ellen Barkin, Ezra Miller, Kate Bosworth, Demi Moore, Thomas Haden Church, George Kennedy, Ellen Burstyn) est ainsi une comédie acide et parfois tendrement cruelle (tendrement parce que Sam Levinson porte un regard finalement plein de compréhension sur ses personnages sans toutefois les épargner) dans laquelle un mariage devient le révélateur des rancœurs et des fêlures des différents membres d’une famille.

    Maclaine 050.JPG

    Dans « En secret » (Circumstance) de Maryam Keshavarz, Atafeh et sa meilleure amie Shireen fréquentent les soirées branchées du Téhéran underground. Elles essaient de profiter au mieux de leur jeunesse quand Mehran, le frère et complice d’Atafeh, devient membre de la police des moeurs. Alors qu’il désapprouve sévèrement leur besoin de liberté, Mehran tombe amoureux de Shireen. Ses sentiments vont vite tourner à l’obsession et mettre à l’épreuve l’amitié des jeunes filles.

    Maclaine 001.JPG

     Dans « On the ice » d’Andrew Okpeaha MacLean, Qalli et Aivaaq, deux adolescents de la communauté Iñupiaq, mènent une vie sans histoire dans une petite ville isolée du nord de l’Alaska. Un matin tôt, ils décident de partir à la chasse aux phoques avec James, un de leurs amis. Une dispute éclate entre les trois garçons et se termine par la mort accidentelle de James. Liés par ce sombre secret, les deux adolescents inventent mensonges sur mensonges afin de ne pas éveiller les soupçons de leur communauté.

    Enfin dans « Yelling to the sky » de Victoria Mahoney, alors que son noyau familial se disloque, l’existence déjà instable de Sweetness O’Hara, une adolescente métisse de dix-sept ans, devient encore plus difficile le jour où elle est prise pour cible par des élèves violents de son lycée. Elle doit dorénavant trouver le meilleur moyen de se défendre et prendre sa vie en main, chez elle, comme à l’école, dans un quartier où sa survie semble incertaine.

    Si j’ai choisi de vous parler de ces quatre films en même temps, c’est parce que leurs ressemblances sont particulièrement frappantes, au-delà du fait qu’il s’agit de quatre premiers films. Quatre premiers films qui se déroulent pourtant dans des lieux très différents, voire opposés : Téhéran, l’Alaska, New York (Long Island), le Maryland. Dans ces quatre lieux, où les paysages et libertés sont pourtant si différents, on retrouve pourtant le même mal être adolescent, les mêmes personnages de mères désemparées, le même sentiment de réalité suffocante à laquelle ils cherchent des échappatoires périlleux et parfois illicites, le même besoin éperdu et rageur de liberté.

     Que cela soit traité avec un cynisme tantôt amer, tantôt tendre (« Another happy day »), avec une rigueur glaciale et non moins touchante (« On the ice »), avec une mise en scène parfois un peu trop clipesque (« En secret ») ou avec le souci de mettre en scène une réalité dans laquelle la violence est un engrenage implacable pour survivre (« Yelling to the sky »), ces adolescents en apparence si différents révèlent la même réalité étouffante, le même besoin d’ailleurs et d’appui familial, les mêmes personnages de mères broyées ou désemparées qui ont parfois renoncé.

    Maclaine 056.JPG

    Malheureusement, tous présentent aussi le même défaut : un dénouement assez expéditif (un changement d’attitude du père assez inexplicable dans « Yelling to the sky ») un scénario qui s’essouffle vers la fin comme si ces cinéastes s’adonnaient à ce dont ne cessent de rêver leurs personnages pendant toute la durée de leurs films : la fuite. Manière finalement peut-être plus consciente et habile qu’il n’y paraît de faire coïncider la forme et le fond. « Another happy day » a récolté l’accueil le plus chaleureux. Il faut dire que son réalisateur qui rêvait de venir en France, et amoureux du cinéma français (et cela se ressent, avec une pointe d’influence « Woodyallenienne » sans évidemment, arriver encore au même niveau de causticité), était particulièrement ému lorsqu’il a présenté le film devant les festivaliers sur la scène du CID. Sans doute, à 26 ans, a-t-il pas mal vécu (et souffert) pour éprouver et faire ressentir les tourments de cette famille presque aussi perturbée que celle du splendide « Melancholia » de Lars Von Trier (dans les deux cas, d’ailleurs le mariage en est le révèlateur). Dommage que « En secret » reste conventionnel, et pâtisse de films remarquables sur Téhéran qui l’ont précédé comme le film éponyme de Nader T.Homayoun (à voir absolument d’ailleurs).

    drive 012.JPG

    Quatre films à voir néanmoins, et je vous en reparlerai à l’occasion du palmarès.  Deauville ce sont bien sûr aussi les hommages. Si Ryan Gosling et Jessica Chastain, qui recevaient les trophées du Nouvel Hollywood dont Deauville inaugurait la première édition, ont malheureusement brillé par leur absence (même si Ryan Gosling a laissé un mot lu par Nicolas Winding Refn, très drôle, dont je mettrai ultérieurement la vidéo en ligne), Shirley MacLaine a en revanche fait une apparition remarqué et remarquable et un très beau discours dont vous pourrez retrouver la majeure partie ci-dessous, visiblement réellement heureuse de recevoir cette distinction consacrant sa longue carrière. C’est « Le tournant de la vie » (« The Turning point »), un film de 1977 de Herbert Ross qui a été projeté pour cet hommage dans lequel elle incarne une ancienne danseuse qui se retrouve confrontée à son passé et au fait d’avoir abandonné sa carrière pour fonder une famille. Un parfait complément au film de clôture (« The Artist ») sur l’orgueil ravageur, les douleurs indicibles, les bonheurs éclatants, l’ingratitude de la vie d’artiste.

    Je vous parlerai ultérieurement de « Bringing up Bobby », le premier film en tant que réalisatrice de l’actrice, Famke Janssen avec Milla Jovovich, Bill Pullman, qui dénote un univers tendre et fantaisiste particulièrement prometteur.

    Maclaine 013.JPG

    Maclaine 014.JPG

    Maclaine 015.JPG